Johnson & Johnson : comment 5,5 milliards de dollars pourraient clore le dossier du talc

Modifié : 16h43 par Radio Orient

Après des années de batailles judiciaires, le géant américain est parvenu à un accord de 5,5 milliards de dollars pour régler l'essentiel des poursuites liées à sa poudre de talc. Une stratégie qui illustre un principe bien connu des grandes entreprises : mettre fin à l'incertitude peut coûter moins cher que poursuivre le combat judiciaire.

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Comment un produit vendu quelques dollars a-t-il pu coûter 5,5 milliards de dollars à l'un des plus grands groupes mondiaux de la santé ?

C'est pourtant le prix que Johnson & Johnson est prêt à payer pour tourner la page de l'un des plus importants contentieux de son histoire. L'entreprise a annoncé un accord visant à régler la grande majorité des poursuites encore en cours concernant sa poudre de talc, dans une affaire qui a mobilisé pendant des années tribunaux, investisseurs et analystes.

Le paradoxe est saisissant : en 2023, le groupe était disposé à verser 8,9 milliards de dollars pour mettre un terme au litige. Trois ans plus tard, un accord à 5,5 milliards de dollars semble suffire.

La question n'est donc plus de savoir si Johnson & Johnson a gagné ou perdu, mais pourquoi les règles du jeu ont changé.

Une affaire qui dépasse largement la poudre de talc

Au fil des années, le dossier s'est transformé en un véritable test de gestion des risques juridiques et réputationnels pour les grandes multinationales.

Le nouvel accord couvre environ 76 000 réclamations, soit l'immense majorité des procédures encore en cours. Il vise à refermer l'un des plus vastes contentieux de responsabilité civile de l'histoire du secteur américain de la santé.

Johnson & Johnson continue toutefois de soutenir que ses produits sont sûrs et que cet accord ne constitue ni une reconnaissance de responsabilité ni une preuve d'un lien de causalité entre l'utilisation du talc et le cancer de l'ovaire.

De 8,9 à 5,5 milliards de dollars : pourquoi un tel écart ?

En 2023, le groupe avait tenté de régler l'ensemble du contentieux par un plan de 8,9 milliards de dollars, reposant sur la mise en faillite d'une filiale afin de centraliser les poursuites.

Cette stratégie a été rejetée à plusieurs reprises par les juridictions américaines, qui ont estimé que le recours à cette procédure ne remplissait pas les conditions légales.

Après l'abandon de cette option, des milliers de dossiers sont revenus devant les tribunaux.

Johnson & Johnson a alors profondément revu son approche. Plutôt que d'imposer un règlement global, l'entreprise s'est concentrée sur les dossiers susceptibles d'être réglés par la négociation.

Résultat : un accord moins coûteux, mais juridiquement plus solide et plus facile à mettre en œuvre.

Pourquoi le montant de l'accord a-t-il diminué ?

La baisse de la facture ne signifie pas que le risque juridique s'est réduit. Elle reflète surtout une évolution du rapport de force.

D'abord, le nombre de procédures restantes s'est progressivement réduit au fil des décisions de justice, des règlements individuels et du tri des dossiers.

Ensuite, Johnson & Johnson a remporté plusieurs procès, renforçant ainsi sa position lors des négociations.

Enfin, le groupe a privilégié la visibilité financière à une bataille judiciaire susceptible de durer encore plusieurs années et de déboucher sur des condamnations potentiellement plus lourdes.

En réalité, l'entreprise n'achetait pas son innocence. Elle achetait la fin de l'incertitude.

Un accord qui ne fait pas l'unanimité

Même si la majorité des plaignants soutient la transaction, certains continuent de s'y opposer.

Ils estiment qu'un règlement collectif pourrait les priver d'indemnisations plus élevées devant les tribunaux, notamment pour les cas les plus graves.

Plusieurs avocats préfèrent également poursuivre les actions individuelles devant des jurys populaires plutôt que de mettre un terme collectif au dossier.

L'accord ne mettra donc définitivement fin au contentieux qu'une fois l'ensemble des procédures judiciaires et des validations nécessaires achevées.

Pour les marchés, la certitude vaut parfois plus que la victoire

Aux yeux des investisseurs, l'enjeu dépasse largement le montant de 5,5 milliards de dollars.

Les marchés financiers acceptent généralement le coût d'une indemnisation lorsqu'il est clairement identifié. Ce qu'ils redoutent davantage, c'est un litige dont le coût potentiel reste imprévisible et peut évoluer au gré des décisions de justice.

En mettant un prix définitif -ou presque - sur ce dossier, Johnson & Johnson transforme un risque juridique permanent en une charge financière maîtrisable.

Dans le monde des grandes entreprises, la véritable victoire ne consiste pas toujours à gagner un procès. Elle consiste souvent à mettre fin à l'incertitude.