Khalida Boufedach au perchoir : l’Algérie franchit une nouvelle étape
Modifié : 13h35 par Radio Orient
L’Algérie a désormais une première : Khalida Boufedach est devenue la première femme à présider l’Assemblée populaire nationale depuis la création de l’institution en 1977. Mais son élection ne se résume pas à un symbole. Elle vient couronner une évolution progressive de la représentation des femmes dans la vie politique algérienne, engagée il y a plus d’une décennie avec la réforme du système électoral et l’instauration des quotas.
/t:r(unknown)/fit-in/1100x2000/filters:format(webp)/medias/8huordnnf9/image/WhatsApp_Image_2026_08_12_at_12_09_311786618966667.jpeg)
L’Algérie compte désormais une première dans son histoire parlementaire : une femme préside l’Assemblée populaire nationale.
Mais la véritable portée de l’élection de Khalida Boufedach dépasse le caractère inédit de sa nomination. Son accession au perchoir est l’aboutissement d’un parcours politique et institutionnel engagé plusieurs années auparavant, lorsque les règles de représentation des femmes ont progressivement commencé à évoluer.
De la présence sur les listes électorales à l’entrée dans les assemblées locales, puis au Parlement national, une nouvelle génération de femmes a progressivement gagné du terrain dans la vie politique algérienne.
Khalida Boufedach incarne précisément cette évolution. Médecin spécialisée en allergologie et immunologie, elle a fait ses premiers pas dans la vie politique à travers les assemblées élues locales, avant de devenir députée du Front de libération nationale (FLN), puis d’être élue à la tête de l’Assemblée populaire nationale avec 302 voix sur 366 suffrages exprimés.
Le tournant est venu des règles, avant de toucher les visages
Pendant longtemps, la présence des femmes dans les institutions élues algériennes est restée limitée, malgré l’affirmation du principe d’égalité dans les textes.
Le changement s’est opéré progressivement.
En 2008, une révision constitutionnelle ouvre la voie à des mesures destinées à renforcer la représentation des femmes dans les assemblées élues.
Quatre ans plus tard, en 2012, le principe se transforme en mécanisme électoral avec l’instauration du système de quotas.
Le changement est alors significatif.
Les femmes ne sont plus seulement présentes de manière ponctuelle sur les listes électorales. Les partis sont désormais tenus de leur réserver une place selon des proportions définies, faisant de la représentation féminine une composante durable de la compétition électorale.
Mais l’effet le plus important se situe peut-être ailleurs.
Les partis politiques sont désormais contraints de rechercher des profils féminins capables de se présenter aux élections, d’obtenir des mandats et, progressivement, d’exercer des responsabilités.
Le quota a contribué à faire émerger une nouvelle génération politique
L’importance de la réforme de 2012 ne se mesure donc pas uniquement au nombre de femmes élues.
Celles qui entrent dans les assemblées communales et de wilaya acquièrent une expérience politique concrète :
- gestion des budgets,
- débat sur les services publics,
- relations avec l’administration,
- contact avec les électeurs,
- et constitution de réseaux politiques locaux.
Cette expérience constitue ensuite un véritable tremplin vers la politique nationale. Le parcours de Khalida Boufedach illustre cette évolution.
Elle siège à l’Assemblée populaire communale entre 2012 et 2017, puis à l’Assemblée populaire de wilaya d’Alger entre 2021 et 2026, avant d’accéder à l’Assemblée populaire nationale et d’en prendre finalement la présidence.
Son itinéraire montre ainsi comment une présence politique d’abord favorisée par les mécanismes de représentation peut progressivement se transformer en expérience et en responsabilité.
Des assemblées locales au Parlement : une progression par étapes
L’ascension de Khalida Boufedach ne s’est donc pas faite en un seul saut. Elle correspond à une progression à travers plusieurs niveaux de représentation.
L’échelon communal lui a permis de se confronter aux réalités du terrain et aux préoccupations quotidiennes des citoyens. Le passage à l’Assemblée populaire de wilaya a ensuite élargi son expérience à un niveau territorial plus important. Puis est venu le Parlement national.
Cette trajectoire illustre un phénomène plus large : les mécanismes destinés à accroître la représentation féminine peuvent aussi servir de porte d’entrée vers la construction de carrières politiques durables.
La question n’est donc plus seulement celle de l’accès des femmes aux institutions. Elle concerne désormais leur capacité à y progresser et à accéder aux postes de direction.
Les institutions ont elles aussi évolué
Cette transformation ne concerne toutefois pas uniquement la représentation des femmes. Elle s’inscrit dans l’évolution plus large du système institutionnel algérien.
La Constitution de 1996 instaure un Parlement bicaméral composé de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, mettant fin au système parlementaire à chambre unique. Les révisions constitutionnelles successives ont ensuite fait évoluer le cadre institutionnel, jusqu’à la Constitution de 2020, qui réaffirme notamment des principes liés à l’égalité et à la participation des femmes à la vie politique.
Autrement dit, les femmes n’ont pas progressé dans un système figé : leur montée en puissance accompagne également une transformation progressive des institutions et des règles de participation politique.
2026 : quand la représentation devient pouvoir
Les élections législatives du 2 juillet 2026 ont donné naissance à une nouvelle Assemblée populaire nationale composée de 407 sièges.
Le FLN arrive en tête avec 91 sièges, devant le Rassemblement national démocratique (RND), avec 74 sièges, et le Front El Moustakbal, avec 56 sièges.
À eux trois, ces partis totalisent 221 sièges, soit une majorité absolue.
Mais au-delà de la composition politique de la nouvelle Assemblée, une autre donnée attire l’attention : pour la première fois depuis la création de l’APN, une femme prend la présidence de la chambre basse.
C’est à ce moment que la nature de la question change. Il ne s’agit plus seulement de savoir :
Combien de femmes siègent au Parlement ?
Mais désormais : Combien de femmes peuvent diriger une institution politique majeure ?
Boufedach : de la médecine à la politique, puis au sommet de l’APN
Le parcours de Khalida Boufedach donne une dimension supplémentaire à cette évolution.
Elle ne vient pas exclusivement du monde politique. Son parcours commence dans la médecine, avec une spécialisation en allergologie et immunologie, avant de passer par le secteur de la santé, l’action locale et finalement la politique nationale.
Son ascension réunit ainsi trois dimensions : une compétence professionnelle, une expérience locale et une responsabilité institutionnelle nationale.
Cette trajectoire est importante parce qu’elle rompt avec l’idée selon laquelle l’accès aux plus hautes responsabilités politiques serait réservé aux profils issus exclusivement des appareils partisans.
Son élection montre aussi que l’expérience acquise au niveau local peut constituer un véritable capital politique lorsqu’elle s’accompagne d’une implantation durable et d’une capacité à évoluer dans les structures nationales.
Le véritable défi commence maintenant
L’élection de Khalida Boufedach ouvre une nouvelle étape dans la question de la représentation des femmes en politique en Algérie. La première étape consistait à ouvrir la porte. La deuxième à augmenter le nombre de femmes présentes dans les institutions. La troisième, celle qui commence aujourd’hui, consiste à transformer cette présence en pouvoir, en leadership et en capacité réelle à participer à la décision politique.
Car la nomination d’une femme à la tête de l’APN ne signifie pas, à elle seule, que les obstacles à la participation politique des femmes ont disparu.
Elle pose au contraire de nouvelles questions. Cette présence au sommet sera-t-elle durable ?
D’autres femmes pourront-elles accéder à des postes de responsabilité comparables ?
Les partis politiques continueront-ils à investir dans la formation et la promotion de leurs cadres féminins ?
Et surtout, le passage du quota à la responsabilité permettra-t-il de modifier durablement les rapports de pouvoir au sein de la classe politique ?
Du quota au pouvoir institutionnel
L’histoire de Khalida Boufedach ne se résume donc pas à celle d’une femme devenue la première présidente de l’Assemblée populaire nationale depuis la création de l’institution en 1977.
Elle raconte une évolution plus profonde : celle d’un système électoral qui a progressivement modifié les règles de représentation, d’assemblées locales qui ont contribué à former de nouvelles générations de responsables politiques et d’un Parlement où les femmes peuvent désormais accéder aux plus hautes fonctions.
En juillet 2026, l’une des femmes issues de cette évolution franchit une étape historique : du quota aux assemblées locales, des assemblées locales au Parlement, puis du Parlement à la présidence de l’APN.
C’est toute la portée de l’élection de Khalida Boufedach. Elle ne représente pas seulement une première historique. Elle constitue surtout un test grandeur nature : celui de savoir si une représentation féminine d’abord pensée en termes de chiffres peut désormais se transformer en influence politique, en leadership et en pouvoir institutionnel durable.
/t:r(unknown)/fit-in/300x2000/filters:format(webp)/filters:quality(100)/radios/radioorient/images/logo_GrQUEHbER4.png)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/8huordnnf9/image/WhatsApp_Image_2026_08_13_at_13_25_431786624082775-format1by1.jpeg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/8huordnnf9/image/10001720511786558846503-format1by1.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x400/filters:format(webp)/medias/8huordnnf9/image/WhatsApp_Image_2026_08_12_at_13_34_251786538141422-format1by1.jpeg)