Industrie des dispositifs médicaux : le pari stratégique du Maroc
Modifié : 25 février 2026 à 13h49 par Radio Orient
À Rabat, la souveraineté ne se décline plus seulement en discours. Elle se chiffre. Elle s’industrialise. Et elle passe désormais par les hôpitaux.
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Avec un marché des dispositifs médicaux qui dépasse 7 milliards de dirhams marocains (648.291.910 Euro) et une croissance annuelle flirtant avec les 10 %, le Maroc a identifié un secteur stratégique longtemps resté dans l’ombre des grandes filières exportatrices comme l’automobile ou l’aéronautique.
Mais derrière ce dynamisme apparent se cache une fragilité : 85 à 90 % des besoins nationaux sont encore couverts par l’importation.
La dépendance est massive. L’ambition, elle, est assumée : doubler la production locale pour atteindre 1,8 milliard de dirhams (166.703.634 Euro) d’ici la fin de la décennie et porter la part nationale à 30 % du marché.
Le déclic : quand la santé devient stratégique
La pandémie de Covid-19 a agi comme révélateur brutal. Masques, respirateurs, seringues : des produits autrefois banals sont devenus des instruments de puissance. Les tensions sur les chaînes logistiques mondiales ont rappelé une vérité simple : sans base industrielle, pas de souveraineté sanitaire.
Le Maroc a réagi vite. Capacités de production renforcées, investissements accélérés, mobilisation du secteur privé. Le « Made in Morocco » médical n’est plus un slogan opportuniste, mais un axe structurant de la politique industrielle.
La commande publique comme arme économique
Le levier le plus puissant est entre les mains de l’État. Les marchés publics représentent près de 70 % de la demande nationale en dispositifs médicaux. Autrement dit, la transformation du secteur dépend largement des choix budgétaires et réglementaires de l’administration.
Un accord-cadre signé entre les ministères de l’Industrie et de la Santé, la Fédération marocaine des industries de la santé et la CGEM fixe les priorités : identification des produits stratégiques à localiser, simplification des autorisations, transfert de technologie, renforcement des compétences.
L’enjeu dépasse la substitution aux importations. Il s’agit de créer un écosystème industriel cohérent, capable d’intégrer des chaînes de valeur régionales.
Du consommable à la haute technologie
Aujourd’hui, le Maroc produit des masques, des pansements, des équipements de cathétérisme, des fournitures de laboratoire ou encore des tests rapides. Des segments essentiels, mais à faible barrière technologique.
Le véritable test commence maintenant : passer des consommables aux équipements à forte valeur ajoutée. Imagerie médicale, instruments chirurgicaux de précision, dispositifs brevetés.
L’investissement de 85 millions de dirhams (7.862.500 EUR) dans l’unité IM MEDICARE, capable de produire 450 millions de seringues par an, illustre cette transition d’une logique d’urgence à une logique industrielle durable. Mais la montée en gamme exigera davantage : R&D, certifications internationales, ingénierie avancée.
Une carte africaine à jouer
Le Maroc observe son environnement régional. La plupart des pays arabes importent plus de 90 % de leurs dispositifs médicaux. L’Égypte et l’Arabie saoudite disposent de marchés plus vastes, mais leur industrialisation reste en construction.
Le Royaume mise sur une stratégie déjà éprouvée dans l’automobile et l’aéronautique : attirer des partenaires internationaux, intégrer progressivement la chaîne de valeur, développer les compétences locales.
Sa proximité avec l’Europe, ses accords commerciaux et son positionnement africain lui offrent un avantage comparatif potentiel. L’objectif implicite : devenir une plateforme régionale de production et d’exportation vers l’Afrique subsaharienne.
Les obstacles structurels
La trajectoire reste semée d’embûches. Dépendance aux composants importés, concurrence asiatique à bas coût, exigences normatives strictes, besoin de chercheurs et d’ingénieurs spécialisés.
La valeur ajoutée actuelle - estimée à 46 % pour un volume d’affaires avoisinant 903 millions de dirhams (83.527.500 EUR) - devra augmenter pour que le secteur franchisse un cap technologique réel.
La bataille se jouera autant dans les laboratoires que dans les usines.
Plus qu’un secteur, un choix de modèle
Derrière les chiffres, c’est un débat économique de fond qui se dessine. Continuer à importer massivement dans un secteur stratégique ou investir dans une base productive nationale, quitte à supporter des coûts initiaux plus élevés ?
Le Maroc semble avoir tranché.
Si la part locale passe de 15 % à 30 %, le pays aura réduit sa vulnérabilité externe et renforcé son autonomie sanitaire. Mais la véritable souveraineté ne se mesurera pas seulement en volumes produits. Elle dépendra de la capacité à innover, breveter et exporter.
La question n’est plus de savoir si le Maroc peut produire des dispositifs médicaux. La question est de savoir jusqu’où il veut monter dans la chaîne de valeur.
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