Jérusalem : les États-Unis scellent un bail de 99 ans pour leur future ambassade

Modifié : 21h02 par Radio Orient

Un bail de 99 ans pour un dollar symbolique. Derrière cette transaction immobilière se joue un enjeu politique et diplomatique majeur. En signant un accord pour construire le siège permanent de son ambassade à Jérusalem, les États-Unis franchissent une nouvelle étape dans la consolidation de leur reconnaissance de la ville comme capitale d'Israël. Une décision dénoncée par les Palestiniens et rejetée par une grande partie de la communauté internationale, qui continue de considérer le statut de Jérusalem comme une question devant être réglée dans le cadre d'un accord de paix.

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Du transfert de l'ambassade à un ancrage durable

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, et l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, ont signé un accord accordant aux États-Unis un bail de 99 ans sur un terrain destiné à accueillir le futur complexe permanent de l'ambassade américaine à Jérusalem.

Le montant du bail est purement symbolique : un dollar.

Pour les autorités israéliennes, cette signature s'inscrit dans la continuité de la décision prise par l'administration de Donald Trump en 2017 de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et d'y transférer l'ambassade américaine depuis Tel-Aviv. Gideon Sa'ar a présenté ce projet comme un moyen de « consolider cette décision pour les générations futures ».

Au-delà du simple déménagement diplomatique, l'objectif affiché est désormais d'inscrire durablement la présence américaine dans la ville.

Le véritable enjeu : la propriété du terrain

La controverse ne porte pas sur le montant du bail, mais sur le statut du terrain concerné.

Selon plusieurs informations relayées par les médias, la parcelle aurait appartenu à des propriétaires palestiniens avant d'être expropriée. Cette question ravive un débat juridique majeur : le droit international ne reconnaît pas la légalité des confiscations de terres dans les territoires occupés, ni les mesures visant à modifier durablement le statut de Jérusalem.

Dans ce contexte, ce bail dépasse largement le cadre d'un contrat immobilier. Il devient un élément supplémentaire du contentieux autour de la souveraineté sur la ville.

Les Palestiniens dénoncent une violation du droit international

Les responsables palestiniens ont vivement condamné l'accord.

Le secrétaire général de l'Initiative nationale palestinienne, Moustafa Barghouti, y voit une nouvelle violation du droit international et une forme de soutien à la politique israélienne à Jérusalem. Selon lui, le transfert de l'ambassade américaine en 2017 constituait déjà une remise en cause des références internationales encadrant le statut de la ville.

À leurs yeux, le nouveau projet ne crée pas une crise supplémentaire : il prolonge celle ouverte par la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

Un rejet qui demeure au niveau régional et international

Malgré les années écoulées depuis le transfert de l'ambassade américaine, la position officielle de nombreux États n'a pas évolué.

L'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie réaffirment régulièrement que Jérusalem-Est fait partie des territoires palestiniens occupés et que le statut de la ville ne peut être modifié que dans le cadre d'un règlement négocié fondé sur la solution à deux États.

La Jordanie, dépositaire de la tutelle hachémite sur les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem, considère toute modification unilatérale comme une remise en cause du statu quo historique et juridique.

Plusieurs pays, notamment la Turquie, la Malaisie, l'Indonésie et le Pakistan, continuent également de rejeter toute reconnaissance de la souveraineté israélienne sur Jérusalem.

Pourquoi la majorité des ambassades restent-elles à Tel-Aviv ?

La décision américaine demeure une exception.

La très grande majorité des États maintiennent leurs ambassades à Tel-Aviv, estimant que le statut définitif de Jérusalem doit être déterminé lors de négociations entre Israéliens et Palestiniens.

Cette position s'appuie sur plusieurs résolutions des Nations unies et du Conseil de sécurité, qui considèrent Jérusalem-Est comme un territoire occupé et jugent dépourvues d'effet juridique les mesures unilatérales visant à modifier le caractère ou le statut de la ville.

Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle étape fragilise davantage la crédibilité des États-Unis comme médiateur dans un éventuel processus de paix.

En passant d'une reconnaissance politique à la construction d'un siège diplomatique permanent sur un terrain contesté, Washington est perçu par les Palestiniens et une partie du monde arabe comme s'alignant davantage sur les positions israéliennes.

Cette perception risque d'alimenter la défiance à l'égard des futures initiatives américaines dans le dossier israélo-palestinien.

Sur le plan financier, l'opération paraît anecdotique : un dollar pour près d'un siècle.

Mais sa portée est essentiellement politique. Pour Israël et les États-Unis, cet accord constitue une nouvelle étape dans la consolidation d'une décision souveraine. Pour les Palestiniens et une large partie de la communauté internationale, il représente au contraire une tentative de pérenniser sur le terrain une situation dont le statut demeure contesté au regard du droit international.

Plus qu'un simple bail immobilier, ce contrat de 99 ans illustre l'affrontement persistant entre les rapports de force politiques et les principes du droit international autour de l'une des villes les plus sensibles du monde.