Trump veut une OTAN plus coûteuse... pour les Européens

Modifié : 20h36 par Radio Orient

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a profondément modifié les priorités de l'Alliance atlantique. Au-delà de la menace russe, le débat porte désormais sur le partage du fardeau financier entre les États-Unis et leurs alliés européens. Réunis à Ankara, les dirigeants des 32 pays membres doivent désormais démontrer qu'ils sont capables de transformer leurs engagements en résultats concrets.

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D'une logique de dissuasion à une logique de partage des charges

Le sommet de l'OTAN ne se limite plus à définir la stratégie de sécurité de l'Europe. Il est devenu un test de la solidité du partenariat transatlantique.

Depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine, la question centrale n'est plus seulement de savoir comment contenir la Russie, mais aussi de déterminer qui assumera le coût de cette stratégie. Face aux dirigeants alliés, le président américain entend faire passer un message clair : le temps des promesses est révolu, celui de leur mise en œuvre a commencé.

Le sommet intervient un an après l'engagement historique visant à porter les dépenses de défense à 5 % du produit intérieur brut d'ici à 2035. L'enjeu n'est donc plus d'annoncer de nouveaux objectifs, mais d'évaluer les progrès réalisés.

Les alliés ont-ils répondu aux exigences de Trump ?

En grande partie, oui, même si les avancées demeurent davantage politiques qu'opérationnelles.

Lors du sommet de La Haye en 2025, les Alliés ont adopté la réforme la plus ambitieuse de l'histoire de l'OTAN en matière de dépenses militaires, en relevant l'objectif de 2 % à 5 % du PIB d'ici 2035. Ce nouvel objectif se répartit entre 3,5 % consacrés aux dépenses militaires directes et 1,5 % destinés aux infrastructures, à la résilience et à l'industrie de défense.

Les dépenses militaires des pays européens et du Canada ont sensiblement augmenté au cours de l'année 2025, certains États s'approchant déjà du nouvel objectif. Toutefois, les niveaux de mise en œuvre restent très inégaux, faisant du sommet d'Ankara un exercice d'évaluation plus qu'un rendez-vous de nouvelles annonces.

Les objectifs de Donald Trump

Le président américain souhaite instaurer un nouveau principe au sein de l'Alliance : ceux qui financent davantage doivent peser davantage dans les décisions.

Son agenda repose sur quatre priorités :

  • transformer l'objectif des 5 % en plans nationaux annuels contraignants ;

  • transférer une part plus importante de la défense du continent aux Européens ;

  • accélérer la production d'armements, de munitions et de capacités industrielles ;

  • réévaluer la présence militaire américaine en Europe en fonction des efforts consentis par les Alliés.

Au-delà de l'augmentation des budgets, Donald Trump cherche ainsi à redéfinir la répartition des responsabilités au sein de l'Alliance.

L'Europe se prépare-t-elle à un désengagement américain ?

Oui, mais pas à un retrait total des États-Unis.

Depuis un an, plusieurs pays européens renforcent leur présence dans les structures de commandement de l'OTAN, développent leurs systèmes de défense aérienne, augmentent leur production d'armements et améliorent leur capacité à conduire des opérations si Washington réduisait son engagement militaire.

Malgré ces efforts, les Européens restent fortement dépendants des capacités américaines dans plusieurs domaines stratégiques :

  • le renseignement et les capacités spatiales ;

  • les transports stratégiques aériens et maritimes ;

  • le commandement et le contrôle des opérations ;

  • la défense antimissile de longue portée ;

  • la dissuasion nucléaire.

L'Europe construit ainsi une capacité de transition plutôt qu'une véritable alternative à la puissance militaire américaine.

Les priorités des principales puissances de l'Alliance

Les États-Unis souhaitent obtenir l'application effective des engagements financiers et faire des Européens des partenaires assumant une part plus importante des coûts de leur sécurité.

L'Allemagne entend renforcer le leadership européen tout en préservant l'OTAN comme principal cadre de sécurité du continent.

La France voit dans cette évolution l'occasion de promouvoir son projet d'autonomie stratégique européenne afin de réduire la dépendance vis-à-vis de Washington.

Le Royaume-Uni cherche à conserver son rôle de principal trait d'union militaire entre l'Europe et les États-Unis, malgré les contraintes budgétaires.

La Pologne et les États baltes, quant à eux, continuent de privilégier le renforcement militaire du flanc oriental, considérant la Russie comme la principale menace.

Les ambitions de la Turquie

En accueillant le sommet, Ankara poursuit plusieurs objectifs.

Le gouvernement turc entend consolider sa position d'acteur incontournable de l'OTAN, promouvoir son industrie de défense grâce au forum organisé en marge du sommet et améliorer ses relations avec Washington, notamment en relançant le dossier des avions de combat F-35 et en obtenant un assouplissement des restrictions pesant sur la coopération militaire.

Pourquoi la part des 1,5 % est-elle stratégique ?

La composante de 1,5 % modifie la définition même des dépenses de défense.

Elle ne concerne plus uniquement les équipements militaires, mais également les infrastructures indispensables aux opérations : réseaux ferroviaires, ports, énergie, cybersécurité ou encore chaînes logistiques, autant d'éléments devenus essentiels à la capacité de projection des armées.

Cette approche suscite toutefois des réserves. Plusieurs experts craignent que certains gouvernements ne reclassent simplement des dépenses civiles existantes en dépenses de défense, sans renforcer réellement leurs capacités militaires.

L'Ukraine demeure au cœur des discussions

Les Alliés devraient confirmer la poursuite de leur soutien à l'Ukraine à travers une aide militaire, des programmes de formation et un financement important en 2026, tout en préparant le maintien de cet effort en 2027.

Les pays européens devraient toutefois supporter une part croissante de cette charge financière, dans un contexte de réduction progressive de la contribution directe des États-Unis.

Les dirigeants réaffirmeront également leur opposition à toute acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran et examineront les enjeux liés à la sécurité maritime dans le détroit d'Ormuz après les récentes tensions régionales.

Une Alliance en mutation

Le retour de Donald Trump a accéléré une évolution que peu d'observateurs jugeaient possible il y a encore quelques années.

L'OTAN a renforcé ses engagements financiers, mais elle demeure largement dépendante des capacités américaines en matière de commandement, de renseignement, de projection militaire et de dissuasion.

Le sommet d'Ankara apparaît ainsi moins comme un rendez-vous destiné à fixer de nouveaux objectifs que comme un test de crédibilité. La question centrale est désormais de savoir si l'Europe pourra assurer davantage sa propre sécurité dans l'hypothèse d'un engagement américain plus limité.

À ce stade, les Européens accélèrent leur montée en puissance, mais ils restent encore loin d'une véritable autonomie stratégique sur le plan militaire.