France : Macron face aux lycéens et aux forces de l’ordre avant une nouvelle journée de manifestations

Modifié : 16h21 par Radio Orient avec l'AFP

Après plus d’un mois de crise sociale, Emmanuel Macron intensifie ses efforts sur les fronts politique et sécuritaire.

re

Vendredi, le président français reçoit pour la première fois les représentants des organisations lycéennes depuis le début de la contestation, avant de se rendre auprès des forces de l’ordre, à la veille d’une nouvelle journée de manifestations sous haute surveillance.

Un nouvel épisode de violence est venu renforcer les inquiétudes des autorités. À Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, un homme a ouvert le feu à plusieurs reprises depuis son véhicule sur plusieurs personnes. Le bilan fait état d’un mort et d’au moins quatre blessés, dont une enfant.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête en retenant notamment la piste d’un mobile raciste. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu à Trappes en début d’après-midi.

Plus tôt dans la journée, Emmanuel Macron avait présidé un conseil de défense, dans un contexte marqué par la multiplication des restrictions aux rassemblements et des interdictions de manifester.

Macron reçoit les représentants des lycéens

À 15 heures, le chef de l’État reçoit à l’Élysée les organisations lycéennes, devançant ainsi le Premier ministre, qui doit les rencontrer lundi.

Les représentants des élèves espèrent obtenir des réponses concrètes à leurs revendications. « On attend d’être enfin écoutés », a déclaré à l’AFP Marius Mesnil, porte-parole de l’Union syndicale lycéenne (USL).

D’autres se montrent plus réservés. Pierre Sourzat, responsable de l’organisation Les Lycéens, redoute que le président donne l’impression d’avoir entendu leurs préoccupations sans prendre de mesures concrètes.

Le gouvernement affirme vouloir examiner les doléances transmises par les lycéens via une plateforme en ligne mise en place au début du mois d’octobre.

En parallèle, Emmanuel Macron entend afficher sa fermeté face aux violences. Selon l’Élysée, il doit également effectuer un déplacement auprès des forces de l’ordre.

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a souligné la sévérité de la réponse judiciaire, annonçant 217 incarcérations après les violences et les pillages ayant touché entre 2 000 et 3 000 commerces.

70 000 policiers et gendarmes mobilisés samedi

Une deuxième journée de manifestations est prévue samedi dans plusieurs régions de France. Les autorités annoncent un important dispositif de sécurité pour prévenir de nouveaux débordements.

« On est prêts », a déclaré Laurent Nuñez vendredi, assurant que les forces de l’ordre ne toléreraient aucune violence. Au total, 70 000 policiers et gendarmes doivent être mobilisés sur l’ensemble du territoire.

Le ministre de l’Intérieur a accusé des mouvements d’ultragauche et d’extrême gauche radicale d’avoir appelé à des actions violentes, tandis que des groupes de casseurs auraient encouragé les pillages.

Afin de limiter les risques, les autorités ont restreint les rassemblements autorisés, privilégiant ceux organisés par les syndicats. Les manifestations prévues samedi à Lyon ont été interdites, tandis qu’un rassemblement syndical a finalement été autorisé à Marseille.

Ces restrictions suscitent de vives critiques au sein de l’opposition. La France insoumise dénonce une dérive autoritaire, tandis que Marine Tondelier, candidate écologiste, a exprimé son inquiétude sur RTL : « Je ne reconnais plus mon pays. »

À Paris, un seul cortège, entre Bastille et Nation, a été autorisé. La municipalité a appelé les habitants à la plus grande vigilance, tandis que le préfet de police a recommandé aux commerçants de faire appel, lorsque cela est possible, à des agents de sécurité privés.

De son côté, Alain Di Crescenzo, président de CCI France, a conseillé aux commerçants de laisser les forces de l’ordre intervenir.

Pour faire face aux risques de débordements, les effectifs seront supérieurs de 20 % à ceux déployés la semaine précédente. Ils pourront compter sur le soutien de la force Sentinelle, d’unités spécialisées telles que le RAID, le GIGN et la BRI, ainsi que sur des hélicoptères et des véhicules blindés.

Le congrès du RN sous haute surveillance

Autre événement sensible du week-end : le congrès du Rassemblement national, organisé à Orléans samedi et dimanche.

Entre 20 000 et 30 000 opposants au parti sont attendus samedi, parmi lesquels Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

Près de 3 000 membres des forces de l’ordre doivent assurer la sécurité de l’événement. Laurent Nuñez est également attendu sur place vendredi.

La dette française, une inquiétude supplémentaire

Sur le plan politique, les tensions restent vives. À l’issue d’une réunion organisée jeudi à Matignon avec les principales formations politiques, les partis de gauche ont de nouveau reproché au gouvernement son manque de réponses concrètes aux revendications exprimées.

L’exécutif doit toutefois composer avec des marges de manœuvre budgétaires limitées, alors que la préparation du budget 2027 s’annonce particulièrement difficile et que les finances publiques françaises restent sous pression.

La dégradation de l’image de la France, confrontée à des violences et à une instabilité persistante, pèse également sur les marchés financiers. Le taux d’emprunt français à dix ans dépasse désormais les 5 %, un niveau inédit depuis 2002, témoignant des inquiétudes des investisseurs concernant la capacité de l’État à maîtriser sa dette.

Enfin, l’agence de notation Moody’s pourrait abaisser la note souveraine française vendredi, selon les anticipations d’une majorité d’économistes. Une telle décision risquerait d’accroître davantage le coût du financement de la dette publique.