Tensions au Golfe : quels impacts pour l’énergie et l’inflation en Europe ?

Modifié : 16h17 par Radio Orient

Les tensions au Golfe provoquent un choc énergétique en Europe : hausse des prix du gaz et du pétrole, perturbations des transports et risque d’inflation. Les ménages et les industries subissent déjà les premières conséquences, tandis que l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements et à accélérer sa transition énergétique pour limiter l’impact.

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Les développements récents au Golfe affectent l’Europe à trois niveaux imbriqués : le gaz et le pétrole, les chaînes de transport et de voyage, puis les prix et la politique monétaire. Les risques sont à la hausse et les scénarios restent ouverts.

Gaz : hausse immédiate et craintes pour l’hiver

L’annonce de l’arrêt de la production de gaz liquéfié à Ras Laffan au Qatar a propulsé l’indice européen TTF de 45 à 50 %, atteignant près de 46 euros/MWh. Même si la dépendance directe de l’Europe au gaz qatari n’est pas cruciale, la concurrence asiatique sur les cargaisons disponibles renforce la « prime de rareté ».

Les pays les plus affectés sont l’Allemagne (15-20 % des contrats liés au Qatar), l’Italie (10-15 %) et la France (environ 12 %). Les conséquences sont lourdes : pression sur les industries lourdes allemandes (chimie, acier) et augmentation des factures domestiques de 20 à 30 %.

Parmi les alternatives :

  • États-Unis (gaz naturel liquéfié flexible)

  • Algérie via gazoducs (~30 milliards de m³)

  • Norvège (approvisionnements stables)

  • Libye via le « Greenstream », sous contraintes d’investissement et politiques

Le débat entre experts : l’impact sera-t-il temporaire, de quelques semaines, ou prolongé si le conflit s’intensifie et que la demande asiatique augmente ? L’Europe aura besoin d’environ 185 milliards de m³ d’importations diversifiées, et tout retard supplémentaire pourrait menacer les stocks hivernaux.

Pétrole : le détroit d’Hormuz comme goulot mondial

Environ 20 % du commerce mondial de pétrole transite par le détroit d’Hormuz. Toute fermeture partielle pourrait faire grimper les prix entre 100 et 150 dollars le baril. Plus de 200 tankers seraient affectés, avec des coûts d’assurance et de transport en hausse de 20 à 30 %.

Impact en Europe :

  • Diesel et essence plus chers de 20 à 50 %

  • Croissance allemande et italienne freinée à moins de 1 %

  • Pression sur les transports et les industries énergivores

Voyages et navigation : perturbations et annulations

Le brouillage des systèmes de navigation (GPS/GNSS) au-dessus du Golfe entraîne alertes aux voyageurs, annulations et retards pouvant atteindre 20 % des vols vers la région. Conséquences : hausse des primes d’assurance, détournement des itinéraires et coûts logistiques plus élevés pour le transport de l’énergie. En mer, tout incident ou proximité de zones à risque ajoute chaque jour des pertes de centaines de millions, répercutées sur le prix des biens en Europe.

Inflation : un choc énergétique au-dessus de l’objectif de 2 %

La Banque centrale européenne met en garde contre un « choc inflationniste » si le conflit se prolonge. Les prévisions pour 2026 tournent autour de 1,9 % (HICP), mais pourraient atteindre 2,2 à 2,5 % en cas de volatilité persistante des prix de l’énergie.

Transmission du choc :

  • L’énergie représente ~40 % des fluctuations à court terme des prix

  • La hausse du pétrole renchérit les coûts de transport et de production

  • L’inflation des services (3-4 %) peut se renforcer en cas de salaires élevés et d’un chômage faible (~6,5 %)

Politique monétaire :
La BCE prévoit de maintenir les taux entre 2 et 3,25 % en 2026, avec une baisse progressive seulement si la situation énergétique se stabilise. Tout regain d’inflation dans les services pourrait retarder la baisse jusqu’au troisième trimestre ou plus tard.

Scénario gaz russe 2026

Avec le recul des flux russes via l’Ukraine depuis 2025, un arrêt complet, y compris du GNL, pourrait créer un déficit de 40 milliards de m³. Conséquence probable : TTF au-dessus de 60 euros, pression sur l’industrie allemande et compensation partielle par les États-Unis, la Norvège et l’Algérie.

Rôle de la Libye et de l’Algérie : solutions alternatives

  • Libye : capacité d’augmenter de 20 à 30 % les livraisons vers l’Italie via Greenstream, mais nécessite 15–20 milliards de dollars d’investissement

  • Algérie : partenaire fiable via gazoducs, mais capacité d’expansion rapide limitée

  • Énergies nucléaire et renouvelable : accélérer pour compenser jusqu’à 30 % d’un déficit prolongé, mais effet non immédiat

Implications pour l’Europe

  • Court terme : prix de l’énergie plus élevés, pression sur l’industrie, inflation proche de 2 % avec tendance haussière

  • Moyen terme : test de la capacité européenne à diversifier ses approvisionnements et gérer la concurrence asiatique sur le GNL

  • Long terme : accélération de la transition énergétique pour réduire la sensibilité à la « prime d’Hormuz »

Ainsi, l’Europe n’est pas au bord d’une crise existentielle, mais subit une « double » ou « triple » onde de choc sur les prix. Chaque semaine supplémentaire de tensions au Golfe alourdit la facture énergétique et grève une partie de la croissance.