Riyad-Paris : une nouvelle alliance au-delà du pétrole et de l’armement

Modifié : 23 août 2026 à 15h55 par Radio Orient

Mohammed ben Salmane à Paris : un sommet qui entend redéfinir la relation saoudo-française, en passant d’une succession d’accords sectoriels à un partenariat stratégique couvrant l’énergie, les transports, l’investissement, la défense, la culture et la sécurité maritime.

re

Surtout, cette visite coïncide avec la première réunion du Conseil de partenariat stratégique saoudo-français. Riyad et Paris ne cherchent donc pas seulement à conclure de nouveaux accords, mais aussi à mettre en place un cadre institutionnel destiné à piloter leur relation au cours des prochaines années.

D’une relation historique à un partenariat lié à la Vision 2030

Les relations officielles entre les deux pays remontent à 1926. Mais le tournant politique majeur intervient avec la rencontre, à Paris en 1967, entre le roi Fayçal et le président français Charles de Gaulle. Depuis, les relations se sont élargies, passant de la diplomatie et de la coopération dans le domaine de la défense à l’énergie, aux infrastructures, à la culture et aux investissements.

Aujourd’hui, la relation entre dans une nouvelle phase.

L’Arabie saoudite cherche des partenaires internationaux capables d’accompagner sa transformation économique et le transfert de technologies, tandis que la France cherche à renforcer sa présence dans l’un des plus importants programmes d’investissement au monde.

Les chiffres illustrent l’ampleur de cette nouvelle dynamique : les échanges commerciaux ont atteint environ 11,79 milliards de dollars en 2025. De leur côté, les investissements directs français en Arabie saoudite se sont élevés à 18,52 milliards de dollars en 2024, contre 7,49 milliards en 2015, soit une hausse de près de 147 %.

Hormuz au cœur du partenariat économique

L’énergie confère toutefois au sommet une importance particulière. Les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz ont fait de la sécurité des approvisionnements une question à la fois économique et sécuritaire.

L’Arabie saoudite dispose à cet égard d’un atout important : l’oléoduc Est-Ouest, « Petroline », qui achemine le pétrole de la région orientale jusqu’à Yanbu, sur la mer Rouge, avec une capacité nominale d’environ 7 millions de barils par jour.

L’objectif n’est pas de remplacer le détroit d’Ormuz par une seule route alternative. Riyad s’oriente plutôt vers un réseau de solutions comprenant une utilisation accrue de Yanbu et de la mer Rouge, le recours au canal de Suez, le développement du transport ferroviaire et la diversification des ports et des routes maritimes.

Dans ce contexte, la France apparaît comme un partenaire naturel grâce à son expertise dans les transports, l’ingénierie et l’énergie, ainsi qu’à ses capacités maritimes et à son poids politique en Europe, face à un marché saoudien de grande ampleur et à des projets inscrits dans le long terme.

Le Conseil de partenariat, du sommet à la mise en œuvre

La véritable valeur de la première réunion du Conseil de partenariat ne résidera ni dans les images ni dans les déclarations, mais dans sa capacité à transformer les convergences politiques en projets concrets et mesurables.

Le Conseil peut permettre de faire le lien entre l’investissement, l’énergie, la défense, les transports et la culture, tout en assurant le suivi de la mise en œuvre des accords plutôt que de les laisser s’arrêter au stade de la signature.

L’enjeu est d’autant plus important que le paquet d’accords attendu couvre notamment des secteurs comme l’énergie, les transports, la santé et les technologies. La liste définitive des accords et leur valeur financière n’avaient toutefois pas encore été annoncées au moment de la préparation de cet article.

La France dans la Vision 2030 : du fournisseur au partenaire

Les entreprises françaises ne sont plus présentes uniquement en tant que fournisseurs d’équipements.

Dans les transports, Alstom participe à des projets ferroviaires et de transport urbain. Dans l’énergie, TotalEnergies est engagée dans des projets solaires. À AlUla, la coopération française s’étend aux infrastructures, au tourisme et à la culture.

Une opportunité plus large se dessine ainsi : faire évoluer la relation, de l’achat de produits et de services vers la localisation des savoir-faire, de la production, de la maintenance et de la formation.

La défense appelée à devenir une industrie

La coopération militaire entre l’Arabie saoudite et la France remonte aux années 1970. Elle couvre la formation, les exercices, la coopération navale, la maintenance, le transfert de technologies et la cybersécurité.

Mais Riyad veut aller au-delà de l’achat d’armements.

L’objectif est d’associer toute future coopération dans le domaine de la défense à la localisation de la production, à la formation des compétences, à la maintenance sur le territoire saoudien et à la création de chaînes d’approvisionnement dans le Royaume.

Quant aux informations faisant état d’un contrat portant sur des avions de combat Rafale pour une valeur proche de 8 milliards de dollars, elles restent au stade des informations et estimations tant qu’aucune annonce officielle définitive n’a été faite.

AlUla et le divertissement : un partenariat qui sort du pétrole

La dimension culturelle n’est pas secondaire. Le Forum d’affaires saoudo-français ouvre la voie à des investissements dans les musées, les complexes touristiques, les événements, le cinéma, les jeux vidéo, les contenus numériques et le tourisme.

L’expertise française peut ainsi rencontrer les financements et le marché saoudiens, notamment à AlUla, devenue une plateforme majeure de coopération culturelle et touristique entre les deux pays.

Un partenariat construit autour de trois axes

Le sommet offre à Riyad et Paris l’occasion de construire un modèle différent : l’Arabie saoudite apporte les capitaux, le marché et les projets, tandis que la France apporte ses technologies, son expertise en ingénierie et son savoir-faire dans les domaines de la défense et de la culture.

Le résultat potentiel ne se limite donc pas à de nouveaux accords, mais pourrait prendre la forme d’un écosystème de coopération allant de la sécurisation de l’énergie à la localisation de l’industrie de défense, des infrastructures ferroviaires et portuaires au tourisme et à la culture.

Le véritable test de la visite à Paris ne sera donc pas le nombre d’accords annoncés, mais la capacité de Riyad et de Paris à les transformer en projets financés, assortis de calendriers d’exécution et d’un véritable transfert des savoir-faire et de l’industrie.

Si cette ambition se concrétise, la visite de 2026 ne sera pas une simple étape diplomatique, mais le début d’une nouvelle phase du partenariat saoudo-français.