Fawzi Al-Mansouri assassiné : qui a ouvert une brèche au cœur de Benghazi ?
Modifié : 11 août 2026 à 13h51 par Radio Orient
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Le chef des renseignements a été tué, mais la véritable question est ailleurs : comment ses déplacements ont-ils été connus ?
Dans une ville réputée pour être l’une des plus sécurisées de l’Est libyen, des inconnus sont parvenus à atteindre une cible particulièrement sensible : le chef du renseignement militaire lui-même. Le général Fawzi Al-Mansouri a été tué lundi soir dans l’explosion d’un engin explosif placé contre son véhicule, dans le quartier d’Al-Hawari, à Benghazi, alors qu’il rentrait de la prière d’Al-Icha.
Pour l’heure, aucune partie n’a revendiqué l’opération. Aucun suspect n’a été officiellement désigné et les autorités n’ont rendu public aucun élément permettant d’identifier les auteurs. Mais au sein des services de sécurité, une autre question commence à s’imposer : qui a tué Fawzi Al-Mansouri, mais surtout, comment les auteurs savaient-ils où il se trouverait, à quel moment et comment atteindre son véhicule ?
Une cible bien plus qu’un simple officier
Depuis mai 2024, Fawzi Al-Mansouri dirigeait le renseignement militaire relevant du commandement général dans l’Est de la Libye, après plusieurs années d’activité sur le terrain, notamment à Ajdabiya, Sebha et dans d’autres régions du pays.
Sa mort ne représente donc pas seulement la disparition d’un haut gradé. Elle touche directement l’appareil chargé d’anticiper les menaces, de recueillir le renseignement, de lutter contre les infiltrations, de suivre les groupes armés et d’appuyer le commandement dans les dossiers opérationnels et sécuritaires.
C’est précisément ce qui rend son assassinat particulièrement sensible.
Si l’engin explosif a été placé sur son véhicule, deux principales possibilités se présentent. Les auteurs ont pu surveiller leur cible pendant une période suffisamment longue pour connaître ses habitudes et ses déplacements. Mais il est également possible qu’ils aient bénéficié d’informations précises sur ses mouvements.
La différence entre ces deux scénarios est considérable. Dans le premier cas, cela supposerait l’existence d’une cellule capable de mener une surveillance discrète à Benghazi. Dans le second, la question pourrait conduire les enquêteurs à examiner les éventuelles failles au sein même du dispositif de sécurité entourant le responsable.
L’enquête commence avec le véhicule, mais pourrait mener beaucoup plus loin
Les informations rendues publiques restent, à ce stade, limitées. Les équipes chargées de l’enquête ont établi un périmètre de sécurité autour du lieu de l’explosion et commencé à recueillir les éléments matériels et techniques.
Les autorités n’ont toutefois pas précisé la nature de l’explosif utilisé, le mode de déclenchement, ni les éventuels résultats des analyses d’empreintes ou d’ADN. Les images des caméras de surveillance n’ont pas non plus été rendues publiques.
Pour les enquêteurs, plusieurs questions seront déterminantes : qui s’est approché du véhicule ? Quand ? Comment ? Et surtout, qui savait que Fawzi Al-Mansouri l'utiliserait à cet endroit et à ce moment précis ?
Ces éléments pourraient s’avérer aussi importants que l’identification de l’auteur matériel de l’explosion. Car l’engin explosif pourrait n’être que le dernier maillon d’une chaîne plus longue, ayant commencé par la collecte d’informations et la surveillance de la cible.
Groupes armés, règlement de comptes ou intervention extérieure ?
À ce stade, aucun élément public ne permet d’établir avec certitude l’identité des auteurs.
La piste des groupes armés
Une première hypothèse pourrait être celle de cellules extrémistes. Fawzi Al-Mansouri avait notamment participé à des opérations contre des groupes armés, tandis que le mode opératoire rappelle certains assassinats ciblés perpétrés à Benghazi durant les années de conflit.
Mais une similitude dans le mode opératoire ne constitue pas, à elle seule, une preuve de l’identité des auteurs.
La piste d’un conflit interne
Une deuxième hypothèse, plus sensible, renvoie à d’éventuelles rivalités liées aux rapports de force au sein de l’Est libyen.
Le fait qu’une personnalité occupant un poste aussi élevé ait pu être atteinte à Benghazi pourrait alimenter les interrogations sur une éventuelle faille ou infiltration au sein du dispositif sécuritaire.
Là encore, aucune preuve publique ne permet actuellement d'étayer cette hypothèse.
La piste d’un acteur régional
Une troisième possibilité serait celle d’un acteur régional s’appuyant sur un réseau local.
Cette hypothèse peut apparaître dans une lecture géopolitique du dossier, mais elle reste, à ce stade, la moins étayée par des éléments vérifiables.
Une règle demeure essentielle : le calendrier n’est pas une preuve, et la ressemblance d’un mode opératoire ne constitue pas une signature.
Un assassinat qui pourrait dépasser les frontières de Benghazi
La Libye ne constitue pas un espace sécuritaire isolé de son environnement régional.
L’Égypte suit de près la situation dans l’Est libyen, notamment en raison des enjeux liés à la sécurité de sa frontière et aux risques de circulation d’armes et de groupes armés.
Les Émirats arabes unis disposent, eux aussi, d’intérêts politiques, sécuritaires et économiques liés à la stabilité du camp de l’Est.
La Turquie, de son côté, conserve des intérêts militaires et politiques dans l’Ouest libyen et suit l’évolution de l’équilibre des forces avec le commandement général.
Si l’enquête venait à établir un lien entre l’assassinat et un groupe opérant au-delà des frontières libyennes, le dossier pourrait rapidement passer du statut d’affaire sécuritaire locale à celui de dossier régional de lutte contre le terrorisme et les réseaux armés.
Le véritable test : qui succédera à Al-Mansouri ?
Au-delà de l’assassinat lui-même, la désignation du successeur de Fawzi Al-Mansouri pourrait fournir des indications sur les priorités du commandement général.
Le choix se portera-t-il sur un professionnel du renseignement ou sur un responsable issu des rangs opérationnels ? La priorité sera-t-elle donnée à la reconstruction des capacités de renseignement ou au renforcement des opérations sécuritaires ?
Dans tous les cas, le commandement général devrait être amené à revoir les dispositifs de protection des hauts responsables, leurs itinéraires, leurs habitudes de déplacement ainsi que le cercle des personnes ayant accès à leurs informations.
Une telle réévaluation pourrait être suivie de mesures de contre-espionnage, voire d’arrestations, si l’enquête permet d’identifier d’éventuelles complicités.
Le scénario le plus inquiétant : et si ce n’était que le début ?
L’histoire récente de Benghazi incite à la prudence. Les attentats à l’explosif visant des responsables militaires et sécuritaires avaient fortement marqué la ville en 2013 et 2014, avant de reculer après 2017, même si des opérations ciblées ont continué à se produire de manière sporadique.
C’est pourquoi les prochains jours seront particulièrement scrutés.
La question ne sera pas seulement : qui a tué Fawzi Al-Mansouri ?
Elle sera aussi de savoir si une nouvelle tentative d’assassinat, une autre explosion ou une attaque contre une installation sécuritaire survient.
Si un nouvel incident venait à se produire, la lecture de l’assassinat changerait radicalement. Benghazi ne serait alors plus seulement confrontée à la mort d’un chef du renseignement, mais pourrait faire face à la réapparition d’un mode opératoire que beaucoup pensaient révolu.
Le véritable test pour le commandement général sera donc de déterminer si l’assassinat de Fawzi Al-Mansouri constitue une faille exceptionnelle dans un dispositif jusque-là maîtrisé, ou si les auteurs ont découvert une vulnérabilité sécuritaire qu’ils pourraient désormais chercher à exploiter.
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