Kérosène : pourquoi l'Europe est la plus exposée en cas de crise à Ormuz
Modifié : 20h07 par Radio Orient
Alors que les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient, l'Europe apparaît comme la région la plus vulnérable du marché mondial du carburant aérien. Avec des stocks couvrant moins d'un mois de consommation, le continent reste fortement dépendant des importations transitant par des routes maritimes sensibles. Malgré la diversification de ses fournisseurs et l'augmentation de sa production, sa marge de sécurité demeure limitée.
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Des réserves limitées
Le transport aérien ne s'arrête pas uniquement lorsque le prix du carburant s'envole, mais surtout lorsque celui-ci vient à manquer.
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C'est aujourd'hui la principale inquiétude des acteurs du secteur aérien européen. Alors que les tensions se ravivent au Moyen-Orient et que le détroit d'Ormuz reste sous surveillance, les stocks européens de kérosène couvrent moins de trente jours de consommation, un niveau particulièrement faible au regard des besoins du continent.
Des importations en forte hausse
Selon les données de Kpler, les importations européennes de carburant aérien ont atteint 673.000 barils par jour en juin, leur plus haut niveau depuis l'automne 2025.
Ces volumes proviennent notamment des États-Unis, du Nigeria, du Koweït, du Canada, de l'Inde et de la Corée du Sud, traduisant les efforts engagés pour réduire la dépendance vis-à-vis des approvisionnements du Moyen-Orient.
Cette hausse des importations ne signifie toutefois pas que les risques ont disparu. Elle reflète au contraire la volonté des pays européens d'anticiper d'éventuelles perturbations des chaînes d'approvisionnement.
Une vulnérabilité structurelle
Les estimations d'Energy Aspects indiquent que l'Europe pourrait faire face à un déficit proche de 600.000 barils par jour au troisième trimestre.
À titre de comparaison, les États-Unis devraient afficher un excédent de 116.000 barils par jour, tandis que la région Asie-Pacifique disposerait d'un surplus de 425.000 barils quotidiens.
Autrement dit, le problème n'est pas un manque mondial de carburant, mais la faiblesse des marges de sécurité européennes.
Début juin, les réserves européennes étaient estimées à environ 38 millions de barils, soit moins d'un mois de consommation, le niveau le plus faible parmi les principaux marchés.
Le prix de choix industriels anciens
Cette dépendance est le résultat d'une évolution engagée depuis plusieurs années.
Sous l'effet de la baisse de rentabilité des raffineries et du durcissement des politiques environnementales, plusieurs installations européennes ont fermé leurs portes, renforçant la dépendance du continent aux importations, notamment en provenance du Moyen-Orient.
Ce modèle s'est révélé efficace en période de stabilité, mais il expose désormais davantage l'Europe aux crises géopolitiques.
Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne figurent parmi les pays les plus exposés en raison de leur forte dépendance aux carburants importés.
Bruxelles prépare un plan d'urgence
Face à cette situation, l'Union européenne se tient prête à coordonner un recours aux réserves stratégiques nationales si les circonstances l'exigent.
Cette approche traduit une évolution de la perception du risque : le carburant aérien est désormais considéré comme un enjeu de sécurité économique autant que d'approvisionnement énergétique.
Parallèlement, les raffineries européennes ont augmenté leur production. En Italie, celle de carburant aérien a progressé d'environ 10 % depuis le début de l'année, tandis que la production européenne globale a bondi de près de 30 % sur un an.
Ces efforts restent néanmoins insuffisants pour compenser durablement une interruption des importations.
Des prix en baisse, mais des risques persistants
Le prix du carburant aérien dans le nord-ouest de l'Europe est retombé d'un pic de 215 dollars le baril à environ 133 dollars, offrant un répit aux compagnies aériennes.
Cette baisse des prix ne dissipe toutefois pas les inquiétudes.
En cas de nouvelles perturbations des flux en provenance du Moyen-Orient, le problème pourrait rapidement ne plus être le coût du carburant, mais sa disponibilité.
Les compagnies aériennes pourraient alors être contraintes d'adapter leurs programmes de vols, de réduire certaines capacités ou de s'appuyer sur les réserves stratégiques.
Une marge de sécurité toujours réduite
Grâce à la diversification de ses fournisseurs et à une hausse de sa production, l'Europe est parvenue jusqu'à présent à éviter une véritable crise d'approvisionnement.
Elle demeure cependant l'un des marchés les plus fragiles du monde en matière de carburant aérien.
Dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques, la question n'est plus seulement celle du prix du kérosène, mais bien de sa disponibilité pour garantir la continuité du transport aérien européen.
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