Trump et l’Otan : de l’Ukraine à l’Iran, quel futur pour l’alliance ?

Modifié : 20h43 par Radio Orient

 Donald Trump a ravivé les tensions avec les alliés européens en laissant planer, sans l’annoncer explicitement, la possibilité d’un désengagement des États-Unis de l’Otan, sur fond de désaccords profonds liés à l’Iran et à la guerre en Ukraine.

Trump et l’Otan : de l’Ukraine à l’Iran, quel futur pour l’alliance ?

Une mise en cause implicite des Européens

Dans un discours prononcé le 1er avril, le président américain a dénoncé, sans les nommer directement, ses partenaires européens, estimant que Washington avait été « contraint d’agir seul » face à l’Iran.

« Certains pays ne sont même pas capables d’assurer leur approvisionnement en carburant », a-t-il lancé, dans une critique à peine voilée.

Le message est clair : les États-Unis reprochent à l’Europe son refus de s’engager dans un conflit qu’elle considère comme extérieur à ses intérêts directs.

Trois sources de crispation

Derrière cette sortie se dessinent plusieurs points de friction majeurs.

Le détroit d’Ormuz constitue le premier d’entre eux. Washington souhaitait un appui militaire européen pour sécuriser ce passage stratégique, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Les capitales européennes ont opposé une fin de non-recevoir, affirmant qu’il ne s’agissait pas de « leur guerre ».

La guerre en Ukraine nourrit également les tensions. Donald Trump estime que l’Europe bénéficie largement du soutien militaire américain face à la Russie, sans faire preuve de réciprocité sur d’autres théâtres.

Enfin, la question du partage du fardeau militaire reste centrale.

« Nous les protégeons en permanence, mais ils ne sont pas là pour nous aider », a-t-il déclaré, dénonçant un déséquilibre structurel au sein de l’alliance.

 

Une escalade verbale assumée

Ces critiques s’inscrivent dans une montée en puissance du discours présidentiel ces derniers jours. Donald Trump a qualifié l’Otan de « tigre de papier », accusé certains alliés de « lâcheté » et évoqué « une erreur très grave » de ne pas soutenir Washington face à Téhéran.

Il a également affirmé « envisager sérieusement » un retrait de l’alliance, sans toutefois franchir le pas d’une déclaration officielle.

Une réponse européenne mesurée

Face à ces déclarations, les Européens ont opté pour une réaction contenue, évitant toute escalade directe.

Le Royaume-Uni a rappelé que le conflit avec l’Iran « n’était pas le sien ». La France a mis en garde contre une implication de l’Otan dans le détroit d’Ormuz, évoquant un possible « risque de violation du droit international ». L’Allemagne, de son côté, a réaffirmé une posture strictement défensive.

Au-delà de la séquence actuelle, ces tensions s’inscrivent dans un climat de méfiance accumulée. Les Européens reprochent à Donald Trump ses positions fluctuantes sur l’Ukraine et l’absence de garanties sécuritaires claires, tandis que Washington critique des relations commerciales jugées déséquilibrées.

Résultat : une confiance fragilisée de part et d’autre de l’Atlantique.

Une interdépendance stratégique persistante

Malgré les tensions, la réalité militaire tempère toute rupture brutale. Les opérations américaines reposent largement sur leur dispositif en Europe : bases militaires, espace aérien et infrastructures logistiques demeurent essentiels à la projection de puissance de Washington.

Cette interdépendance limite, de facto, la portée d’un désengagement total.

Sur le plan juridique, les États-Unis peuvent se retirer de l’Otan avec un préavis d’un an. Toutefois, une loi adoptée en 2023 impose l’approbation des deux tiers du Sénat, rendant une telle décision politiquement complexe.

En l’absence de clarification constitutionnelle, un retrait pourrait également ouvrir un bras de fer entre l’exécutif et le Congrès.

Le scénario d’un désengagement progressif

Pour de nombreux analystes, l’hypothèse la plus probable reste celle d’un retrait de facto plutôt que formel. Réduction des troupes en Europe, baisse du soutien militaire ou ralentissement des programmes communs - notamment en Ukraine -pourraient progressivement affaiblir l’alliance sans décision officielle.

Un tel scénario conduirait à un Otan fragilisé, sans rupture assumée.

Une alliance à l’épreuve

En replaçant la relation transatlantique au cœur du rapport de force, Donald Trump ne se contente pas de menacer l’Otan : il en redéfinit les contours.

Dès lors, la question dépasse celle d’un retrait américain. Elle porte désormais sur la capacité de l’alliance, fondée en 1949, à survivre dans sa forme actuelle- et sur la volonté réelle de Washington de défendre ses alliés européens en cas de crise majeure.