L’ONU au bord de l’asphyxie financière : comment les milliards de dollars d’arriérés menacent-ils ses opérations dans le monde ?
Modifié : 15h41 par Radio Orient
Washington et Pékin au cœur de l’équation financière : les retards de paiement révèlent la fragilité de la dépendance de l’organisation internationale à l’égard d’un nombre limité de grands contributeurs.
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Un budget de plusieurs milliards, mais des fonds qui n’arrivent pas à temps
Comment une organisation qui compte 193 États membres et mène des opérations diplomatiques, humanitaires et de maintien de la paix dans le monde entier peut-elle faire face à une pénurie de liquidités, alors même qu’elle dispose d’un budget approuvé et de plusieurs sources de financement ?
Le paradoxe est que la crise ne concerne pas uniquement le montant des fonds dont l’ONU a besoin, mais également la date à laquelle ceux-ci sont effectivement versés.
Les États membres approuvent les budgets et s’engagent à en couvrir les coûts. Toutefois, les retards dans le paiement des contributions obligatoires créent un écart entre les dépenses autorisées et les fonds réellement disponibles.
Les États-Unis et la Chine occupent une place centrale dans cette équation financière. Washington représente environ 22 % du budget ordinaire, contre près de 20 % pour Pékin.
Lorsque deux pays de ce poids accusent des retards de paiement, les conséquences ne se limitent pas aux comptes de l’organisation : elles affectent également sa capacité à accomplir ses missions dans les délais prévus.
Cette crise met ainsi en évidence une faiblesse fondamentale : l’approbation d’un budget ne garantit pas la disponibilité des liquidités nécessaires à son exécution.
Trois mécanismes de financement, trois niveaux d’impact
L’ONU ne dépend pas d’une source unique de financement. Son système financier repose sur trois principaux mécanismes, qui diffèrent par leur nature et par les activités qu’ils permettent de financer.
- Les contributions obligatoires : il s’agit des sommes dues par les États membres selon un barème de répartition fondé principalement sur leur capacité économique. Elles financent le budget ordinaire ainsi que les opérations de maintien de la paix, par l’intermédiaire de contributions spécifiques.
- Les contributions volontaires : ces fonds sont versés librement par les gouvernements et les autres bailleurs de fonds. Ils constituent une source essentielle de financement des programmes de développement, de secours humanitaire, de santé et de défense des droits humains.
- Les budgets consacrés au maintien de la paix : ces financements distincts reposent sur un barème spécifique de contributions des États et couvrent les coûts des missions des Nations unies.
Selon les estimations figurant dans les données du système des Nations unies, environ les trois quarts de son financement proviennent de contributions volontaires.
Cela signifie que les financements ne déterminent pas seulement le volume des ressources disponibles : ils influencent également la capacité des agences à planifier leurs activités. Les dons peuvent en effet être affectés à des programmes précis et ne peuvent donc pas être considérés comme des fonds librement utilisables pour combler n’importe quel déficit.
Par conséquent, une crise de liquidités touchant le budget ordinaire ne peut pas être automatiquement résolue en utilisant des fonds destinés à un programme humanitaire ou à une autre agence.
La facture de Washington dépasse les 4 milliards de dollars
Au 30 avril 2026, les arriérés des États-Unis au titre du budget ordinaire et des opérations de maintien de la paix s’élevaient à environ 4,3 milliards de dollars, selon des données reprises dans un rapport du Service de recherche du Congrès américain.
La situation a toutefois partiellement évolué en septembre, lorsque Washington a versé 725 millions de dollars au budget ordinaire et 102 millions de dollars au titre du maintien de la paix.
Malgré ces versements, environ 1,312 milliard de dollars de contributions au budget ordinaire restaient impayés.
Au 30 septembre 2026, les arriérés dus au titre des opérations de maintien de la paix atteignaient environ 4,1 milliards de dollars. Sur ce montant, près de 2,96 milliards de dollars étaient imputables aux États-Unis et 679 millions de dollars à la Chine.
Quant aux arriérés cumulés du budget ordinaire, ils s’élevaient à environ 2,8 milliards de dollars à la fin du mois d’avril, selon les dernières données publiées pour cette période.
Le problème n’est donc pas que les financements ont totalement disparu, mais plutôt que les fonds arrivent de manière irrégulière, alors que les obligations opérationnelles continuent de s’accumuler.
En octobre, l’ONU a indiqué que les recettes provenant des contributions avaient dépassé les prévisions à certaines périodes. Toutefois, l’instabilité des flux de trésorerie et la diminution des réserves disponibles continuaient de compliquer la planification financière.
Qui paie le prix de cette crise ?
Les contributions obligatoires donnent aux États membres des poids financiers différents, mais elles ne confèrent automatiquement à aucun pays le droit de contrôler les décisions de l’organisation.
Les contributions volontaires, en revanche, peuvent donner aux bailleurs de fonds une influence pratique plus importante sur les programmes qu’ils choisissent de financer.
Trois conséquences directes de cette crise se dessinent :
- Le maintien de la paix : les retards de financement pèsent sur la capacité des missions à remplir leurs fonctions, qu’il s’agisse de surveiller les cessez-le-feu ou de protéger les civils.
- Les programmes humanitaires et de développement : la diminution des dons ou leur affectation à des objectifs spécifiques complique le financement de besoins croissants et la planification à long terme.
- Le Secrétariat de l’ONU : le manque de liquidités contraint l’organisation à reporter certaines activités et certains recrutements, à rationaliser ses dépenses et à recourir à des réserves ou à des mécanismes de financement temporaires.
En juin 2026, l’Assemblée générale a approuvé un ajustement financier destiné à alléger une partie des pressions pesant sur l’organisation. Cette mesure ne règle toutefois pas le problème fondamental : le non-paiement intégral des contributions par les États dans les délais prévus.
Le risque majeur : un budget approuvé sans liquidités suffisantes
L’ONU est confrontée à une équation difficile : les États membres approuvent ses missions et ses budgets, mais l’organisation ne peut pas mettre en œuvre toutes les décisions adoptées si les contributions n’arrivent pas à temps.
La crise ne dépend pas uniquement du montant des contributions, mais aussi de leur régularité. Les États-Unis restent le premier contributeur obligatoire, tandis que la Chine occupe la deuxième place. Parallèlement, les contributions volontaires représentent une part importante du financement des programmes.
Si les retards persistent, l’organisation restera contrainte de faire des arbitrages entre les dépenses à engager et les missions à reporter. Sa capacité à répondre aux crises deviendra alors plus difficile à anticiper.
Cette crise montre que la réforme des règles de financement peut contribuer à alléger les tensions. Toutefois, la stabilité financière des Nations unies continuera de dépendre, avant tout, du respect par les États membres de leurs engagements financiers.
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