Munich 2026 : l’Europe est-elle prête pour l’après-hégémonie américaine ?
Modifié : 16 février 2026 à 12h22 par Radio Orient avec l'AFP
À la Conférence de Munich sur la sécurité 2026, Européens et Américains ont acté, de facto, la fin de l’ordre international issu de la guerre froide. Face au retour de Donald Trump, à l’érosion du multilatéralisme et à la montée des rapports de force, l’Europe accélère son autonomie stratégique avec un plan de réarmement de 800 milliards d’euros, redéfinissant l’avenir de l’OTAN et l’équilibre mondial face à la Russie et à la Chine.
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Le message était clair : le monde entre dans une ère multipolaire fondée sur les rapports de force plutôt que sur les règles.
Qu’est-ce qui a changé ?
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a assuré que son pays était prêt à conduire la « restauration » de l’ordre mondial. Les États-Unis seraient, selon lui, « guidés par la vision d’un avenir aussi fier, souverain et vital que le passé de notre civilisation ». Il a souligné que Washington était « prêt, si nécessaire, à agir seul », tout en précisant privilégier une action concertée avec « ses amis européens ».
« Nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, car cela nous affaiblit. Nous voulons des alliés capables de se défendre afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de tester notre force collective », a-t-il ajouté.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a mis en garde contre un basculement historique : « L’ordre international, fondé sur le droit et les règles, est au bord de l’effondrement. » Il a estimé que cet ordre, « aussi imparfait fût-il à son apogée, n’existe plus sous sa forme originelle ».
Le discours européen est désormais moins centré sur Washington et davantage orienté vers l’autonomie stratégique et la capacité de dissuasion.
Plus personne ne parle d’un « retour à la normale ».
Le rôle de Trump dans l’accélération du basculement
Le retour de Donald Trump a profondément reconfiguré la relation transatlantique. L’imposition de larges droits de douane en 2025, le retrait de plusieurs accords internationaux et l’adoption d’une logique assumée de « transaction contre engagement » ont installé un climat de méfiance stratégique. Cette approche, plus unilatérale et conditionnelle, a fragilisé les mécanismes traditionnels de coopération entre Washington et ses alliés européens, poussant ces derniers à accélérer leur réflexion sur une autonomie stratégique renforcée.
Ces choix ont affaibli la confiance stratégique et poussé l’Europe à envisager sérieusement un scénario d’autonomie en matière de défense.
Ce qu’ont dit les dirigeants européens
Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé que la politique de puissance est de retour et que le monde issu de l’après-guerre froide appartient désormais au passé. Selon lui, le globe a « franchi le seuil d’une ère ouvertement dominée par la puissance et, surtout, par la politique des grandes puissances ».
Pour étayer son analyse, il a cité la guerre en Ukraine, le révisionnisme russe ainsi que « la prétention de la Chine à la puissance mondiale ». Merz estime qu’après l’ère de la « patience stratégique », Pékin pourrait bientôt rivaliser militairement avec les États-Unis sur un pied d’égalité. Il a également souligné que la période unipolaire qui avait suivi la chute du mur de Berlin est désormais terminée et que la suprématie américaine est aujourd’hui « contestée, voire déjà perdue ».
Pour sa part, le président français Emmanuel Macron a appelé les Européens à définir eux-mêmes les paramètres de leur sécurité face à une Russie agressive, insistant sur le fait que les plans pour le « jour d’après » doivent être élaborés par les Européens en raison de leur proximité géographique et de la puissance militaire russe. Il a également évoqué une possible coordination de la dissuasion nucléaire à l’échelle européenne avec l’Allemagne et d’autres partenaires, afin d’articuler doctrines nationales et intérêts communs de sécurité.
Au-delà de l’aspect militaire, Macron a souligné la nécessité pour l’Europe de renforcer sa confiance en elle et sa capacité d’action, tout en maintenant des liens avec les États-Unis mais sans dépendance absolue. Cette approche reflète la volonté de l’Europe de combiner autonomie stratégique et coopération transatlantique, pour ne plus être uniquement tributaire de la protection américaine.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a, de con côté, appelé l’Europe, qu’il a qualifiée de « géant endormi », à réduire sa surdépendance envers les États-Unis en matière de sécurité et d’armement. Selon lui, si Washington reste un allié indispensable, la position américaine évoluant, l’Europe doit désormais passer de la surdépendance à l’interdépendance, en renforçant sa capacité d’action propre tout en préservant des liens transatlantiques solides.
Pour atteindre cet objectif, Starmer a plaidé pour une coopération industrielle européenne plus étroite dans le domaine de l’armement, intégrant pleinement les industriels britanniques. Il a souligné que cette démarche ne signifie pas un retrait américain, mais un meilleur partage des charges et une refonte des liens stratégiques, afin de renforcer la sécurité européenne de manière autonome et durable.
Le consensus est clair : pas de rupture avec les États-Unis, mais plus de dépendance absolue.
800 milliards d’euros : le réarmement du continent
L’Europe a choisi de renforcer sa capacité de protection en s’appuyant davantage sur ses propres moyens. Dans ce cadre, un vaste « mur de drones » sera déployé le long de 3 000 km de frontières orientales, intégrant des drones armés et des systèmes d’intelligence artificielle, pour un coût estimé à 20 milliards d’euros.
Parallèlement, le continent met en place le European Sky Shield Initiative, un bouclier aérien multicouche couvrant 80 % du territoire européen et dont la mise en service est prévue d’ici 2028, avec un budget alloué de 50 milliards d’euros.
Le financement global de ce plan repose sur 150 milliards d’euros de prêts communs, auxquels s’ajoutent 650 milliards d’euros de flexibilité budgétaire et l’émission de nouvelles obligations de défense, afin de garantir la viabilité et l’efficacité de cette ambitieuse stratégie de réarmement.
Où se situent les États européens ?
- Allemagne et France : favorables à une hausse progressive des dépenses de défense jusqu’à 5 % du PIB.
- Italie : soutien progressif à l’horizon 2035.
- Espagne : refuse l’objectif des 5 % et souhaite maintenir environ 2 %, ce qui pourrait freiner les mécanismes de financement commun.
Le principal défi demeure l’unité européenne, qui n’est pas totalement acquise.
Quelles implications pour la Russie et la Chine ?
La Russie pourrait profiter de toute division au sein de l’Europe, tandis que la Chine semble tirer avantage d’un ordre mondial centré sur des transactions bilatérales plutôt que sur des blocs rigides. Face à ces dynamiques, l’Europe cherche à éviter tout vide stratégique en développant sa propre capacité de dissuasion autonome, renforçant ainsi son rôle dans le nouvel équilibre mondial et réduisant sa dépendance aux autres grandes puissances.
Que faut-il surveiller ?
- Les Européens respecteront-ils réellement l’objectif des 5 % en matière de défense ?
- L’OTAN évoluera-t-elle vers une alliance effectivement plus européenne ?
- Le leadership américain déclinera-t-il ou sera-t-il redéfini ?
Munich 2026 n’a pas été une conférence ordinaire. Elle a marqué un moment de reconnaissance collective : l’ordre mondial ancien est révolu.
Un nouvel équilibre se dessine,
- moins idéaliste,
- plus réaliste,
- fondé sur les rapports de puissance.
Et l’Europe s’active désormais pour s’assurer de ne pas être le maillon faible de ce nouvel ordre international.
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