Maghreb : du cycle de la sécheresse aux pluies extrêmes, un nouveau régime climatique s’installe

Modifié : 17 février 2026 à 23h03 par Radio Orient

Après plusieurs années de déficit pluviométrique marqué, le Maghreb a connu au cours de l’hiver 2025-2026 un retournement climatique brutal.

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Au Maroc, des précipitations exceptionnelles enregistrées en janvier et février ont provoqué des inondations dans plusieurs régions du nord, tout en permettant une nette amélioration du niveau des barrages, désormais remplis à plus de 60 % contre environ 30 % auparavant.

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En Algérie, huit barrages ont atteint leur pleine capacité après des années de faibles réserves. En Tunisie, les pluies ont relancé la production agricole, notamment pour les céréales et l’oléiculture, mais ont également mis en évidence la vulnérabilité des infrastructures face aux crues soudaines. Cette séquence confirme une évolution structurelle : la région semble désormais soumise à des extrêmes climatiques plus fréquents et plus intenses.

Les séquelles durables des années de sécheresse

Les années précédentes avaient profondément fragilisé les équilibres hydriques et agricoles. Au Maroc, la baisse historique des réserves d’eau a fait peser de fortes pressions sur la sécurité alimentaire. En Algérie, certaines zones ont enregistré des niveaux de précipitations particulièrement faibles en 2024, accentuant un stress hydrique déjà élevé dans plusieurs bassins.

La contraction de l’agriculture pluviale, la hausse des prix alimentaires et l’intensification des migrations internes ont constitué des signaux d’alerte. Les projections climatiques internationales indiquent par ailleurs que l’Afrique du Nord pourrait connaître une baisse significative des précipitations à l’horizon 2030-2050, accompagnée d’une variabilité accrue.

Des pluies bénéfiques mais destructrices

Les épisodes pluvieux de 2026 ont illustré toute l’ambivalence de cette nouvelle donne climatique. D’un côté, ils ont amélioré les perspectives de rendement agricole et renforcé les réserves en eau. De l’autre, ils ont provoqué des dégâts matériels et agricoles, notamment dans certaines zones du nord du Maroc.

Ce paradoxe met en lumière une réalité nouvelle : la problématique ne se limite plus à la rareté de l’eau, mais concerne également la gestion de précipitations plus concentrées et plus violentes.

Des projections inquiétantes à l’horizon 2030

Les modèles climatiques régionaux anticipent une hausse des températures pouvant atteindre deux à trois degrés, une réduction notable des ressources hydriques et une intensification des risques côtiers liés à l’élévation du niveau de la mer. L’augmentation de l’évaporation et la dégradation des sols pourraient accentuer les dynamiques de désertification.

Dans ce contexte, les pertes économiques potentielles pourraient représenter plusieurs points de produit intérieur brut pour les pays concernés.

Des stratégies d’adaptation encore en construction

Les gouvernements maghrébins ont engagé différentes politiques d’adaptation. Le Maroc mise sur la reforestation, l’agriculture climato-intelligente, le dessalement de l’eau de mer et le développement des énergies renouvelables. L’Algérie relance des programmes de lutte contre la désertification et étend ses capacités de dessalement tout en intégrant davantage le solaire et l’éolien. La Tunisie développe l’irrigation économe en eau et renforce ses dispositifs d’adaptation, avec un appui international accru.

Si ces stratégies traduisent une prise de conscience croissante, elles devront encore démontrer leur capacité à faire face à des chocs climatiques appelés à s’intensifier. Le Maghreb entre ainsi dans une phase où la gestion des extrêmes devient un impératif structurel plutôt qu’une réponse conjoncturelle.