Gaz en Europe : les prix dépassent les 100 euros le mégawattheure, une première depuis 2022

Modifié : 21h24 par Radio Orient avec l'AFP

La guerre au Moyen-Orient, la baisse des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) et des réserves européennes inférieures à celles de l’an dernier alimentent la flambée des prix à l’approche de l’hiver.

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Le marché européen du gaz connaît une nouvelle poussée des prix. Mercredi, le mégawattheure a franchi la barre des 100 euros pour la première fois depuis 2022, année marquée par une grave crise énergétique consécutive à l’invasion russe de l’Ukraine. Cette hausse s’explique notamment par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et par le niveau relativement faible des stocks européens avant l’arrivée de l’hiver.

Les marchés redoutent notamment une reprise des frappes américaines contre l’Iran après les élections de mi-mandat aux États-Unis, prévues le 3 novembre. Une telle opération pourrait provoquer des représailles iraniennes visant les infrastructures énergétiques de la région. Selon le Wall Street Journal, qui cite des personnes informées des discussions, Washington aurait demandé à plusieurs pays du Golfe de se préparer à une campagne militaire courte et intense après le scrutin.

Dans le même temps, les exportations de gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe restent fortement limitées, contrairement à certaines améliorations observées récemment dans les flux de pétrole brut.

L’Europe et l’Asie se disputent les cargaisons de GNL

Le Qatar, principal producteur de gaz de la région, subit une réduction importante de ses capacités d’exportation. Selon Norman Liebke, analyste chez Commerzbank, les volumes de GNL exportés par le pays ne représenteraient actuellement que 20 à 30 % de sa capacité.

Cette contraction de l’offre intensifie la concurrence entre les acheteurs européens et asiatiques pour obtenir les cargaisons disponibles sur le marché. Les importateurs cherchent notamment à attirer les volumes qui ne sont pas déjà réservés dans le cadre de contrats à long terme.

La situation est d’autant plus préoccupante que les réserves européennes restent inférieures à leur niveau de l’année précédente. Mardi, les stocks de gaz de l’Union européenne étaient remplis à 74,93 %, contre 82,91 % à la même période en 2025, selon les données de la plateforme européenne Aggregated Gas Storage Inventory (AGSI).

L’Allemagne, premier consommateur de gaz en Europe, suscite une attention particulière. Ses réserves n’étaient remplies qu’à 61,65 %, ce qui accentue les inquiétudes concernant l’approvisionnement pendant les mois les plus froids.

Une demande susceptible d’augmenter avec le froid

Les conditions météorologiques pourraient également contribuer à la hausse des prix. Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, prévoit une production éolienne particulièrement faible dans le nord-ouest de l’Europe au cours des deux prochaines semaines.

Parallèlement, les températures devraient passer sous les normales saisonnières durant la première semaine de novembre. Une production éolienne réduite et des besoins de chauffage plus importants pourraient contraindre les pays européens à recourir davantage aux centrales électriques fonctionnant au gaz, renforçant ainsi la demande.

Cette combinaison de facteurs exerce une pression supplémentaire sur les cours à l’approche de l’hiver, période traditionnellement marquée par une hausse de la consommation énergétique.

Les cours restent loin du record de 2022

Vers 14 h 55 GMT mercredi, le contrat à terme de référence du marché européen, le TTF néerlandais, progressait de 4,38 %, à 100,45 euros le mégawattheure. Depuis le début de l’année, sa hausse dépassait les 250 %.

Malgré cette progression, les prix restent nettement inférieurs au record atteint pendant la crise énergétique de 2022, lorsque le mégawattheure avait culminé à 345 euros en mars.

Selon Norman Liebke, une désescalade des tensions au Moyen-Orient pourrait entraîner un recul significatif des cours, qui pourraient revenir autour de 50 euros le mégawattheure. Un tel scénario ne permettrait toutefois pas nécessairement de retrouver les niveaux observés avant la guerre.

L’analyste souligne également que les capacités d’exportation du Qatar pourraient rester limitées jusqu’en 2028. Les dommages causés aux infrastructures énergétiques par la guerre devraient entraîner, à moyen terme, une perte estimée à 17 % de ses capacités.

Ainsi, entre les incertitudes géopolitiques, la concurrence internationale pour le GNL et la faiblesse des stocks, le marché européen du gaz aborde l’hiver dans un contexte de forte tension, avec des conséquences potentielles sur les coûts de l’énergie pour les ménages et les entreprises.