Inde : le Rafale comme pilier de la dissuasion face à Pékin et Islamabad

Modifié : 19h19 par Radio Orient

L’Inde s’apprête à conclure le plus important contrat d’armement de son histoire avec l’acquisition de 114 avions de chasse Dassault Rafale pour un montant estimé à 33 milliards d’euros.

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Un accord préliminaire a été finalisé au début de l’année 2026, la signature définitive est attendue en 2027 et les premières livraisons devraient intervenir à partir de 2030.

Ce programme prévoit la livraison directe de 18 appareils construits en France, tandis que 96 avions seront assemblés en Inde avec un taux d’intégration locale pouvant atteindre 60 %, dans le cadre du programme « Make in India ». Le contrat inclut également la modernisation des 36 Rafale déjà en service au standard F4, avec une capacité d’évolution vers le standard F5. Une infrastructure industrielle sera développée à Hyderabad pour la maintenance et la production des moteurs M88, en coopération avec Safran.

L’enjeu dépasse la simple acquisition d’avions : il s’agit de consolider une supériorité aérienne durable face à la Chine et au Pakistan et de renforcer les capacités indiennes de frappe à longue portée et de guerre électronique.

Un choix guidé par l’autonomie stratégique

Le choix de la France s’inscrit pleinement dans la doctrine indienne d’autonomie stratégique. Contrairement aux États-Unis, dont les exportations d’armement sont encadrées par des réglementations strictes comme l’ITAR ou la loi CAATSA, Paris propose une coopération sans conditions politiques contraignantes. Cette souplesse permet à New Delhi de préserver sa liberté décisionnelle tout en diversifiant ses partenariats.

Le niveau élevé de transfert de technologie et la possibilité d’intégrer des armements nationaux renforcent par ailleurs l’ambition indienne de développer une base industrielle de défense autonome et compétitive.

Entre Washington, Moscou et Paris : une troisième voie

Historiquement, l’Inde dépend en grande partie d’équipements russes, mais la guerre en Ukraine a perturbé les chaînes d’approvisionnement et mis en lumière certaines vulnérabilités. Dans le même temps, les États-Unis demeurent un partenaire stratégique majeur dans le cadre du Quad, aux côtés du Japon et de l’Australie, mais leur offre s’accompagne de contraintes techniques et politiques.

Dans ce contexte, la France apparaît comme une troisième voie crédible, compatible avec la stratégie indienne de « multi-alignement », qui consiste à coopérer avec plusieurs puissances sans s’aligner totalement sur aucune.

Quelles conséquences pour le Pakistan et la Chine ?

À l’horizon 2030, la flotte indienne de Rafale pourrait dépasser 150 appareils, offrant un avantage qualitatif significatif face aux JF-17 et aux F-16 pakistanais. Islamabad pourrait ainsi accélérer son rapprochement avec Pékin et renforcer sa flotte avec des appareils chinois plus récents.

Le Rafale deviendrait alors un pilier central de la dissuasion indienne, que ce soit au Cachemire, dans l’océan Indien ou le long de la frontière himalayenne, contribuant à redessiner les équilibres militaires en Asie du Sud.

Un gain stratégique pour la France

Pour Paris, ce contrat consolide la position de la France parmi les principaux exportateurs mondiaux d’armement et soutient un budget de défense en nette hausse d’ici 2027. Après l’épisode AUKUS, qui avait fragilisé la présence française dans l’Indo-Pacifique, la France renforce son statut de puissance de défense indépendante capable de proposer des partenariats stratégiques durables.

Au-delà de la dimension industrielle, cette vente illustre une recomposition plus large des équilibres stratégiques régionaux, où l’autonomie militaire devient une valeur centrale dans un environnement international de plus en plus fragmenté.