Maroc : près d’un milliard de dollars investis dans l’exploration pétrolière et gazière d’ici à 2031
Modifié : 19h26 par Radio Orient
Le Maroc mise sur trois leviers pour renforcer sa sécurité énergétique : l’exploration des hydrocarbures, le développement de ses gisements gaziers et la diversification de ses sources d’approvisionnement.
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Mais le principal défi reste de transformer les ressources potentielles en volumes commercialisables, capables de réduire durablement la facture des importations.
Le Royaume prévoit d’investir environ 9,21 milliards de dirhams, soit près d’un milliard de dollars, dans l’exploration pétrolière et gazière à l’horizon 2031. L’objectif est d’évaluer le potentiel de ses ressources en hydrocarbures et d’identifier des gisements susceptibles d’être exploités dans des conditions économiquement viables.
Le financement reposera principalement sur les investissements privés. Les entreprises nationales et étrangères devraient ainsi prendre en charge environ 91 % des montants prévus, aux côtés des organismes publics, notamment l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).
Cette stratégie intervient alors que le Maroc ne dispose pas d’une production pétrolière significative et que sa production nationale de gaz reste limitée.
À la fin de l’année dernière, 11 entreprises menaient des activités d’exploration sur une superficie totale de 107 000 kilomètres carrés, répartie entre dix permis terrestres et 30 permis offshore.
Toutefois, l’augmentation des investissements ne garantit pas la découverte de gisements exploitables. Entre l’identification de ressources potentielles et leur commercialisation, plusieurs étapes restent nécessaires : des campagnes d’exploration supplémentaires, des investissements de développement, des décisions finales d’investissement et la construction des infrastructures nécessaires à l’acheminement du gaz vers les consommateurs.
Une production nationale en recul face à une demande croissante
Les données disponibles illustrent l’ampleur du défi. La production de gaz naturel attribuée à l’ONHYM a diminué d’environ 21 % l’année dernière, pour s’établir à 20,14 millions de mètres cubes. Cette baisse est notamment liée à l’épuisement progressif des réserves du bassin du Gharb et à l’absence de nouveaux forages.
Dans le même temps, la consommation annuelle du Maroc dépasse un milliard de mètres cubes, selon les données citées dans le rapport. La production nationale reste donc très insuffisante pour couvrir les besoins des secteurs industriel et électrique.
Pour compenser ce déficit, le Royaume importe du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les marchés internationaux. Celui-ci est acheminé vers l’Espagne pour y être regazéifié, avant d’être transporté au Maroc par le gazoduc Maghreb-Europe.
Les volumes transitant par cette infrastructure ont progressé de 7,9 % en 2025, pour atteindre environ 890,1 millions de mètres cubes.
Le gaz joue un rôle essentiel dans l’économie marocaine. Il alimente des centrales électriques, mais aussi des installations industrielles, notamment celles du groupe OCP (Office chérifien des phosphates), qui l’utilise pour le séchage des phosphates. Les industries sidérurgique et céramique en dépendent également.
L’enjeu dépasse donc la seule disponibilité des combustibles. Le coût des approvisionnements pèse aussi sur la compétitivité des entreprises, les dépenses énergétiques du pays et l’équilibre de sa balance commerciale.
Anchois et Tendrara : des ressources prometteuses, mais encore des étapes à franchir
Pour accroître sa production nationale, le Maroc mise notamment sur deux projets gaziers, dont les ressources cumulées sont estimées à plus de 28 milliards de mètres cubes. Ces estimations ne doivent toutefois pas être confondues avec des réserves prouvées ou des volumes immédiatement disponibles pour la consommation.
Le premier projet concerne le gisement offshore d’Anchois, situé au large de la côte atlantique. Ses ressources sont estimées à environ 18 milliards de mètres cubes. La société britannique Energean pilote son développement et mène des opérations de forage destinées à préciser le potentiel du gisement et à réunir les données nécessaires à une décision finale d’investissement.
Le second projet est celui de Tendrara, dans l’est du pays, dont les ressources sont estimées à 10,67 milliards de mètres cubes.
La société marocaine Managem détient une participation de 55 % dans ce projet, aux côtés de Sound Energy et de l’ONHYM.
Le développement de ces deux gisements intervient alors que les besoins en gaz devraient continuer à augmenter. Selon les prévisions de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), la consommation pourrait atteindre 1,7 milliard de mètres cubes à la fin de la décennie, puis trois milliards de mètres cubes à l’horizon 2040.
La mise en production d’Anchois et de Tendrara pourrait ainsi contribuer à réduire le recours aux importations et à sécuriser l’approvisionnement des industries nationales. Mais les retombées dépendront des dates effectives de mise en service, des volumes réellement produits et des coûts d’exploitation.
Autrement dit, le potentiel géologique ne suffira pas à lui seul. Pour modifier durablement l’équation énergétique du Royaume, ces projets devront atteindre le stade de la production commerciale et fournir du gaz à des conditions compétitives.
Le gazoduc Nigeria-Maroc : un projet stratégique à l’échelle africaine
En parallèle du développement de ses ressources nationales, le Maroc mise sur un projet d’infrastructure de grande ampleur : le gazoduc Afrique atlantique, destiné à relier le Nigeria au Royaume en traversant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. À terme, il pourrait également faciliter l’acheminement de gaz vers l’Europe grâce aux infrastructures existantes.
D’une longueur prévue d’environ 6 800 kilomètres, le projet vise une capacité de transport pouvant atteindre 30 milliards de mètres cubes par an. Son coût est estimé à 25 milliards de dollars.
L’ambition est double : améliorer l’accès au gaz dans les pays traversés et renforcer les possibilités d’approvisionnement du Maroc, tout en ouvrant une voie supplémentaire vers les marchés européens.
La signature, en juillet dernier, d’un accord intergouvernemental entre les pays concernés a marqué une étape dans son développement. Sa concrétisation reste cependant conditionnée à la mobilisation des financements, à la coordination entre les États et à la réalisation des différentes phases de construction.
Le calendrier prévisionnel évoque de premiers approvisionnements à l’horizon 2031. Cette échéance demeure toutefois tributaire de l’avancement du projet et de la mise en service effective des infrastructures.
Le gazoduc pourrait constituer un levier de diversification important, mais il ne garantirait pas, à lui seul, l’indépendance énergétique du Maroc. Son apport dépendra notamment des volumes effectivement transportés, des conditions contractuelles d’approvisionnement et des coûts d’acheminement.
Le véritable indicateur : la baisse de la facture énergétique
L’ampleur de l’enjeu apparaît dans les chiffres du commerce extérieur. La facture des importations marocaines de produits énergétiques a atteint environ 121,9 milliards de dirhams, soit 12,5 milliards de dollars, l’année dernière, malgré un recul de 20 % sur un an.
Cette dépense souligne l’exposition du Royaume aux fluctuations des cours internationaux et aux conditions d’approvisionnement sur les marchés extérieurs.
Une hausse durable de la production nationale pourrait réduire cette vulnérabilité. Mais les économies attendues ne seront ni immédiates ni automatiques. Elles dépendront de la mise en service des projets, de leurs coûts de production et de la capacité du gaz extrait au Maroc à se substituer aux volumes importés dans des conditions économiquement avantageuses.
La stratégie marocaine repose ainsi sur trois axes complémentaires : intensifier l’exploration pétrolière et gazière, développer les gisements nationaux et diversifier les approvisionnements grâce au projet de gazoduc reliant le Nigeria au Maroc.
Ces initiatives peuvent renforcer la sécurité énergétique du pays, mais elles ne suffiront pas nécessairement à supprimer sa dépendance aux importations. L’évolution de la demande, les délais de réalisation des infrastructures et la compétitivité du gaz national pèseront tout autant dans l’équation.
En définitive, la réussite de cette stratégie ne se mesurera ni aux montants annoncés ni aux volumes de ressources estimés. Elle se jugera à la quantité de gaz effectivement produite et livrée aux centrales électriques et aux industries, ainsi qu’à la réduction réelle de la facture énergétique du Royaume.
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