Le Parlement britannique rejette à nouveau la légalisation de l’aide à mourir

Modifié : 11 septembre 2026 à 21h37 par Radio Orient avec l'AFP

Les députés britanniques ont rejeté vendredi une proposition de loi destinée à légaliser l’aide à mourir en Angleterre et au Pays de Galles. Après quatre heures de débats particulièrement marqués par l’émotion, le texte a été repoussé à une courte majorité.

Re

Au total, 286 députés ont voté contre la proposition, contre 270 en faveur. Ce résultat met définitivement fin à l’examen de ce projet de loi dans sa forme actuelle.

Le texte prévoyait d’autoriser, sous certaines conditions, l’aide à mourir pour des adultes atteints d’une maladie en phase terminale et dont l’espérance de vie ne dépassait pas six mois. La demande aurait dû être examinée par deux médecins ainsi que par un collège d’experts. Le patient aurait également dû être capable de s’administrer lui-même la substance destinée à provoquer son décès.

Cette décision place le Royaume-Uni à contre-courant de plusieurs pays ayant déjà légalisé différentes formes d’aide à mourir, parmi lesquels la Belgique, le Canada, la Suisse et l’Uruguay. En France, le Parlement avait approuvé en juillet une réforme visant à encadrer l’aide à mourir, après plusieurs années de débats.

Le gouvernement travailliste avait choisi de rester neutre sur la question, laissant aux députés la liberté de voter selon leurs convictions personnelles. Le Premier ministre britannique Andy Burnham avait, de son côté, annoncé qu’il ne participerait pas au scrutin afin de ne pas peser sur les discussions.

Un débat profondément divisé

La question de l’aide à mourir continue de susciter de fortes divisions au Royaume-Uni. Ses défenseurs considèrent qu’une légalisation permettrait à certains patients en fin de vie de choisir les conditions de leur décès et de préserver leur dignité.

Ses opposants redoutent cependant que le dispositif puisse exercer une pression, directe ou indirecte, sur les personnes âgées, handicapées ou particulièrement vulnérables.

Au cours des débats, la députée travailliste Janet Daby a notamment expliqué avoir changé de position après les précédents votes. Elle a confié avoir fait « des cauchemars sur la mort et le fait de mourir » après avoir soutenu le projet lors d’un précédent scrutin.

À l’inverse, Lauren Edwards, à l’origine de la proposition, a regretté le rejet du texte. Selon elle, le Parlement a « laissé passer sa chance ». Elle estime que la législation actuelle, qui prévoit jusqu’à 14 ans de prison pour les personnes reconnues coupables d’avoir aidé quelqu’un à mourir, est devenue « trop cruelle et trop injuste ».

L’organisation Dignity in Dying, favorable à une évolution de la législation, a qualifié le résultat de « revers dévastateur » pour les personnes en fin de vie. Elle affirme toutefois que le débat ne disparaîtra pas et que la question d’une réforme reste selon elle une affaire de « quand », et non de « si ».

Les partisans du texte promettent de poursuivre le combat

Rebecca Wilcox, dont la mère Esther Rantzen, célèbre personnalité de la télévision britannique atteinte d’un cancer en phase terminale, soutenait l’évolution de la législation, s’est dite « complètement anéantie » après le vote. Elle a néanmoins assuré que les défenseurs de la réforme « recommenceront ».

À l’opposé, le collectif Assist Us To Live, qui rassemble notamment des personnes handicapées et des patients atteints de maladies en phase terminale, a salué une « victoire ». Le groupe estime que le projet aurait pu mettre en danger certaines personnes vulnérables.

Philip Friend, militant de 80 ans engagé dans la défense des droits des personnes handicapées, a également fait part de son « soulagement ». Il a expliqué que lui et d’autres opposants étaient particulièrement préoccupés par l’absence, selon eux, de garanties suffisantes dans le texte.

Malgré le rejet parlementaire, le soutien à l’aide à mourir reste important dans l’opinion publique. D’après un sondage Ipsos réalisé le 7 septembre, environ deux Britanniques sur trois se déclarent favorables, en principe, à sa légalisation.

Pour l’heure, les îles de Jersey et de Man, qui disposent de leurs propres institutions en tant que dépendances de la Couronne britannique, ont déjà adopté des textes allant dans ce sens. Ceux-ci doivent toutefois encore recevoir le sceau royal avant leur entrée en vigueur.

En Écosse, un projet similaire avait également été rejeté à la mi-mars par le Parlement, avec 69 voix contre 57.