De l’« accord imminent » au coup de frein diplomatique : pourquoi Washington ralentit face à Téhéran ?
Modifié : 19h36 par Radio Orient
Alors que Washington et Téhéran semblaient proches d’un compromis ouvrant la voie à une désescalade historique dans le Golfe, les négociations ont soudainement ralenti. Derrière ce coup de frein : la question du détroit d’Ormuz, les exigences iraniennes, les pressions israéliennes et la volonté de Donald Trump d’éviter un nouvel « accord à la Obama ».
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Le retour du doute après l’optimisme
Il y a encore 48 heures, les signaux envoyés par les médiateurs américains et iraniens laissaient croire à un accord proche.
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Les discussions portaient sur une « feuille de route » prévoyant l’ouverture du détroit d’Ormuz, un allègement partiel du blocus maritime et la reprise des exportations pétrolières iraniennes, en échange d’un gel de l’escalade nucléaire et de garanties sur la sécurité de la navigation internationale.
Mais le ton a brutalement changé
Donald Trump a évoqué la nécessité de « ne pas se précipiter », tandis que plusieurs responsables américains ont revu leurs attentes à la baisse, affirmant que les négociations nécessitaient davantage de temps.
Ce revirement révèle une réalité : ce qui était présenté comme un accord imminent ressemble davantage à une trêve temporaire qu’à une véritable résolution de crise.
L’administration Trump était entrée dans les discussions avec deux priorités : garantir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz et empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire.
Mais au fil des échanges, Téhéran a élargi le cadre des négociations. Les autorités iraniennes réclament désormais :
- un allègement massif des sanctions ;
- le déblocage des avoirs gelés ;
- la reconnaissance du droit à l’enrichissement;
- une réduction des pressions israéliennes ;
ainsi qu’une prise en compte des équilibres régionaux.
Pour Washington, le risque est clair : voir une négociation centrée sur la sécurité maritime se transformer en redéfinition globale des rapports de force au Moyen-Orient.
Trump veut éviter « un nouvel accord Obama »
Le ralentissement des discussions semble aussi lié à une stratégie politique assumée par Donald Trump.
Le président américain refuse de reproduire, selon ses propres termes, « l’erreur » de l’accord nucléaire signé sous Barack Obama. Son objectif est désormais d’obtenir un texte plus contraignant avant toute signature définitive.
D’où ce changement de ton : après avoir laissé entendre qu’un compromis était proche, la Maison Blanche insiste désormais sur la nécessité d’un « bon accord » plutôt qu’un accord rapide.
Le détroit d’Ormuz, cœur du blocage
La principale ligne de fracture reste le détroit d’Ormuz.
Les États-Unis exigent :
- une ouverture totale du passage maritime ;
- l’absence de contrôle ou de taxation iranienne,
- des garanties durables pour la navigation internationale.
L’Iran, de son côté, considère Ormuz comme :
- un levier stratégique ;
- un outil de pression économique ;
- et un instrument de dissuasion géopolitique.
Au fond, le désaccord porte sur une question essentielle : le détroit d’Ormuz doit-il rester un espace maritime international neutre ou devenir une zone d’influence iranienne ?
Cette divergence suffit à elle seule à ralentir les négociations.
Un accord en trois étapes
Selon plusieurs indiscrétions diplomatiques, les discussions portent sur un accord progressif.
Première phase :
- prolongation du cessez-le-feu pendant 60 jours ;
- maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz ;
- assouplissement partiel du dispositif maritime américain.
Deuxième phase :
- reprise limitée des exportations pétrolières iraniennes ;
- facilités financières encadrées ;
évaluation du respect des engagements iraniens.
Troisième phase :
- ouverture de négociations nucléaires élargies ;
- discussions sur l’uranium hautement enrichi
- examen progressif des sanctions.
Mais les questions les plus sensibles restent sans réponse :
- le programme balistique iranien ;
- l’avenir de l’enrichissement ;
- l’influence régionale de Téhéran ;
- la présence militaire américaine dans le Golfe ;
- ou encore les compensations économiques réclamées par l’Iran.
Autrement dit, le projet actuel permettrait de geler la crise sans réellement la résoudre.
Israël accentue la pression
Les inquiétudes israéliennes compliquent également les discussions.
Tel-Aviv redoute qu’un compromis avec Téhéran ne débouche sur une version allégée de l’accord conclu sous Barack Obama. Israël réclame donc :
- des restrictions nucléaires beaucoup plus strictes ;
- l’arrêt complet de l’enrichissement
- et le maintien d’une forte pression militaire.
Les informations faisant état de préparatifs israéliens contre des sites stratégiques iraniens ont renforcé les tensions diplomatiques.
Résultat : plus les négociations avancent, plus les exigences américaines se durcissent sous l’effet des pressions israéliennes.
Les négociations entre Washington et Téhéran ne sont pas rompues. Mais elles se heurtent désormais aux réalités géopolitiques du dossier iranien.
Donald Trump cherche un accord qu’il pourra présenter comme plus solide que celui de Barack Obama.
L’Iran veut obtenir un soulagement économique sans renoncer à ses principaux leviers stratégiques.
Entre ces deux objectifs contradictoires, les discussions avancent désormais avec prudence.
Les soixante prochains jours pourraient donc être décisifs : soit cette phase de désescalade débouche sur un accord plus large, soit elle ne restera qu’une parenthèse avant une nouvelle montée des tensions.
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