Crise énergétique : le Maroc peut-il résister à la flambée du pétrole ?

Modifié : 21h40 par Radio Orient

Rabat affirme disposer de réserves confortables de carburants, mais la flambée des prix du brut et la dépendance aux importations exposent l’économie à de nouvelles tensions inflationnistes. Entre gestion de crise et projets structurels, le Royaume joue la montre.

Crise énergétique : le Maroc peut-il résister à la flambée du pétrole ?

Le Maroc aborde une nouvelle zone de turbulences énergétiques avec un matelas de sécurité limité. Les autorités assurent que les stocks stratégiques couvrent 51 jours de consommation de diesel et 55 jours d’essence, tandis que les approvisionnements en charbon et en gaz sont sécurisés jusqu’à fin juin 2026.

Un répit relatif, alors que les marchés mondiaux sont secoués par une hausse rapide des prix du pétrole.

Une dépendance totale aux marchés internationaux

Depuis la fermeture de la raffinerie Samir en 2015, le Royaume ne produit plus de carburants raffinés et dépend entièrement des importations. Diesel et essence proviennent principalement de Russie, d’Arabie saoudite, d’Europe et des États-Unis, tandis que le gaz transite désormais par l’Espagne, après l’arrêt des flux directs algériens.

Le charbon, qui représente encore près de 60 % de la production électrique, reste un pilier du mix énergétique. Ce modèle rend le pays particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs.

Des prix du pétrole au cœur des inquiétudes

La récente escalade des tensions au Moyen-Orient a propulsé les cours du brut bien au-delà des hypothèses budgétaires marocaines, construites sur une base de 60 dollars le baril.

Les prix dépassent désormais les 100 dollars, avec une hausse estimée à près de 30 % en quelques semaines.

Conséquence directe : la facture énergétique pourrait s’alourdir d’environ 2 milliards de dollars, accentuant la pression sur les finances publiques.

Une stratégie d’urgence : diversifier et stocker

Pour amortir le choc, Rabat mise sur plusieurs leviers. La diversification des fournisseurs a permis de limiter les ruptures d’approvisionnement, même si la Russie représente jusqu’à la moitié des importations de diesel.

Parallèlement, les autorités ont renforcé les capacités de stockage et anticipé les appels d’offres pour sécuriser les besoins en charbon et en gaz. Plus de 3 300 stations-service sont alimentées via des dépôts stratégiques répartis sur le territoire.

La consommation de gaz a reculé d’environ 11 %, grâce à une amélioration de la production hydraulique et à la montée en puissance des énergies renouvelables, qui représentent désormais près d’un quart du mix énergétique.

Un ajustement qui reste toutefois insuffisant pour compenser la dépendance globale aux importations.

Le retour ciblé des aides publiques

Face à la hausse des prix à la pompe, le gouvernement a réactivé des mécanismes de soutien au secteur du transport. Taxis, camions et bus bénéficient d’aides directes ou d’indemnités mensuelles.

Le coût de ces mesures est estimé entre 1 et 2 milliards de dirhams (entre 92.550.067 et 185.100.134 Euro) en 2026, pour environ 180.000 véhicules. Un dispositif conçu pour contenir l’impact social, sans traiter les déséquilibres structurels.

L’inflation en embuscade

La hausse des carburants se répercute rapidement sur l’ensemble de l’économie. Les autorités anticipent une inflation comprise entre 4 % et 6 %, tirée notamment par l’augmentation des coûts de transport et des prix alimentaires.

Un phénomène classique dans une économie où le diesel constitue un intrant clé de l’activité.

L’écart entre les prévisions et la réalité des marchés pourrait contraindre le Maroc à ajuster sa stratégie financière. En cas de poursuite de la hausse, avec un baril à 120 dollars, le recours à une ligne de crédit internationale, notamment auprès du FMI, n’est pas exclu.

Le pari industriel de Nador

À plus long terme, Rabat mise sur la construction d’une nouvelle raffinerie près de Nador, dont le lancement est attendu entre 2026 et 2027 pour une mise en service à l’horizon 2030.

L’objectif affiché est de réduire jusqu’à 50 % des importations de produits raffinés et de renforcer la souveraineté énergétique du pays.

Accélération des renouvelables

En parallèle, le Maroc poursuit son ambition de porter la part des énergies renouvelables à 52 % du mix électrique d’ici 2030, un axe stratégique pour limiter l’exposition aux hydrocarbures.

Entre gestion de court terme et projets de transformation, le Maroc navigue dans un environnement incertain. Si les stocks actuels offrent un sursis, ils ne dissipent pas les fragilités d’un modèle énergétique largement dépendant de l’extérieur, dans un contexte mondial de plus en plus volatil.