Libye : vers un accord de juillet, entre réunification de l’État et partage du pouvoir

Modifié : 22 juin 2026 à 23h21 par Radio Orient

Alors que circulent des informations sur une initiative américaine visant à restructurer le pouvoir en Libye avant la fin du mois de juillet, une question domine les débats : s’agit-il d’un véritable projet de réunification de l’État ou d’une nouvelle répartition des centres d’influence ?

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Derrière les noms avancés pour diriger les institutions se joue en réalité une recomposition politique, financière et sécuritaire d’une ampleur inédite depuis plusieurs années.

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Selon plusieurs informations relayées dans les milieux politiques libyens, Washington travaillerait à l’élaboration d’un nouvel arrangement institutionnel destiné à mettre fin à la fragmentation du pouvoir.

Le schéma envisagé reposerait sur le maintien d’Abdelhamid Dbeibah à la tête du gouvernement, tandis que Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, accéderait à la présidence du Conseil présidentiel.

L’objectif affiché est de réunir les deux principaux pôles de pouvoir du pays : le camp de Tripoli à l’ouest et celui de Benghazi à l’est.

Au-delà des institutions politiques

Mais les discussions en cours dépassent largement la seule question des postes politiques.

Les négociations porteraient également sur les institutions les plus stratégiques du pays, notamment la Banque centrale de Libye, la Cour des comptes, l’Autorité de contrôle administratif, les mécanismes de gestion des dépenses publiques ainsi que la répartition des prérogatives financières.

Autrement dit, l’enjeu ne consiste pas seulement à réunifier les institutions politiques, mais aussi à redistribuer les leviers de décision économique et administrative.

La logique de l’initiative américaine

Pour les États-Unis, la crise libyenne ne relève plus uniquement d’un affrontement politique entre l’est et l’ouest du pays.

Au fil des années, des centres de pouvoir autonomes se sont consolidés au sein des institutions financières, sécuritaires et militaires.

L’approche américaine semblerait ainsi s’articuler autour de trois étapes : l’unification des dépenses publiques, la restructuration des institutions souveraines puis la mise en place d’une autorité exécutive unifiée capable de gérer les nouveaux équilibres.

Dans cette perspective, l’adoption récente du premier budget unifié depuis plus de treize ans, d’un montant de 190 milliards de dinars libyens, apparaît comme une étape politique autant qu’économique.

La question décisive : le contrôle des armes

Le principal obstacle demeure toutefois sécuritaire.

La Libye compte encore de nombreuses formations armées et centres de pouvoir militaires qui ont consolidé leur influence durant les années de division.

Toute nouvelle architecture politique devra répondre à une interrogation fondamentale : comment réunifier l’État sans réunifier l’usage de la force ?

À ce stade, aucune solution consensuelle ne semble émerger sur cette question.

Les évolutions en cours sont suivies de près par les principaux acteurs régionaux.

L’Égypte considère la stabilité de l’est libyen comme un enjeu direct de sécurité nationale et cherche à préserver les équilibres existants le long de sa frontière occidentale.

La Turquie, pour sa part, entend maintenir son influence politique et militaire dans l’ouest du pays et s’assurer que ses alliés demeurent associés à toute nouvelle configuration institutionnelle.

Malgré l’amélioration de leurs relations bilatérales, Le Caire et Ankara restent attachés à la préservation de leurs acquis respectifs en Libye .

La réussite d’un éventuel accord dépendra également de l’adhésion d’un grand nombre d’acteurs.

Le Parlement, le Haut Conseil d’État, les groupes armés de Tripoli, les institutions souveraines ainsi que les partenaires régionaux et internationaux disposent tous d’une capacité de blocage significative.

Un rejet de l’un de ces acteurs pourrait compromettre la mise en œuvre de l’ensemble du processus.

Trois scénarios possibles

Le scénario le plus favorable serait celui d’un accord débouchant sur une autorité unifiée appuyée par une feuille de route électorale claire, ouvrant la voie à la fin de la division institutionnelle.

Le scénario le plus probable demeure toutefois celui d’une annonce politique rapide suivie de longues négociations sur le partage des postes, des ressources et des prérogatives, dans un contexte de fragilité sécuritaire persistante.

Enfin, le scénario le plus pessimiste verrait les acteurs exclus de l’accord s’opposer à sa mise en œuvre, provoquant une nouvelle phase de confrontation et une recomposition de la crise sous une autre forme.

Une réunification réelle ou une redistribution des influences ?

Derrière le discours officiel sur la réunification de l’État, la véritable bataille porte sur le contrôle de trois leviers essentiels : l’argent, les armes et la légitimité politique.

Si les nouvelles dispositions permettent de placer ces trois dimensions sous l’autorité d’institutions nationales réellement unifiées, la Libye pourrait amorcer une sortie durable de la crise.

En revanche, si elles se limitent à redistribuer les positions entre les principaux centres de pouvoir, le pays risque de se retrouver face à une version plus organisée de ses divisions actuelles : une autorité unifiée en apparence, mais un État toujours fragmenté dans les faits.