Hantavirus : ce que révèle la crise du MV Hondius et pourquoi les autorités veulent éviter un scénario « type Covid »

Modifié : 11 mai 2026 à 17h58 par Radio Orient

La crise sanitaire liée au navire de croisière MV Hondius continue de susciter une forte attention médiatique et politique en Europe, alors que plusieurs pays ont commencé à accueillir et prendre en charge des passagers contaminés ou suspectés d’avoir été exposés à la souche Andes de l’hantavirus.

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Selon le dernier bilan communiqué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), six cas confirmés et un cas probable ont été recensés dans six pays différents, tandis que trois décès ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie apparue à bord du navire parti d’Ushuaïa, en Argentine.

La France figure désormais parmi les pays concernés après qu’une ressortissante française rapatriée du Hondius a été testée positive à l’hantavirus. Selon les autorités sanitaires françaises, son état de santé « s’est dégradé » au cours des dernières heures, conduisant à son isolement et à une surveillance médicale renforcée.

Des origines très différentes du Covid-19

Découvert pour la première fois pendant la guerre de Corée dans les années 1950, l’hantavirus tire son nom de la rivière Hantaan, située dans la péninsule coréenne. Contrairement au Covid-19, apparu à la fin de l’année 2019 en Chine, l’hantavirus est connu depuis plusieurs décennies et fait déjà l’objet d’une surveillance sanitaire dans plusieurs régions du monde.

Le virus est présent sur différents continents, notamment en Asie, en Europe et sur le continent américain, où circule la souche Andes identifiée dans l’épidémie du MV Hondius.

Les hantavirus sont principalement transmis à l’homme par des rongeurs sauvages infectés, qui excrètent le virus dans leur salive, leur urine et leurs déjections. L’inhalation de poussières contaminées constitue le principal mode de contamination.

La souche Andes fait toutefois figure d’exception parmi une trentaine d’hantavirus connus, car elle peut se transmettre d’homme à homme dans certaines conditions très spécifiques de proximité prolongée.

Une propagation internationale sous haute surveillance

Le MV Hondius, navire d’expédition polaire, est devenu le centre d’une opération sanitaire internationale impliquant plusieurs États européens ainsi que les États-Unis.

Des cas confirmés ont été signalés aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, en France et aux États-Unis. Plusieurs passagers ont dû être hospitalisés ou placés en isolement après l’apparition de symptômes parfois sévères, notamment des pneumonies aiguës et des détresses respiratoires.

L’OMS recommande une surveillance active de l’ensemble des passagers et membres d’équipage pendant une période pouvant aller jusqu’à 42 jours, correspondant à la durée maximale d’incubation connue pour la souche Andes.

Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la Suisse, ont déjà imposé des quarantaines prolongées, tandis que la France et l’Australie ont opté pour des périodes d’observation plus courtes mais susceptibles d’être étendues.

Pourquoi l’OMS affirme que « ce n’est pas un nouveau Covid »

La médiatisation de l’affaire a rapidement ravivé les souvenirs de la pandémie de Covid-19, notamment en raison de la circulation internationale des passagers et de la transmission interhumaine documentée de la souche Andes.

Mais l’OMS et plusieurs spécialistes insistent sur les différences majeures entre les deux virus.

Contrairement au Covid-19, l’hantavirus ne se transmet pas facilement d’une personne à l’autre. La transmission humaine de la souche Andes reste rare et nécessite généralement des contacts très étroits dans des espaces confinés ou des situations de promiscuité prolongée.

« Ce n’est pas un nouveau Covid », a rappelé l’OMS, soulignant que la chaîne de transmission de l’hantavirus demeure beaucoup plus limitée.

Selon Virginie Sauvage, responsable du Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur, la contagion exige « des conditions très particulières de proximité » bien différentes de celles observées avec les grands virus respiratoires, a rapporté l'AFP.

Les experts rappellent également qu’un virus à forte létalité tend à se propager moins rapidement à grande échelle. La souche Andes peut présenter un taux de mortalité élevé, parfois proche de 40 %, mais les formes graves apparaissent rapidement, facilitant l’identification et l’isolement des patients.

Une inquiétude néanmoins réelle

Si les autorités sanitaires cherchent à éviter toute panique, l’épisode du Hondius met néanmoins en évidence plusieurs vulnérabilités dans la gestion des risques sanitaires liés au tourisme international et aux croisières.

La dispersion rapide des passagers dans différents pays avant l’identification complète du virus complique le traçage des contacts et la coordination médicale internationale.

L’OMS insiste désormais sur la nécessité d’une communication « claire et transparente » entre les États, tout en appelant à renforcer les capacités de surveillance épidémiologique.

Le directeur général de l’OMS a également mis en garde contre des protocoles sanitaires trop divergents entre pays, estimant que certaines approches moins strictes « pourraient présenter des risques ».

Aucun vaccin ni traitement spécifique

À ce stade, il n’existe ni vaccin ni traitement antiviral spécifique contre l’hantavirus.

La prise en charge repose principalement sur l’isolement des patients, la surveillance respiratoire et les soins intensifs dans les cas graves.

Les spécialistes soulignent toutefois qu’une détection rapide améliore considérablement les chances de survie.

Alors que les autorités sanitaires poursuivent le suivi des passagers du Hondius, plusieurs experts estiment que cette crise pourrait conduire à un renforcement des protocoles internationaux concernant les maladies infectieuses émergentes à bord des navires de croisière et dans les zones isolées.