Alex Saab, la « boîte noire » de Maduro livrée aux États-Unis

Modifié : 18 mai 2026 à 20h52 par Radio Orient

Longtemps présenté comme le grand argentier officieux du régime vénézuélien, Alex Saab revient au centre d’un dossier explosif mêlant pétrole iranien, or vénézuélien, sociétés-écrans et contournement des sanctions américaines. Son transfert vers les États-Unis pourrait ébranler tout l’appareil financier de Caracas.

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De vendeur de rue à pièce maîtresse du régime vénézuélien

Dans les coulisses du pouvoir vénézuélien, Alex Saab n’était pas un simple homme d’affaires.
Il était devenu indispensable.

Né en Colombie et longtemps actif dans le commerce textile, cet entrepreneur discret a progressivement construit un réseau opaque reliant Caracas à la Turquie, à la Russie, à l’Iran et à plusieurs paradis financiers. À mesure que les sanctions américaines étranglaient l’économie vénézuélienne, Saab s’est imposé comme l’homme capable de maintenir le système Maduro sous perfusion.

En mai 2026, son transfert officiel vers les États-Unis relance un dossier que Washington considère depuis des années comme l’un des plus sensibles d’Amérique latine.

Car pour les autorités américaines, Alex Saab n’était pas seulement un intermédiaire financier : il était la mémoire du système.
Celui qui connaissait les circuits de l’argent, les réseaux de contrebande, les sociétés-écrans, les contrats occultes et les alliances secrètes du pouvoir chaviste.

Comment Saab a construit la machine de survie du régime

Lorsque l’économie vénézuélienne s’est effondrée sous le poids des sanctions, de l’hyperinflation et des pénuries, le régime de Nicolás Maduro a dû inventer une économie parallèle.

C’est là qu’Alex Saab entre véritablement en scène.

Selon les enquêteurs américains, il aurait orchestré une vaste architecture financière destinée à contourner les sanctions occidentales grâce à un enchevêtrement de sociétés fictives réparties entre la Turquie, Hong Kong, le Mexique, la Russie ....

Le schéma était aussi opaque qu’efficace :

  • l’or vénézuélien quittait discrètement le pays vers la Turquie ;

  • du pétrole iranien arrivait au Venezuela malgré l’embargo ;

  • les sociétés changeaient régulièrement de nom ;

  • les paiements transitaient par des comptes offshore difficiles à tracer.

À Washington, plusieurs responsables décrivent Saab comme « le banquier clandestin de Maduro ».

Le programme alimentaire devenu machine à corruption

Le nom d’Alex Saab apparaît surtout dans l’affaire du programme CLAP, lancé en 2016 pour fournir des produits alimentaires subventionnés à des millions de Vénézuéliens frappés par la crise.

Officiellement, il s’agissait d’un programme humanitaire.
Pour les enquêteurs américains, il serait devenu un immense système de détournement de fonds.

Les accusations évoquent :

  • des contrats gonflés artificiellement ;

  • des produits alimentaires de mauvaise qualité ;

  • des commissions occultes ;

  • des réseaux de corruption internationaux ;

  • une utilisation politique de l’aide alimentaire afin de renforcer la loyauté envers le pouvoir.

Selon plusieurs enquêtes, des centaines de millions de dollars auraient circulé via des sociétés liées à Saab.

Le dossier est particulièrement sensible au Venezuela, où le programme CLAP reste associé à la survie quotidienne de millions de familles pendant les années les plus dures de la crise économique.

L’Iran, l’or et les routes secrètes des sanctions

Mais le volet le plus explosif du dossier concerne les relations entre Caracas et Téhéran.

En pleine crise énergétique en 2020, le Venezuela manquait presque totalement de carburant. L’Iran est alors intervenu pour fournir pétrole et produits raffinés à Caracas.

En échange, selon plusieurs rapports américains, de l’or vénézuélien transitait par des circuits commerciaux complexes, notamment via la Turquie.

Alex Saab aurait servi de pivot entre ces différentes opérations.

Les enquêteurs soupçonnent l’existence :

  • de réseaux maritimes clandestins ;

  • de fausses structures commerciales ;

  • de chaînes de paiement dissimulées ;

  • de circuits internationaux de blanchiment.

Son nom est également apparu dans plusieurs rapports évoquant des connexions indirectes avec des réseaux liés au Hezbollah et aux Gardiens de la Révolution iraniens.

Pour Washington, l’affaire dépasse donc largement le cadre du Venezuela : elle touche à toute l’économie souterraine construite autour des États sous sanctions.

Pourquoi les États-Unis veulent absolument le faire parler

L’enjeu central n’est plus seulement judiciaire. Il est désormais politique et stratégique.

Car Alex Saab connaît :

  • les mécanismes de financement du régime ;

  • les circuits de l’or et du pétrole ;

  • les intermédiaires internationaux ;

  • les bénéficiaires des contrats ;

  • les méthodes utilisées pour contourner les sanctions américaines.

Autrement dit, il pourrait fournir une cartographie complète des réseaux financiers du pouvoir chaviste.

À Caracas, beaucoup redoutent surtout une chose : qu’il coopère avec la justice américaine.

Car s’il décide de parler, ce ne sont pas seulement des hommes d’affaires qui pourraient être fragilisés, mais des responsables politiques, des militaires et des partenaires étrangers impliqués dans ces circuits parallèles.

L’épisode Biden : quand la diplomatie l’emporte sur la justice

L’affaire avait déjà pris une dimension internationale en décembre 2023.

L’administration Biden avait accepté la libération d’Alex Saab dans le cadre d’un échange de prisonniers contre dix Américains détenus au Venezuela.

La Maison-Blanche avait présenté cette décision comme un choix pragmatique destiné à récupérer ses ressortissants et à maintenir un canal de dialogue avec Caracas.

Mais cette libération avait provoqué de fortes critiques, y compris aux États-Unis, où plusieurs élus dénonçaient un compromis avec un homme accusé de corruption massive et de blanchiment international.

Deux ans plus tard, son retour dans le viseur judiciaire américain montre que le dossier n’a jamais réellement été refermé.

La chute d’un homme… ou le début d’une tempête politique

Au Venezuela, beaucoup considèrent qu’Alex Saab est plus dangereux pour le régime en tant que témoin qu’en tant qu’accusé.

Parce qu’il a vu les flux financiers.
Parce qu’il connaît les réseaux de pouvoir.
Parce qu’il sait comment le système a survécu malgré l’isolement international.

Dans les cercles diplomatiques, certains évoquent déjà un possible « effet domino » si les révélations de Saab devaient remonter jusqu’au sommet de l’État.

Car dans les régimes construits autour des sanctions et des circuits clandestins, les secrets valent parfois plus que l’argent lui-même.