Algérie : vaste programme de dessalement pour renforcer la sécurité hydrique

Modifié : 20h07 par Radio Orient

  L’Algérie accélère la mise en œuvre d’un vaste programme de dessalement de l’eau de mer dans le nord-ouest du pays, pour un montant estimé à un milliard de dollars, dans le cadre d’un plan national plus large évalué à 5,4 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Algérie : vaste programme de dessalement pour renforcer la sécurité hydrique

 Objectif affiché : porter la part du dessalement à 60–62% de l’eau potable, hors ressources souterraines, et réduire la vulnérabilité des grandes villes et des plaines agricoles face aux épisodes récurrents de sécheresse.

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« La sécurité hydrique fait partie intégrante de la souveraineté nationale (…) nous ne laisserons pas les Algériens otages des aléas climatiques », a déclaré le président Abdelmadjid Tebboune.

Des stations de 300.000 m³ par jour

Le programme prévoit la construction de plusieurs stations d’une capacité de 300.000 m³ par jour chacune, avec une mise en service progressive entre 2026 et 2027. Dix-huit wilayas doivent être raccordées à de nouveaux réseaux de transport et de distribution.

Le projet est piloté par la Société algérienne de dessalement de l’eau de mer, en partenariat avec Sonatrach et le groupe public Cosider, illustrant une volonté de privilégier l’exécution nationale.

« Le défi n’est pas seulement la construction, mais la rapidité du raccordement aux réseaux et la garantie de la continuité du service », a indiqué un responsable du ministère des Ressources en eau.

Répondre à l’urgence climatique

Les autorités justifient l’accélération du programme par la baisse des précipitations, l’assèchement des barrages et la pression croissante sur les nappes phréatiques.

L’agriculture, qui représente environ 15% de l’activité économique, dépend fortement d’un approvisionnement stable. « Le recours aux nappes pour l’eau potable pesait sur l’irrigation. Le dessalement permet de rééquilibrer les besoins entre la ville et les champs », a affirmé le ministre de l’Agriculture.

Un financement majoritairement national

Le milliard de dollars mobilisé provient d’inscriptions budgétaires et des prochaines lois de finances, de contributions d’investissement de Sonatrach ainsi que d’un recours à l’emprunt interne ciblé sur des projets jugés rentables. Aucune indication officielle n’a été donnée quant à l’utilisation d’un éventuel fonds souverain.

« Le modèle de financement repose sur nos ressources propres. L’eau est une priorité souveraine », a souligné un responsable financier gouvernemental.

L’énergie au cœur de l’équation

Chaque station devrait être équipée de champs solaires couvrant entre 30 et 40 hectares, afin d’assurer environ 30% de la consommation électrique, estimée à 40–45 mégawatts pour une unité de 300.000 m³ par jour. Le reste sera alimenté par des sources conventionnelles.

« Chaque mégawatt solaire produit pour ces stations, c’est du gaz préservé pour l’exportation », a indiqué un cadre de Sonatrach.

Des défis environnementaux

Le dessalement soulève toutefois des enjeux environnementaux, notamment liés au rejet de saumures susceptibles d’affecter les écosystèmes marins, ainsi qu’aux émissions associées à l’énergie fossile.

Les autorités misent sur des techniques avancées de dispersion des rejets, l’amélioration de l’efficacité des membranes et l’extension du solaire pour limiter l’impact.

« Le critère central reste la gestion des rejets, pas seulement la production. La durabilité conditionne l’acceptabilité sociale », a estimé un expert environnemental.

Cap sur 5,5 millions de m³ par jour

À l’horizon 2030, l’Algérie vise une capacité totale de 5,5 millions de m³ par jour. Si le raccordement rapide et la stabilité opérationnelle sont assurés, le dessalement pourrait passer du statut de solution d’urgence à celui de pilier durable de la sécurité hydrique et alimentaire du pays.

« Nous voulons une eau durable pour les générations futures, pas des solutions temporaires », a déclaré le président Tebboune.

Au-delà des infrastructures, l’enjeu porte désormais sur l’efficacité d’exploitation, la maîtrise des coûts et la protection de l’environnement, dans un contexte de stress hydrique croissant.