Gaz : pourquoi le projet Nigeria-Maroc change la donne énergétique

Modifié : 19h31 par Radio Orient

Avec un projet de gazoduc géant reliant le Nigeria au Maroc, Rabat ambitionne de devenir un corridor énergétique stratégique vers l’Europe. Face à une Algérie solidement installée comme fournisseur clé, la bataille ne se joue plus seulement sur les ressources, mais sur le contrôle des routes.

RO

Un mégaprojet à 25 milliards de dollars

Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, long de près de 6 900 kilomètres, s’impose comme l’un des plus ambitieux du continent africain.

D’une capacité estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, il traversera une dizaine de pays avant de rejoindre le nord du Maroc, avec une partie des volumes destinée au marché européen.

Pensé comme un projet hybride, mêlant tracés terrestres et offshore, il pourrait entrer en service par phases dès le début de la prochaine décennie. Au-delà de l’infrastructure, il repose sur une gouvernance régionale impliquant plusieurs États, marquant une évolution vers une gestion plus politique et stratégique des flux énergétiques. 

Le Maroc, futur hub énergétique ?

Longtemps dépendant des importations, le Maroc cherche à changer de statut. En misant sur ce gazoduc, Rabat ambitionne de devenir un point de passage incontournable entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

Cette stratégie s’appuie sur un double levier : sa position géographique et le développement de ressources locales, comme le gisement de Tendrara. L’objectif est clair : sécuriser ses besoins tout en captant une part de la valeur liée au transit énergétique. 

L’Algérie, un fournisseur incontournable

Face à cette montée en puissance, l’Algérie conserve une position solide. Avec environ 30 milliards de mètres cubes exportés annuellement vers l’Europe via les gazoducs TransMed et Medgaz, elle demeure un acteur clé de l’approvisionnement énergétique du continent.

La baisse des livraisons russes a renforcé son rôle, faisant d’elle l’un des principaux fournisseurs de gaz par pipeline en Europe. Toutefois, ses capacités d’expansion restent contraintes, notamment par la demande intérieure et les limites des infrastructures existantes. 

Une rivalité entre ressources et routes

La compétition entre Alger et Rabat se joue désormais sur deux terrains distincts. L’Algérie dispose des ressources et d’un réseau déjà opérationnel, tandis que le Maroc parie sur la construction d’un corridor énergétique alternatif.

Les tensions politiques entre les deux pays ont déjà affecté la coopération gazière, notamment avec l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe. Le projet nigéro-marocain contourne cette contrainte en proposant un tracé atlantique indépendant. 

Un contexte économique et géopolitique incertain

Sur le plan économique, les deux pays affichent des trajectoires différentes mais relativement solides. Le Maroc mise sur une croissance soutenue, tandis que l’Algérie bénéficie de la hausse des prix de l’énergie.

Mais à l’échelle régionale, les tensions géopolitiques pèsent sur les perspectives. Paradoxalement, ces mêmes tensions renforcent l’importance stratégique des projets énergétiques, devenus centraux dans la recomposition des équilibres internationaux. 

L’enjeu : contrôler les flux vers l’Europe

Au final, la question clé n’est plus seulement celle des réserves de gaz, mais celle du contrôle des routes d’acheminement. L’Algérie reste un fournisseur fiable et établi, mais le Maroc entend s’imposer comme un acteur incontournable du transit énergétique.

Dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements, la sécurité des routes devient aussi déterminante que la disponibilité des ressources. Une nouvelle donne où géographie et énergie s’entremêlent étroitement.