Visite du président algérien en Turquie : quels sont les principaux dossiers de la relation bilatérale ?

Modifié : 11 mai 2026 à 17h14 par Radio Orient

La visite du président algérien Abdelmadjid Tebboune en Turquie confirme la montée en puissance d’un partenariat algéro-turc qui dépasse désormais le cadre économique classique pour s’inscrire dans une dynamique stratégique plus large, à la croisée des enjeux énergétiques, industriels et géopolitiques.

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Au cours des dernières années, les relations entre Alger et Ankara se sont intensifiées, portées par des intérêts convergents et une volonté commune de renforcer la coopération bilatérale. La mise en place du Conseil de coopération stratégique de haut niveau en 2013, puis sa montée en régime après 2020, a constitué une étape clé dans la structuration de ce rapprochement.

Une relation économique en forte croissance

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont connu une progression significative, passant de moins d’un milliard de dollars au début des années 2000 à plus de 5 milliards en 2023, et dépassant les 6 milliards de dollars sur la période récente. L’objectif affiché est désormais d’atteindre 10 milliards de dollars à l’horizon 2030.

La Turquie s’est imposée comme l’un des principaux investisseurs étrangers en Algérie, avec plus de 1.600 entreprises actives dans plusieurs secteurs, notamment la sidérurgie, le textile, le bâtiment et les industries de transformation.

Parmi les projets les plus emblématiques figurent le complexe sidérurgique Tosyali à Oran et le projet textile Tayal, qui illustrent une évolution vers une logique de production industrielle intégrée, tournée vers les marchés régionaux, notamment africains.

L’énergie, pilier central du partenariat

La coopération énergétique constitue l’un des axes structurants de la relation bilatérale. L’Algérie exporte chaque année plusieurs milliards de mètres cubes de gaz vers la Turquie à travers des contrats de long terme, faisant d’Ankara un client stratégique en Méditerranée.

Dans un contexte marqué par les tensions sur les marchés énergétiques mondiaux et les recompositions provoquées par la guerre en Ukraine, Alger cherche à consolider son rôle de fournisseur fiable, tandis que la Turquie vise à diversifier et sécuriser ses approvisionnements.

Les discussions portent également sur l’extension de la coopération au gaz naturel liquéfié, à la pétrochimie et aux énergies renouvelables.

Une convergence géopolitique en construction

Au-delà de l’économie, le rapprochement algéro-turc s’inscrit dans une lecture géopolitique commune de plusieurs crises régionales, notamment en Libye et dans la région du Sahel.

Les deux pays partagent une préoccupation croissante face à l’instabilité sécuritaire et aux recompositions rapides des équilibres régionaux, marquées par le recul de certaines puissances traditionnelles et la montée d’acteurs régionaux plus influents.

Toutefois, des divergences de perception persistent sur certains dossiers, notamment concernant l’expansion de l’influence militaire turque au Sahel, suivie avec attention par Alger.

Soft power et dimension historique

La relation bilatérale s’appuie également sur un socle historique et culturel régulièrement mis en avant. L’héritage ottoman en Algérie et la reconnaissance de l’indépendance algérienne par Ankara en 1962 nourrissent une perception de continuité diplomatique entre les deux pays.

La coopération universitaire et les échanges étudiants participent également à cette dynamique, renforçant l’influence culturelle et les réseaux d’interaction entre les deux sociétés.

Une relation en voie de structuration stratégique

La signature de plusieurs accords dans les domaines des transports, de l’agriculture, de l’industrie, des télécommunications ou encore de la gestion des catastrophes illustre l’élargissement progressif du partenariat.

Pour l’Algérie, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenaires économiques. Pour la Turquie, elle permet de consolider sa présence en Afrique du Nord et d’élargir son influence sur le continent africain.

Vers une alliance durable ?

Dans un contexte international marqué par la fragmentation des alliances et la montée des puissances régionales, la relation algéro-turque semble évoluer vers un partenariat stratégique structuré autour de trois piliers : énergie, industrie et sécurité.

Reste une question centrale : cette dynamique est-elle appelée à se transformer en véritable alliance durable, ou demeure-t-elle un rapprochement pragmatique dicté par les conjonctures économiques et géopolitiques ?