Pourquoi Trump veut réconcilier les États-Unis avec la Turquie
Modifié : 18h56 par Radio Orient
Après des années de tensions liées à l'acquisition par Ankara du système russe S-400 et à son exclusion du programme F-35, Donald Trump affirme vouloir lever les sanctions américaines contre la Turquie et rouvrir le dossier de l'avion de combat furtif. Une inflexion qui pourrait redéfinir les équilibres au sein de l'OTAN, mais qui reste suspendue aux décisions du Congrès américain et aux exigences de sécurité de Washington.
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Un changement de cap stratégique
Il y a encore quelques années, la Turquie était exclue du programme F-35 et frappée par des sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA, après l'achat du système de défense antiaérienne russe S-400.
Aujourd'hui, Donald Trump affiche une volonté de normaliser les relations avec Ankara. Au-delà d'une simple vente d'armement, cette évolution traduit une nouvelle lecture des priorités stratégiques américaines.
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Washington considère désormais la Turquie comme un allié incontournable. Avec le deuxième plus grand contingent militaire de l'OTAN, sa position géographique au carrefour de la mer Noire, du Caucase, de la Syrie et de la Méditerranée orientale en fait un acteur essentiel face aux ambitions russes et chinoises.
Les gains attendus pour Ankara
Si les annonces de Donald Trump se concrétisent, la Turquie pourrait enregistrer son plus important rapprochement avec Washington depuis plusieurs années.
Parmi les principaux bénéfices figurent :
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la levée d'une partie des sanctions économiques américaines ;
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un regain de confiance des investisseurs et des marchés financiers ;
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la reprise de la coopération industrielle et militaire avec les États-Unis ;
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un renforcement de la place de la Turquie au sein de l'OTAN ;
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un succès politique pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui pourrait présenter cette évolution comme la validation de sa stratégie diplomatique.
Au-delà des aspects économiques et militaires, Ankara espère surtout retrouver une position de partenaire privilégié des Occidentaux.
Le retour au programme F-35 reste incertain
L'éventuelle réintégration de la Turquie dans le programme F-35 demeure toutefois loin d'être acquise.
L'exclusion d'Ankara ne relevait pas uniquement d'une décision politique. Les États-Unis estiment que la coexistence des systèmes russes S-400 avec les F-35 pourrait compromettre les technologies furtives de l'appareil et présenter un risque pour la sécurité de l'Alliance atlantique.
Avant toute avancée, plusieurs obstacles devront être levés :
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une solution concernant les S-400 ;
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l'accord du Congrès américain ;
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le feu vert des autorités militaires américaines ;
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des garanties techniques empêchant toute interaction entre les deux systèmes.
Les déclarations de Donald Trump ouvrent donc une perspective, mais ne constituent pas une décision définitive.
Les réticences du Congrès et les inquiétudes d'Israël
À Washington, le Congrès demeure beaucoup plus réservé que la Maison Blanche.
De nombreux élus estiment qu'un retour de la Turquie dans le programme F-35 sans règlement du dossier S-400 créerait un précédent dangereux pour l'OTAN.
Israël suit également ce dossier avec attention. L'État hébreu fonde sa doctrine de défense sur le maintien de sa supériorité militaire qualitative au Moyen-Orient. L'entrée du F-35 dans les forces aériennes turques réduirait cet avantage et pourrait modifier les équilibres stratégiques en Méditerranée orientale, dans un contexte de fortes tensions entre Ankara et Tel-Aviv.
Ce que représenterait le F-35 pour la Turquie
Pour Ankara, l'acquisition du F-35 constituerait bien davantage qu'un simple achat d'avions de combat.
L'appareil offrirait :
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des capacités accrues de pénétration des défenses aériennes ;
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des performances avancées en matière de renseignement ;
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un renforcement de la dissuasion en mer Noire et en Méditerranée orientale ;
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une meilleure interopérabilité avec les forces de l'OTAN ;
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une amélioration des capacités de conduite des opérations conjointes.
Cette acquisition renforcerait considérablement la posture militaire turque dans son environnement régional.
La Russie, perdante du rapprochement ?
Moscou pourrait être la principale victime indirecte d'un rapprochement entre Washington et Ankara.
Une normalisation des relations entre les États-Unis et la Turquie réduirait l'influence russe sur un membre stratégique de l'OTAN.
Pour autant, Ankara ne devrait pas rompre avec Moscou. Depuis plusieurs années, la diplomatie turque repose sur une politique d'équilibre entre les grandes puissances, combinant coopération économique avec la Russie et appartenance à l'Alliance atlantique.
Trois scénarios possibles
Plusieurs issues restent envisageables.
Le premier scénario prévoit la levée des sanctions américaines et une réintégration progressive de la Turquie dans le programme F-35. C'est l'hypothèse la plus favorable à Ankara, mais aussi la plus difficile à mettre en œuvre.
Le deuxième, considéré comme le plus probable à court terme, verrait les sanctions levées tandis que le dossier F-35 resterait gelé en raison des oppositions du Congrès et de la question des S-400.
Enfin, un troisième scénario verrait les négociations échouer, entraînant un retour à une relation marquée par la gestion des différends plutôt que par un véritable rapprochement stratégique.
Une bataille désormais politique
L'annonce de Donald Trump dépasse la seule question des sanctions ou de la vente d'avions de combat. Elle ouvre une nouvelle phase dans les relations entre Washington et Ankara et pourrait modifier les équilibres au sein de l'OTAN comme en Méditerranée orientale.
La Turquie a déjà remporté un succès politique en obtenant la réouverture du dialogue. Mais l'enjeu stratégique reste entier. L'avenir du dossier se jouera désormais au Congrès américain, au Pentagone et dans les négociations autour du système S-400. C'est là que se décidera si les annonces de Donald Trump marquent un véritable tournant dans les relations entre les deux alliés ou restent de simples intentions politiques.
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