Léon XIV appelle à encadrer l’IA pour préserver la place de l’humain

Modifié : 18h11 par Radio Orient avec l'AFP

Le pape Léon XIV a appelé vendredi à une réflexion éthique approfondie sur l’intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre le risque de voir l’humanité perdre ses repères face à l’omniprésence croissante des machines dans la vie quotidienne.

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Lors d’un discours prononcé à Paris en présence du président français Emmanuel Macron, le souverain pontife a estimé qu’il était indispensable de replacer l’être humain au centre des débats sur les nouvelles technologies. Il a notamment évoqué le danger de « perdre notre humanité » au milieu d’un « paradis de machines », reprenant une expression associée à l’écrivain français Georges Bernanos.

Selon Léon XIV, le développement technologique doit s’accompagner d’une véritable éducation au discernement éthique. Il a également défendu l’idée d’une société libre capable de préserver la diversité des consciences, tout en évitant les dérives autoritaires et en encourageant le dialogue.

Une réflexion sur le pouvoir et la gouvernance de l’IA

Le Vatican s’intéresse depuis plusieurs années aux conséquences économiques, sociales et politiques de l’intelligence artificielle. Léon XIV a fait de cette question l’un des thèmes importants de son pontificat, appelant notamment à empêcher que l’IA ne devienne un outil capable de dominer l’être humain.

Dans un texte majeur publié en mai, le pape a insisté sur les risques liés à la concentration des données, des infrastructures technologiques et des capacités de calcul entre les mains d’un nombre limité d’acteurs.

Le Saint-Siège a également renforcé ses échanges avec des chercheurs, des universitaires et des responsables du secteur technologique afin d’anticiper certaines conséquences du développement de l’IA, notamment dans les domaines militaire et sécuritaire ainsi que dans celui de la surveillance de masse.

Pour François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, Léon XIV considère l’IA non pas comme une simple évolution technologique, mais comme une transformation comparable, par son ampleur, à la révolution industrielle du XIXe siècle.

Cette approche s’inscrit dans la continuité de la tradition sociale de l’Église. Le choix du nom de Léon XIV rappelle notamment celui de Léon XIII, auteur en 1891 de l’encyclique « Rerum novarum », consacrée aux bouleversements provoqués par l’industrialisation et aux relations entre le capital et le travail.

La question du partage des bénéfices

Au-delà des considérations éthiques, le développement de l’IA soulève également des interrogations économiques majeures. Les gains de productivité attendus pourraient être considérables, mais leur répartition demeure une question centrale.

Le théologien Paolo Benanti, conseiller du Vatican sur les questions liées à l’intelligence artificielle, a évoqué vendredi sur France Culture des investissements massifs des grandes entreprises technologiques dans ce secteur. Selon lui, l’ampleur de ces investissements pose la question de la capacité des institutions démocratiques à encadrer efficacement cette transformation.

Il a ainsi proposé la création d’un « tribunal international de l’IA », qui pourrait contribuer à renforcer la gouvernance mondiale et à prévenir certaines dérives.

Le Vatican a par ailleurs approuvé en mai la création d’une commission interdicastérielle consacrée à l’intelligence artificielle, chargée notamment de contribuer à l’élaboration des positions du Saint-Siège sur cette technologie.

La protection des jeunes au cœur des préoccupations

Lors de son passage à l’Unesco, Léon XIV a également insisté sur la nécessité de protéger les enfants et les jeunes face aux nouvelles technologies.

Il a appelé à faire en sorte que le développement numérique contribue à leur éducation et à leur épanouissement, sans porter atteinte à leur liberté de penser et à leur capacité de discernement.

Le pape a notamment souligné que la vulnérabilité des jeunes à l’ère numérique ne devait en aucun cas devenir un moyen d’exploitation.

De son côté, le directeur général de l’Unesco, Khaled el-Enany, a défendu une approche fondée sur la primauté de l’intelligence humaine. Il a estimé que l’intelligence artificielle devait être conçue comme un outil au service des populations, avec une approche éthique, accessible, équitable et durable.

À travers ces prises de position, le Vatican entend ainsi participer au débat international sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, en insistant sur la nécessité de maintenir l’être humain, ses libertés et sa dignité au centre de cette transformation technologique.