Détroit d’Ormuz : pourquoi la guerre au Moyen-Orient menace l’économie mondiale
Modifié : 3h48 par Mazen Hamoud
Les expériences passées des guerres et des crises ont toujours démontré que les secteurs les plus stratégiques de l’économie sont aussi les plus vulnérables aux tensions géopolitiques. Parmi eux figurent en premier lieu l’énergie - pétrole et gaz -mais également le tourisme, le transport maritime et les marchés financiers.
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Cette fois encore, la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, ainsi que la riposte iranienne visant plusieurs pays de la région, ont rapidement pris une dimension régionale. Dès le troisième jour du conflit, le lundi 2 mars 2026, les marchés de l’énergie ont réagi brutalement : les contrats énergétiques ont bondi de plus de 10 %. Parallèlement, les prix du gaz en Europe ont augmenté de 30 à 50 %, après l’annonce par le Qatar de l’arrêt temporaire de la production de gaz naturel liquéfié.
Dans le même temps, plusieurs infrastructures énergétiques situées aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Koweït, à Bahreïn et même à Oman - pays pourtant médiateur entre Washington et Téhéran - ont été visées par des frappes iraniennes.
La réaction des marchés était prévisible. La guerre ayant éclaté un samedi matin, alors que la plupart des marchés financiers et énergétiques étaient fermés, les contrats pétroliers et gaziers ont absorbé une partie du choc durant le week-end. Mais dès la réouverture des marchés le lundi, les prix se sont envolés, atteignant des hausses dépassant 20 % pour le pétrole durant la première semaine du conflit et plus de 60 % pour les contrats de gaz en Europe.
Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise
Cette flambée des prix est étroitement liée au renforcement du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Situé le long des côtes méridionales de l’Iran, ce détroit voit transiter près de 20 % du pétrole mondial.
La majeure partie de ce pétrole provient de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Irak, du Koweït et de l’Iran. Par ailleurs, environ 25 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transite également, notamment en provenance du Qatar.
Le Qatar produit à lui seul près de 20 % du gaz mondial, dont 10 % sont destinés au marché européen, tandis que la plus grande part est exportée vers la Chine et l’Inde.
Dans ce contexte, toute perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz pose un défi majeur pour les pays producteurs et complique la commercialisation de leurs ressources énergétiques.
Une économie mondiale déjà fragilisée
L’économie mondiale se trouve aujourd’hui confrontée à une double pression. Elle subissait déjà les effets des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump, et doit désormais absorber les conséquences d’un nouveau cycle de tensions militaires au Moyen-Orient.
La situation dépend désormais de deux variables principales :
- la durée du conflit et la capacité des marchés à absorber le choc ;
- le niveau de contrôle exercé par l’Iran sur le détroit d’Ormuz et son impact sur les routes maritimes.
Si le trafic maritime se poursuit, même à un rythme ralenti, et si l’alliance OPEP+ décide d’augmenter sa production - bien que modestement - les conséquences sur la croissance mondiale pourraient rester limitées.
En revanche, si les prix de l’énergie continuent de grimper, le monde pourrait entrer dans une nouvelle phase d’inflation énergétique, qui mettrait sous pression les politiques monétaires des banques centrales.
L’alerte des institutions financières
Au sixième jour de la guerre, les institutions financières internationales ont commencé à tirer la sonnette d’alarme.
La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a averti que l’économie mondiale était confrontée à une nouvelle épreuve en raison du conflit au Moyen-Orient.
En Corée du Sud, les autorités ont activé un fonds spécial destiné à stabiliser les marchés financiers après une chute historique de la Bourse de Séoul.
De son côté, la Chine a été informée par certains fournisseurs de pétrole raffiné de la suspension des exportations de produits pétroliers, en raison des risques croissants de perturbation des approvisionnements.
Dans le même temps, les Gardiens de la révolution iraniens ont renforcé leur contrôle sur le détroit d’Ormuz, tandis que plusieurs navires transportant du pétrole ont été attaqués ou coulés.
Les exportations pétrolières du Golfe
Selon les statistiques annuelles de l’OPEP, les exportations quotidiennes des principaux producteurs de la région se répartissent comme suit :
- Arabie saoudite : plus de 7 millions de barils par jour
- Iran : environ 1,7 million de barils par jour
- Émirats arabes unis : plus de 2 millions de barils par jour
- Irak : plus de 2 millions de barils par jour
- Koweït : plus de 1 million de barils par jour
- Oman : environ 900 000 barils par jour
- Qatar : environ 500 000 barils par jour
- Bahreïn : près de 100 000 barils par jour
Face à la montée des tensions, l’Irak a déjà annoncé une réduction de sa production pétrolière, et d’autres pays du Golfe pourraient suivre la même voie.
Dans ces conditions, l’augmentation de production annoncée par l’OPEP+ - environ 200 000 barils par jour - ne suffira pas à compenser les pertes potentielles liées à la guerre et aux perturbations du transport maritime.
La stratégie énergétique américaine
Aux États-Unis, le président Donald Trump a relancé depuis son retour à la Maison-Blanche une politique visant à augmenter la production nationale de pétrole.
Il encourage le développement de nouveaux forages et le renforcement des chaînes d’approvisionnement énergétiques, parfois au détriment des politiques environnementales et de la transition énergétique.
Trump a également promis aux Américains une énergie à bas prix. Toutefois, cette promesse pourrait s’avérer difficile à tenir dans un contexte de hausse globale des prix du pétrole.
Inflation et taux d’intérêt
La hausse des prix du pétrole entraîne mécaniquement une augmentation du coût des carburants et donc une accélération de l’inflation.
Cette inflation pourrait contraindre la Réserve fédérale américaine à relever ses taux d’intérêt. Or, le président Trump exerce une pression constante sur le président de la Fed, Jerome Powell, pour que les taux soient abaissés afin de soutenir la croissance économique.
Cette contradiction entre politique monétaire et objectifs politiques pourrait compliquer la stratégie économique américaine.
Les inquiétudes en Asie
La Chine, l’un des plus grands consommateurs de pétrole au monde, dépend fortement du détroit d’Ormuz : environ 56 % de ses importations pétrolières transitent par ce passage stratégique.
Pékin a donc appelé les parties au conflit à éviter toute escalade susceptible de menacer les routes maritimes. Toute interruption des flux pétroliers pourrait ralentir la croissance économique chinoise et affaiblir son secteur industriel.
La Chine est également le principal acheteur du pétrole iranien, dont la majorité est transportée via le détroit d’Ormuz.
L’Europe face au risque d’une nouvelle crise énergétique
Depuis la réduction drastique des importations d’énergie russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne dépend de plus en plus des importations énergétiques provenant du Golfe.
Ces flux transitent principalement par le détroit d’Ormuz et le canal de Suez.
Des pays comme l’Italie, la Belgique, la Pologne et le Royaume-Uni sont devenus particulièrement dépendants du gaz naturel liquéfié, notamment en provenance du Qatar.
Au sixième jour de la guerre, les prix du gaz européen ont bondi de plus de 65 %, ravivant le spectre d’une crise énergétique comparable à celle de 2022 lors de l’invasion russe de l’Ukraine.
Inflation et croissance en Europe
Selon la Banque centrale européenne, une hausse de 14 % des prix du pétrole et du gaz entraîne :
•une augmentation de 0,5 % de l’inflation ;
•une réduction d’environ 0,1 % de la croissance économique.
Or, durant les trois premiers jours de la guerre :
- le prix du pétrole a augmenté de 20 % ;
- celui du gaz de plus de 30 %.
Quelle réaction de la Banque centrale européenne ?
En principe, lorsque l’inflation augmente, les banques centrales relèvent leurs taux d’intérêt.
Cependant, dans la zone euro, l’inflation reste pour l’instant contenue autour de 1,7 %, en dessous de l’objectif de 2 % fixé par la BCE.
La Banque centrale européenne devrait donc attendre d’observer l’évolution de la situation avant d’envisager toute modification de sa politique monétaire.
Conclusion
Les chiffres et les analyses établis après les premiers jours de la guerre pourraient rapidement devenir obsolètes si le conflit venait à s’étendre et à échapper à tout contrôle.
Un tel scénario entraînerait une instabilité économique mondiale, affectant les marchés financiers, les devises, l’emploi, le commerce international et les marchés de l’énergie.
Les économies industrielles fortement dépendantes des importations énergétiques -notamment la Chine, le Japon et l’Union européenne - seraient particulièrement vulnérables.
Dans la région du Moyen-Orient, certaines économies, notamment celles des pays du Golfe, disposent toutefois de capacités financières importantes et d’une certaine résilience grâce à la diversification progressive de leurs activités.
Mais une réalité demeure : le temps est désormais le facteur déterminant. Plus le conflit durera, plus les conséquences économiques seront lourdes. L’instabilité reste l’ennemi principal de l’investissement et de la croissance.
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