Trafic de fourmis : pourquoi des milliers de reines sont clandestinement expédiées vers l'Europe

Modifié : 0h28 par Radio Orient

Des milliers de reines de fourmis sont chaque année sorties clandestinement d'Afrique pour alimenter un marché en pleine expansion en Europe. Très recherchés par les collectionneurs, ces insectes rares se vendent à prix d'or. Derrière ce commerce discret se cachent des enjeux économiques, mais aussi de lourdes conséquences pour la biodiversité.

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Un trafic inédit mis au jour au Kenya

Les autorités kényanes ont récemment démantelé plusieurs filières spécialisées dans le trafic de reines de fourmis. Lors de différentes opérations, des milliers d'insectes ont été découverts dissimulés dans de petites capsules et des bagages, prêts à être expédiés vers l'Europe.

Dans l'une des affaires les plus marquantes, quatre personnes ont été arrêtées alors qu'elles tentaient de faire sortir plus de 5 500 reines de fourmis du pays. Une autre enquête s'est soldée par la condamnation d'un ressortissant chinois à une peine d'un an de prison pour des faits similaires.

Ces saisies témoignent de l'essor d'un nouveau marché noir consacré aux espèces d'insectes rares, dont le transport est beaucoup plus discret que celui des animaux de grande taille.

Pourquoi les reines de fourmis valent-elles si cher ?

La cible principale des trafiquants est la fourmi moissonneuse africaine, très appréciée des passionnés d'élevage de fourmis en Europe.

Une seule reine peut se vendre plus de 200 euros sur le marché clandestin. Sa valeur tient au fait qu'elle est capable de fonder une colonie entière, laquelle pourra ensuite être développée, reproduite et revendue. Une cargaison de quelques milliers de reines peut ainsi représenter plusieurs centaines de milliers d'euros.

Pour les réseaux criminels, cette activité offre un rendement élevé tout en limitant les risques liés au transport.

Un impact majeur sur la biodiversité

Au-delà de leur valeur commerciale, ces prélèvements fragilisent les écosystèmes.

Le retrait des reines de leur habitat naturel compromet la reproduction des colonies et menace l'équilibre écologique. Les fourmis jouent pourtant un rôle essentiel dans la dispersion des graines, l'aération des sols, le recyclage de la matière organique et le maintien de la biodiversité végétale.

Les scientifiques alertent sur le fait que la multiplication de ces prélèvements pourrait avoir des conséquences durables sur certains milieux naturels, notamment les savanes africaines.

L'Europe confrontée aux espèces invasives

Paradoxalement, l'Europe, principale destination de ce commerce, est également confrontée à la prolifération de certaines espèces invasives de fourmis.

Dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, en Autriche et en Suisse, ces insectes ont installé leurs colonies dans des infrastructures électriques et des réseaux de télécommunications, provoquant des perturbations et des coupures. Les autorités ont renforcé leur coopération afin de limiter leur propagation.

Le nouveau visage du trafic d'espèces sauvages

Le trafic de reines de fourmis illustre l'évolution du commerce illégal d'espèces sauvages.

Longtemps concentrés sur l'ivoire, les cornes de rhinocéros ou les grands mammifères, les réseaux criminels s'intéressent désormais à des espèces beaucoup plus discrètes, mais tout aussi lucratives. Alimenté par la demande des collectionneurs et des éleveurs, ce marché pourrait continuer de croître dans les années à venir.

Cette évolution rappelle que les trafics liés à la biodiversité ne concernent plus seulement les animaux emblématiques. Même les plus petits insectes peuvent désormais devenir l'objet d'un commerce international aux conséquences écologiques majeures.