Syrie : les enjeux du retour économique des Emirats Arabes Unis
Modifié : 17h37 par Radio Orient
En quelques jours à peine, Damas s’est imposée comme un nouveau pôle d’attraction pour les investisseurs du Golfe. Derrière les mégaprojets portés par les Émirats arabes unis se joue toutefois bien davantage qu’une simple opération économique : Abou Dhabi entend se positionner comme un acteur incontournable de la Syrie de l’après-guerre, à la croisée des enjeux de reconstruction, d’influence régionale et de retour progressif à la stabilité.
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Damas redevient une destination économique arabe
La capitale syrienne a accueilli cette semaine une importante délégation économique émiratie conduite par le ministre du Commerce extérieur, Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, en parallèle de la visite de l’homme d’affaires Mohamed Al-Abbar, fondateur du groupe Eagle Hills.
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Cette séquence marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Abou Dhabi et Damas, amorcé avec la réouverture de l’ambassade émiratie en 2018 et consolidé aujourd’hui par le Forum d’investissement syro-émirati organisé en mai 2026.
Au-delà des annonces économiques, les Émirats veulent surtout sécuriser une position stratégique dans la Syrie de demain, avant une éventuelle levée complète des sanctions internationales et l’ouverture plus large du marché syrien.
L’investissement comme levier d’influence régionale
Pour Abou Dhabi, la Syrie représente à la fois une opportunité économique majeure et un espace d’influence géopolitique.
Après plus d’une décennie de guerre, le pays a besoin de centaines de milliards de dollars pour reconstruire ses infrastructures, ses villes et ses réseaux énergétiques. Dans le même temps, l’effondrement de la valeur des actifs immobiliers et industriels ouvre des perspectives attractives pour les investisseurs étrangers.
Mais la stratégie émiratie dépasse la logique commerciale. Les investissements sont aussi perçus comme un outil de "soft power", destiné à renforcer l’ancrage arabe de Damas et à contrebalancer l’influence turque dans le nord du pays.
La composition de la délégation émiratie illustre cette ambition : responsables gouvernementaux, promoteurs immobiliers, entreprises logistiques et groupes technologiques étaient réunis autour d’une même feuille de route à long terme.
Deux projets phares à Damas et Lattaquié
Les secteurs visés couvrent principalement l’immobilier, le tourisme, l’énergie et les infrastructures.
Le groupe Eagle Hills étudie notamment deux projets géants dont la valeur cumulée pourrait dépasser les 50 milliards de dollars.
Le premier concerne la région de Dummar, à Damas, avec un vaste programme urbain comprenant des dizaines de milliers de logements, des hôtels, des espaces verts et de nouvelles infrastructures routières.
Le second cible la ville côtière de Lattaquié, où les investisseurs émiratis envisagent de transformer le littoral syrien en destination touristique et économique intégrée, en s’appuyant sur le port et la façade méditerranéenne de la ville.
En parallèle, des secteurs jugés plus rentables à court terme attirent également l’intérêt des investisseurs du Golfe, notamment l’agriculture, l’énergie solaire, les services logistiques et la distribution commerciale, moins exposés aux sanctions internationales.
Le poids des sanctions et des fragilités structurelles
Malgré l’enthousiasme officiel, les obstacles restent nombreux.
Les sanctions américaines et européennes n’ont pas été entièrement levées, compliquant les transferts bancaires et les financements internationaux. Le système bancaire syrien demeure largement isolé et souffre de profondes fragilités structurelles.
À cela s’ajoutent une bureaucratie lourde, un manque de transparence juridique et des risques liés aux litiges fonciers ou aux évolutions réglementaires.
Même les grands projets immobiliers soulèvent des interrogations sur leur viabilité réelle. Une partie des analystes doute de la capacité de la classe moyenne syrienne, fortement affaiblie par des années de crise, à accéder à ces nouveaux logements.
Les investisseurs misent donc d’abord sur les Syriens expatriés et sur une éventuelle reprise progressive de l’économie.
Autre défi majeur : l’état des infrastructures publiques. Les réseaux d’électricité, d’eau et de transport restent insuffisants pour accompagner l’émergence de nouveaux pôles urbains d’envergure.
Un pari sur la Syrie de l’après-guerre
En réalité, les Émirats semblent investir davantage dans une perspective future que dans la situation actuelle du pays.
Le calcul d’Abou Dhabi est clair : si la Syrie parvient à stabiliser son environnement politique, à réintégrer progressivement les circuits économiques internationaux et à attirer des financements multilatéraux, les acteurs émiratis auront déjà pris une longueur d’avance sur leurs concurrents régionaux et internationaux.
Dans cette logique, la reconstruction syrienne apparaît autant comme un chantier économique que comme une recomposition des équilibres politiques au Moyen-Orient.
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