Norvège : Harald V, une figure rassembleuse, est mort

Modifié : 28 août 2026 à 12h36 par Radio Orient avec l'AFP

Le roi Harald V, décédé vendredi à l’âge de 89 ans, est resté jusqu’au bout une figure rassembleuse en Norvège et un symbole de stabilité, malgré les scandales qui ont marqué sa famille durant les dernières années de son règne.

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Monté sur le trône en 1991, Harald V était jusqu’alors le doyen des souverains européens. Alors que ses problèmes de santé se sont multipliés ces dernières années, il avait toujours catégoriquement exclu d’abdiquer.

Le souverain avait de nouveau été hospitalisé le 17 août à Oslo en raison de complications liées à son traitement contre une anémie hémolytique, une maladie du sang.

Une figure d’unité dans les épreuves

Avec la disparition de ce roi aux fonctions essentiellement protocolaires, la Norvège perd une voix qui, lors des grandes épreuves nationales, avait su trouver les mots justes.

Lorsque l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik tue 77 personnes le 22 juillet 2011, dans le pire massacre commis en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale, Harald V, visiblement bouleversé, s’attache à contribuer à panser les blessures du pays.

« La liberté est plus forte que la peur », avait-il alors martelé, réaffirmant sa foi « en une démocratie et une société norvégiennes ouvertes ».

Cette volonté d’incarner une Norvège ouverte et tolérante s’était également illustrée en 2016, lors d’un discours très remarqué prononcé à l’occasion du 25e anniversaire de son règne. Il y avait notamment célébré la diversité de la société norvégienne.

« Les Norvégiens, ce sont des filles qui aiment les filles, des garçons qui aiment des garçons, et des garçons et des filles qui s’aiment réciproquement », avait-il déclaré, ajoutant que « les Norvégiens croient en Dieu, Allah, l’univers et rien du tout ».

 Roi jusqu’au dernier souffle

Alors que plusieurs souverains contemporains d’Espagne, de Belgique, des Pays-Bas ou encore du Danemark ont quitté le trône de leur vivant, Harald V avait toujours affirmé vouloir régner jusqu’à son dernier souffle.

« J’ai prêté serment une fois devant le Parlement et il est valide jusqu’à la fin de mes jours », répétait-il.

Grand sportif et passionné de voile, Harald V avait représenté la Norvège à trois reprises aux Jeux olympiques. Mais au fil des années, son état de santé s’était progressivement dégradé.

Opéré d’un cancer de la vessie en 2003, puis du cœur deux ans plus tard, il avait connu des difficultés croissantes à marcher, avant de se faire poser un stimulateur cardiaque. Les séjours à l’hôpital, en Norvège comme à l’étranger, s’étaient également multipliés.

Les scandales qui ont fragilisé la monarchie

Les dernières années de son règne ont été marquées par plusieurs scandales ayant ébranlé l’image de la monarchie norvégienne.

Parmi eux figure le mariage controversé, en 2024, de sa fille aînée, la princesse Märtha-Louise, passionnée de thérapies alternatives, avec un Américain autoproclamé chaman.

En janvier, la publication de documents avait également révélé une correspondance soutenue entre la princesse Mette-Marit, épouse de son fils et héritier, le prince Haakon, et le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.

Le fils de Mette-Marit, Marius Borg Høiby, né d’une précédente relation avant son mariage avec Haakon, a ensuite été condamné à quatre ans de prison ferme, notamment pour des viols et des violences commises contre une ancienne compagne. Il a fait appel de cette condamnation.

Bien qu’il ne fasse pas partie de la lignée dynastique, ses démêlés avec la justice constituent sans doute le plus grave scandale qu’ait connu la famille royale.

Jeudi, il avait rendu visite au roi à l’hôpital.

 « Douleur et adversité »

Face aux turbulences qui ont touché sa famille, Harald V était resté publiquement très mesuré.

« Au cœur de ce que signifie être humain se trouve le fait qu’aucun d’entre nous n’est épargné par la douleur et l’adversité », déclarait-il dans son discours du Nouvel An 2025.

Si le souverain lui-même demeurait extrêmement populaire, la réputation de la famille royale s’était, en revanche, nettement dégradée.

Comme son fils Haakon et sa fille Märtha-Louise, Harald, alors prince, avait lui aussi choisi d’épouser une roturière.

Avant son mariage avec Sonja Haraldsen, fille d’un commerçant, en 1968, il avait dû attendre neuf ans pour surmonter les réticences de son père, le roi Olav, ainsi que celles d’une partie de la classe politique.

Lui qui avait dû se battre pendant près d’une décennie pour épouser la femme de son choix avait ensuite laissé ses enfants libres de choisir leurs conjoints. Une liberté qui allait, par la suite, mettre la monarchie norvégienne à rude épreuve.