Sans Paris, Londres ni Berlin, quel avenir pour la banque mondiale de la défense ?

Modifié : 18h19 par Radio Orient

La guerre ne se joue plus uniquement sur le terrain. Avec le projet de Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (DSRB), neuf pays veulent créer une institution financière capable de mobiliser jusqu'à 100 milliards de livres sterling pour soutenir l'industrie de l'armement. Une initiative qui pourrait transformer le financement de la défense, mais dont le succès dépendra de l'adhésion des grandes puissances économiques.

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La naissance d'une banque dédiée au réarmement

Le Canada a annoncé, lors du sommet de l'OTAN tenu à Ankara, la création de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (DSRB), une institution financière qui sera établie à Ottawa et devrait entrer en activité en 2027, une fois les procédures de ratification achevées.

Soutenue, à ce stade, par neuf États, cette banque ambitionne de financer les industries de défense grâce à des prêts à faible coût et à des garanties de crédit. Son action ciblera les fabricants d'armes, les producteurs de munitions, les chaînes d'approvisionnement ainsi que les petites et moyennes entreprises du secteur, selon un modèle inspiré des banques multilatérales de développement.

Le financement, nouveau défi de la défense

L'invasion russe de l'Ukraine a mis en évidence les limites des capacités industrielles occidentales. Le défi n'est plus seulement de disposer d'équipements militaires, mais de pouvoir les produire rapidement et à grande échelle.

Dans le même temps, les membres de l'OTAN se sont engagés à porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB d'ici 2035. Cette montée en puissance suppose des investissements considérables, alors que les entreprises du secteur peinent souvent à obtenir des financements bancaires à des conditions favorables en raison des risques élevés et des longs cycles d'investissement.

Le futur établissement entend combler cette lacune en levant des capitaux auprès des États membres, puis en obtenant une notation financière AAA, qui lui permettrait d'emprunter à faible coût sur les marchés avant de réinjecter ces ressources dans l'industrie de défense.

L'absence des grandes puissances européennes

Malgré l'annonce de cette initiative, le projet souffre d'un handicap majeur : l'absence des principales économies occidentales.

Hormis le Canada, aucun membre du G7 n'a officiellement rejoint le dispositif. Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne observent le projet avec prudence, Londres privilégiant, selon plusieurs informations, le développement d'un mécanisme européen de financement de la défense avec certains de ses partenaires.

Cette absence pourrait limiter les capacités financières de la banque et compromettre l'obtention de la précieuse notation AAA, indispensable à son modèle économique.

La Turquie entretient le flou

La Turquie figurait parmi les pays associés aux discussions préliminaires et avait été présentée comme un soutien potentiel au projet.

Des sources turques ont toutefois indiqué qu'Ankara ne prévoyait pas d'y adhérer dans l'immédiat, signe que les autorités poursuivent leur réflexion sur les implications politiques et économiques d'une telle participation.

Cette prudence illustre le caractère encore évolutif du projet, dont la composition pourrait évoluer avant son lancement.

La finance devient un instrument stratégique

Au-delà du financement des achats d'armement, la DSRB vise à renforcer durablement la base industrielle de défense de ses membres.

Les prêts et garanties qu'elle accorderait permettraient de construire de nouvelles usines, d'accroître les capacités de production de munitions, de sécuriser les chaînes d'approvisionnement et d'accélérer le développement d'équipements militaires.

Dans cette perspective, le capital devient lui-même un facteur de puissance stratégique, au même titre que les capacités militaires.

Le nouvel enjeu de la puissance

La Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience constitue l'une des initiatives les plus ambitieuses pour rapprocher les marchés financiers et l'industrie militaire.

Son avenir dépendra toutefois de sa capacité à attirer les grandes économies occidentales, à réunir des capitaux suffisants et à obtenir une notation financière élevée, condition indispensable pour transformer les engagements politiques en investissements concrets.

À l'heure où s'accélère le réarmement mondial, la compétition stratégique ne se joue plus seulement sur les champs de bataille. Elle se joue aussi sur les marchés financiers, où la capacité à mobiliser des capitaux devient un élément déterminant de la puissance militaire.