Ahmadinejad et l’après-Khamenei : les révélations qui secouent Téhéran
Modifié : 18h16 par Radio Orient
Selon des révélations attribuées au New York Times, Israël et les États-Unis auraient envisagé un scénario de changement de régime à Téhéran dans lequel l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad devait jouer un rôle clé. Une hypothèse explosive qui révèle surtout l’ampleur des calculs occidentaux sur l’après-guerre… et leurs profondes erreurs d’analyse.
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L’homme que personne n’attendait
Pendant des années, Mahmoud Ahmadinejad a incarné le visage le plus radical de la République islamique.
Président entre 2005 et 2013, il s’est fait connaître dans le monde entier par ses attaques contre Israël, ses discours anti-occidentaux et son soutien assumé au programme nucléaire iranien. Pour beaucoup, il représentait l’aile dure du régime.
C’est précisément ce qui rend les révélations récentes si surprenantes.
Selon des informations relayées par le New York Times, certains scénarios étudiés par Washington et Israël au début de la guerre contre l’Iran ne se limitaient pas à frapper les infrastructures nucléaires ou militaires. Ils envisageaient également un objectif beaucoup plus ambitieux : préparer une transition politique rapide à Téhéran.
Et dans cette architecture secrète, Ahmadinejad apparaissait comme une option possible pour incarner une phase de transition après les frappes initiales.
L’idée semble presque contradictoire : transformer un ancien symbole de l’anti-occidentalisme iranien en figure de stabilisation post-conflit. Pourtant, dans certaines capitales occidentales, son profil aurait été perçu comme exploitable.
Une frappe qui ne devait pas le tuer
Le détail le plus spectaculaire concerne une opération militaire menée dès les premières heures du conflit.
Selon les fuites américaines, une frappe israélienne aurait visé les environs de la résidence surveillée d’Ahmadinejad dans le quartier de Narmak, à l’est de Téhéran.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’objectif n’aurait pas été son élimination.
Le plan supposé consistait à neutraliser le dispositif sécuritaire qui l’entourait afin de permettre son extraction rapide et son retour dans le jeu politique au moment où les centres de pouvoir iraniens étaient frappés.
L’ancien président devait alors devenir, selon cette logique, une figure « acceptable » pour gérer un moment de transition après l’affaiblissement de la hiérarchie iranienne.
Mais la réalité a rapidement contredit les scénarios élaborés à distance.
La frappe aurait blessé Ahmadinejad lui-même, provoquant ensuite sa disparition médiatique, tandis que le régime iranien demeurait largement opérationnel.
Pourquoi Ahmadinejad ?
Le choix peut sembler absurde tant l’ancien président reste associé à la radicalité du régime.
Mais dans les cercles stratégiques occidentaux, trois éléments auraient joué en sa faveur.
D’abord, sa popularité persistante auprès d’une partie des classes populaires iraniennes. Malgré son départ du pouvoir, Ahmadinejad conserve l’image d’un dirigeant proche des milieux modestes et des périphéries sociales.
Ensuite, sa rupture progressive avec une partie de l’appareil dirigeant. Ces dernières années, il a multiplié les critiques contre les élites du régime, dénonçant corruption et confiscation du pouvoir. Plusieurs candidatures présidentielles lui ont été interdites, accentuant son image d’homme marginalisé par le système.
Enfin, son statut d’« homme du sérail ». Contrairement à l’opposition en exil, Ahmadinejad appartient à l’histoire même de la République islamique. Pour certains stratèges, cela pouvait théoriquement faciliter une transition sans provoquer un effondrement total de l’État.
Autrement dit : un homme suffisamment intégré au système pour rassurer certains cercles du pouvoir, mais suffisamment éloigné du noyau actuel pour apparaître comme une alternative.
Le grand pari : faire tomber Téhéran par le choc
Les révélations décrivent une stratégie beaucoup plus vaste qu’une simple campagne militaire.
Le scénario supposé reposait sur plusieurs séquences :
-
décapiter une partie de la hiérarchie politique et sécuritaire ;
-
provoquer un choc psychologique massif ;
-
déclencher des tensions internes ;
-
installer rapidement des figures de transition capables d’occuper le vide politique.
Certaines hypothèses misaient également sur des soulèvements régionaux, notamment dans des zones kurdes, ainsi que sur une guerre informationnelle destinée à accélérer les fractures internes.
Mais le cœur du pari reposait sur une conviction : le régime iranien était plus fragile qu’il n’en donnait l’impression.
Or, la guerre a montré exactement l’inverse.
Malgré les frappes, les structures de commandement ont survécu. Les Gardiens de la Révolution ont rapidement réorganisé les centres de décision et l’État iranien n’a pas connu l’effondrement espéré.
Le principal enseignement de cette séquence est peut-être là : l’Iran ne fonctionne pas comme un régime classique où la chute du sommet entraîne automatiquement celle de l’ensemble de l’édifice.
Téhéran dénonce une « fiction occidentale »
En Iran, les autorités ont immédiatement rejeté ces informations.
Des médias proches du pouvoir ont dénoncé une opération de propagande et de guerre psychologique destinée à alimenter l’idée d’un régime vulnérable ou traversé par des fractures internes irréversibles.
Mais le simple fait que le nom d’Ahmadinejad puisse être associé à des scénarios de transition révèle aussi une inquiétude réelle : celle de voir certaines figures issues du système devenir des instruments potentiels dans des stratégies étrangères de déstabilisation.
Une erreur d’analyse plus qu’un plan réussi
Au final, cette affaire raconte peut-être moins une tentative crédible de changement de régime qu’une profonde incompréhension occidentale du fonctionnement iranien.
Car derrière le scénario Ahmadinejad apparaissent plusieurs hypothèses qui se sont révélées fragiles :
-
croire qu’un choc militaire suffit à provoquer l’effondrement d’un régime ;
-
penser qu’une alternative politique peut être improvisée en pleine guerre ;
-
imaginer qu’un ancien président controversé puisse devenir rapidement un facteur de stabilisation.
La République islamique a montré qu’elle reposait sur un réseau complexe mêlant appareil sécuritaire, idéologie, intérêts économiques et structures de pouvoir profondément imbriquées.
Et c’est précisément ce que cette séquence met en lumière : en Iran, remplacer un homme ne signifie pas forcément changer le système.
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