Gaz : la reconstitution des stocks européens bouleverse le marché
Modifié : 21 juillet 2026 à 20h58 par Radio Orient
Alors que les approvisionnements mondiaux en gaz restent globalement assurés, l'Europe voit les prix s'envoler à l'approche de l'hiver. La course au remplissage des stocks, la concurrence asiatique et les tensions géopolitiques alimentent une flambée des cours bien plus marquée que celle du pétrole. Plus qu'une crise d'offre, le continent fait face à une véritable course contre la montre.
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Le gaz s'envole, le pétrole résiste
L'Europe est une nouvelle fois confrontée à une forte tension sur les marchés de l'énergie. Pourtant, la situation diffère de celle observée lors des précédentes crises.
Les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis, du Canada, de la Norvège ou encore d'Afrique de l'Ouest se poursuivent, et aucune pénurie mondiale majeure n'est constatée.
Malgré cela, les prix du gaz européen ont presque doublé depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, tandis que le pétrole est resté relativement stable.
Le baril de Brent est passé d'environ 70 dollars à moins de 90 dollars, soit une hausse proche de 20 %. À l'inverse, le contrat de référence européen TTF est passé d'environ 30 euros à 55 euros le mégawattheure, frôlant un doublement de sa valeur.
Des stocks encore insuffisants
L'explication se trouve avant tout dans les réserves européennes.
Les installations de stockage du continent affichent un taux de remplissage d'environ 55 %, alors que les autorités européennes estiment qu'il faudrait atteindre près de 80 % avant l'arrivée de l'hiver afin de garantir la sécurité des approvisionnements.
Cet écart pousse les États et les énergéticiens à acheter du gaz à des prix élevés pour constituer leurs réserves, le coût d'une éventuelle pénurie hivernale étant jugé bien supérieur à celui des achats actuels.
L'Europe ne manque donc pas de gaz aujourd'hui ; elle manque surtout de temps pour remplir ses stocks.
Le détroit d'Ormuz, un point de fragilité majeur
Les tensions géopolitiques renforcent également la nervosité des marchés.
Contrairement au pétrole, qui peut être exporté via plusieurs itinéraires terrestres ou maritimes, le gaz naturel liquéfié du Golfe reste largement dépendant du détroit d'Ormuz.
L'Arabie saoudite dispose notamment d'un oléoduc reliant ses champs pétroliers à la mer Rouge, tandis que les Émirats arabes unis peuvent contourner partiellement le détroit grâce à leur pipeline reliant Abou Dhabi au port de Foujaïrah.
En revanche, le gaz qatari, principal fournisseur mondial de GNL, ne bénéficie pas d'alternative logistique comparable.
À cela s'ajoutent les inquiétudes suscitées par les perturbations affectant certaines installations de liquéfaction au Qatar, qui alimentent les anticipations d'une offre plus contrainte dans les mois à venir.
Une concurrence mondiale pour chaque cargaison
L'Europe n'est pas seule sur le marché.
Plusieurs pays asiatiques, notamment l'Inde, le Pakistan et d'autres grands importateurs de GNL, cherchent eux aussi à sécuriser leurs approvisionnements.
Les fortes chaleurs enregistrées en Asie stimulent la demande d'électricité et, par conséquent, la consommation de gaz naturel liquéfié.
Chaque cargaison disponible fait ainsi l'objet d'une concurrence accrue entre acheteurs européens et asiatiques, contribuant à maintenir les prix à des niveaux élevés.
Une crise du temps plus qu'une crise de l'offre
La situation actuelle illustre une caractéristique particulière du marché gazier.
Contrairement au pétrole, dont l'offre mondiale demeure relativement abondante, le gaz est soumis à des contraintes logistiques plus importantes et dépend davantage des capacités de transport, de liquéfaction et de stockage.
La hausse des prix reflète donc moins un manque de production qu'une combinaison de facteurs : stocks insuffisants, tensions géopolitiques, capacités logistiques limitées et compétition internationale.
Pour l'Europe, l'enjeu des prochaines semaines sera d'accélérer le remplissage des réserves avant l'hiver. Car si les flux de gaz continuent d'arriver, c'est désormais le calendrier qui détermine largement l'évolution des prix.
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