Ormuz fermé, l’Iran se tourne vers la Caspienne : la sécheresse menace son corridor alternatif vers Moscou
Modifié : 0h33 par Radio Orient
Lorsque les frappes israélo-américaines ont entraîné la fermeture des ports iraniens du sud donnant sur le Golfe, à partir du 28 février 2026, les flux commerciaux et militaires de Téhéran ne se sont pas interrompus : ils ont commencé à se déplacer vers le nord.
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Face aux restrictions croissantes qui pèsent sur ses routes maritimes traditionnelles, la mer Caspienne s’impose comme un itinéraire alternatif reliant l’Iran à la Russie, à l’écart de la présence navale américaine. Une évolution qui redessine l’importance géopolitique de cette mer fermée.
Selon une analyse publiée par Le Monde, l’activité des navires et des ports illustre cette mutation accélérée : le commerce iranien se réoriente davantage vers le nord, tandis que le trafic maritime russe et iranien s’intensifie sur la Caspienne, parallèlement au renforcement de la coopération militaire entre Moscou et Téhéran. Mais une menace pourrait fragiliser ce nouvel axe stratégique.
Les chiffres révèlent le basculement
La société d’analyse maritime Windward a enregistré, au cours des six mois suivant le début de la guerre, une hausse de 13 % du nombre de pétroliers et de navires commerciaux russes au large des côtes iraniennes, passé de 208 à 235. Dans le même temps, le nombre de navires iraniens présents dans les eaux russes a augmenté de 7 %, de 142 à 152.
Ces chiffres font écho aux déclarations du responsable iranien du commerce Mohammad Reza Talaei à l’agence Irna, le 21 juillet : « Les flux ont été réorientés de l’océan Indien vers les routes transitant par la Russie et la mer Caspienne. Plus de 30 % des importations iraniennes passent désormais par les ports du nord. »
Bien plus que du blé et de l’huile
Les marchandises civiles ne représentent qu’une partie de ces échanges. Une enquête du réseau américain NBC, publiée le 18 août, affirme que la Russie a acheminé vers l’Iran, via la Caspienne, des composants destinés aux drones et des explosifs afin de renforcer son arsenal.
Le Financial Times est allé plus loin le 1er septembre. S’appuyant sur des correspondances russes ayant fait l’objet d’une fuite, le quotidien affirme que Moscou aide secrètement Téhéran à développer des missiles de croisière hypersoniques, dans ce qui constituerait l’un des transferts de technologies militaires stratégiques les plus importants entre les deux pays.
Glen Howard, président du Saratoga Research Center, relève une inversion de la dynamique : « Pendant longtemps, l’Iran a fourni une assistance militaire à la Russie. Depuis le début de l’année, la situation s’est inversée. »
Cette évolution s’inscrit notamment dans le contexte du partenariat stratégique signé par Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian le 17 janvier 2025.
L’Ukraine surveille également cette route. En août 2025, son armée avait annoncé avoir coulé dans le port russe d’Olya, sur la Caspienne, un navire qui transportait, selon Kiev, des composants de drones iraniens Shahed à destination de Moscou.
Le « corridor médian » prend de l’ampleur
La Caspienne ne sert pas uniquement les intérêts de la Russie et de l’Iran. Une nouvelle équation géoéconomique se construit autour du « Middle Corridor », ou corridor médian, qui relie l’Asie à l’Europe sans traverser le territoire russe.
En quatre ans, le volume de marchandises transportées par cette route est passé de 1,5 million à 6 millions de tonnes.
Le port de Bakou a ajouté un septième quai en 2026, tandis que le trafic du port d’Alat a progressé de 20 % en un an. Au Kazakhstan, le volume de conteneurs traité par le port d’Aktaou a bondi de 121 % en 2025. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement a par ailleurs consacré 35 millions d’euros à sa modernisation.
La baisse des eaux menace le corridor
Mais ce nouvel axe commercial fait face à une menace naturelle potentiellement aussi contraignante que les sanctions : la baisse du niveau de la mer Caspienne. Depuis 2020, celui-ci reculerait d’environ 30 centimètres par an.
Hossein Norouz Fashkhami, conseiller logistique iranien travaillant dans la région d’Anzali, souligne les limites de cette alternative : « La crise d’Ormuz a redonné de l’importance aux ports iraniens de la Caspienne reliés au réseau ferroviaire, mais ils ne remplaceront pas les ports du sud. »
Le principal risque réside dans le recul des eaux à proximité des infrastructures portuaires, qui pourrait rendre certains sites inutilisables dans les prochaines années.
Glen Howard souligne enfin un autre facteur stratégique : grâce à ses barrages sur la Volga, la Russie dispose d’une influence importante sur les apports d’eau vers la Caspienne.
Entre le besoin iranien de disposer d’un accès plus sûr vers la Russie et la volonté de Moscou de préserver son influence dans la région, la mer Caspienne dépasse désormais largement son rôle commercial pour devenir un élément central des rapports de force au nord de l’Iran.
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