Guerre au Moyen-Orient: le charbon ressuscité par la crise énergétique
Modifié : 18 mai 2026 à 20h09 par Radio Orient
Flambée du gaz, tensions dans le détroit d’Ormuz, peur des pénuries : plusieurs pays relancent leurs centrales à charbon malgré leurs engagements climatiques. Un retour contraint qui révèle les fragilités de la transition énergétique mondiale.
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Le retour du combustible que le monde voulait enterrer
Le charbon devait appartenir au passé. Depuis plusieurs années, gouvernements, institutions internationales et industriels annonçaient la fermeture progressive des centrales les plus polluantes afin d’accélérer la transition vers une énergie plus propre.
Mais la guerre de l’Iran et les tensions dans le détroit d’Ormuz rebattent brutalement les cartes.
En quelques semaines, la menace pesant sur les routes maritimes du Golfe a provoqué une hausse des prix du pétrole et surtout du gaz naturel liquéfié, devenu plus rare et plus coûteux. Face au risque de pénurie électrique, plusieurs États ont réactivé une solution que beaucoup espéraient abandonner : le charbon.
Le paradoxe est saisissant : au moment même où le monde multiplie les discours sur la neutralité carbone, le combustible le plus polluant redevient une garantie de sécurité énergétique.
Quand le gaz devient trop cher, le charbon redevient rentable
Le choc énergétique est d’abord économique. Selon les données du cabinet Argus, les coûts de transport du charbon ont augmenté d’environ 50 % entre février et mai. Les importations mondiales pourraient atteindre 107 millions de tonnes, un des niveaux les plus élevés observés pour cette période depuis 2017.
En Asie, le prix du charbon thermique est passé de près de 110 dollars à environ 135 dollars la tonne en quelques semaines seulement. Certains scénarios évoquent même un possible franchissement du seuil des 160 dollars si les perturbations dans le Golfe persistent.
Malgré cette hausse, le charbon reste parfois moins coûteux que le gaz sur plusieurs marchés asiatiques. C’est cette réalité qui pousse aujourd’hui les opérateurs électriques à remettre en marche des infrastructures promises à la fermeture.
Le charbon n’est plus seulement vu comme un héritage industriel encombrant. Il devient un outil de secours.
L’Asie privilégie la sécurité électrique
C’est en Asie que le basculement est le plus visible. À l’approche des fortes chaleurs estivales et des pics de consommation, plusieurs gouvernements veulent éviter à tout prix des coupures d’électricité susceptibles de provoquer une crise économique et sociale.
La Thaïlande a ainsi relancé certaines centrales mises à l’arrêt malgré ses engagements climatiques.
La Corée du Sud a augmenté sa production d’électricité à partir du charbon de plus de 4 gigawatts par rapport à l’année précédente.
Le Japon et le Vietnam renforcent eux aussi leur recours à cette énergie.
La Chine, premier consommateur mondial de charbon, accroît ses achats pour alimenter ses centrales électriques mais également son industrie chimique. L’Inde multiplie, de son côté, les achats préventifs afin de sécuriser ses approvisionnements.
Le mécanisme est désormais clair : lorsque le gaz devient instable ou trop cher, le charbon réapparaît immédiatement comme la solution disponible la plus rapide.
L’Europe refuse un retour durable au charbon
Le Vieux Continent adopte une approche différente.
Certes, plusieurs pays européens ont déjà réactivé temporairement certaines centrales à charbon depuis les crises énergétiques successives. Mais l’Europe ne considère pas cette option comme un choix stratégique de long terme.
La véritable réponse européenne se joue ailleurs : dans le retour du nucléaire.
La France défend depuis longtemps l’idée que l’atome constitue le meilleur compromis entre souveraineté énergétique et réduction des émissions de carbone. Les crises du gaz russe puis les tensions au Moyen-Orient ont renforcé cette ligne.
La Belgique prolonge désormais certains réacteurs.
Les Pays-Bas et la Suède rouvrent le débat sur de nouvelles capacités nucléaires.
Même en Allemagne, où la sortie du nucléaire était devenue un symbole politique majeur, la hausse durable des prix de l’électricité alimente les contestations.
Le message européen devient plus pragmatique : utiliser le charbon en cas d’urgence, mais miser à long terme sur davantage de nucléaire et moins de dépendance au gaz importé.
Les ambitions climatiques sous pression
Cette séquence révèle surtout une vérité souvent masquée par les discours sur la transition verte : en période de crise, la sécurité énergétique redevient prioritaire.
Les objectifs climatiques ne disparaissent pas, mais ils passent momentanément au second plan face à la nécessité d’éviter les pénuries et les coupures de courant.
Pour autant, les experts estiment que cette crise pourrait aussi accélérer certains investissements dans les énergies alternatives. Car chaque choc géopolitique rappelle la fragilité d’un modèle dépendant des hydrocarbures importés.
Les investissements continuent donc de progresser dans :
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le solaire ;
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l’éolien ;
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le nucléaire ;
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l’hydrogène vert ;
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les technologies de stockage électrique.
Le charbon, nouveau « carburant d’urgence » mondial
Le monde ne revient pas pleinement à l’âge du charbon.
Mais il découvre qu’il ne peut pas non plus s’en détacher aussi vite qu’annoncé.
Le charbon change ainsi de rôle : il n’est plus présenté comme l’énergie de l’avenir, mais comme une assurance de crise, mobilisée lorsque les marchés du pétrole et du gaz deviennent trop instables.
Autrement dit, il disparaît dans les périodes de stabilité… et réapparaît dès que l’ordre énergétique mondial vacille.
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