Espagne : une collision entre deux trains fait au moins 64 morts, les premières pistes dévoilées

Modifié : 16h45 par Radio Orient avec l'AFP

Un dramatique accident ferroviaire s’est produit mercredi 28 octobre, près d’Urda, au sud de Tolède, à environ 150 kilomètres de Madrid.

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La collision entre deux trains à grande vitesse a fait au moins 64 morts et plusieurs dizaines de blessés, selon un bilan provisoire. Les secours poursuivent leurs opérations tandis que les premières explications sur les circonstances du drame commencent à émerger.

Une collision entre deux trains à grande vitesse

L’accident a impliqué deux trains assurant la liaison entre Madrid et Séville : un AVE, exploité par la compagnie publique Renfe, et un train Iryo, appartenant à un opérateur privé majoritairement détenu par Trenitalia.

Selon Esther Padilla, porte-parole du gouvernement régional de Castille-La Manche, plusieurs wagons du train Iryo ont déraillé lors de la collision. Au moment de l’accident, 147 personnes se trouvaient à bord de l’Iryo, contre 397 dans le train AVE.

L’ADIF, l’organisme public chargé de la gestion du réseau ferroviaire espagnol, a précisé que l’accident s’était produit entre les villes de Mora et d’Orgaz. À la suite du drame, la circulation ferroviaire entre Madrid et l’Andalousie a été interrompue.

Un bilan humain susceptible de s’alourdir

Les autorités font état d’au moins 64 décès et de plusieurs dizaines de blessés, dont certains dans un état grave. Le bilan reste provisoire, les équipes de secours n’ayant pas encore pu accéder à toutes les parties des wagons les plus endommagés.

Le président de la région de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a prévenu que le nombre de victimes pourrait encore augmenter. Les opérations de sauvetage se concentrent notamment sur les deux wagons les plus gravement touchés, où des survivants et des victimes seraient toujours coincés.

Cette catastrophe figure parmi les accidents ferroviaires les plus meurtriers qu’ait connus l’Espagne ces dernières années. Elle rappelle notamment le déraillement survenu en 2013 près de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui avait coûté la vie à 80 personnes. Elle constitue également le deuxième accident ferroviaire mortel signalé sur cette ligne au cours de l’année, après une collision survenue le 18 janvier près d’Adamuz, dans la province de Cordoue, qui avait fait 46 morts.

Une défaillance du système de sécurité au cœur des premières explications

Les premières informations communiquées par le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, orientent les investigations vers une possible erreur dans la gestion du trafic ferroviaire.

D’après ses explications, une panne informatique survenue vers 8 h 30 aurait interrompu le fonctionnement du système de sécurité LZB sur un tronçon de 63 kilomètres situé près d’Urda. Cette défaillance aurait entraîné l’arrêt automatique de six trains dans le secteur.

Utilisé en Espagne depuis 1992, le dispositif LZB permet de surveiller en permanence la vitesse et la circulation des trains à grande vitesse. Lorsque le système est indisponible, la gestion du trafic est transférée au centre de contrôle de l’ADIF, installé à la gare d’Atocha, à Madrid.

À 8 h 36, le centre de contrôle aurait autorisé le train AVE impliqué dans l’accident à reprendre sa circulation normale, alors qu’un signal rouge imposait son arrêt en raison de la présence du train Iryo sur la même voie.

Les autres trains concernés par la panne avaient reçu l’instruction de circuler à vue, à une vitesse maximale de 40 km/h. Selon les premières informations du ministère, cette consigne ne s’appliquait pas de la même manière à l’AVE accidenté, qui aurait parcouru environ 25 kilomètres avant de percuter l’Iryo à 8 h 53.

Le ministre a reconnu qu’un ordre erroné avait été donné, tout en précisant que la décision de reprise n’avait pas été prise automatiquement par le système de sécurité. Il a également indiqué que les deux trains étaient localisés en permanence, sans toutefois désigner de responsable à ce stade.

Malgré ces premières révélations, Óscar Puente a défendu la fiabilité générale du réseau ferroviaire espagnol, qu’il estime comparable à ceux des pays voisins. Les investigations devront déterminer précisément les circonstances de la collision et les éventuelles responsabilités.

Une onde de choc dans la classe politique espagnole

Le drame a suscité de nombreuses réactions au sein des institutions espagnoles. Le Premier ministre Pedro Sánchez, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), a exprimé sa profonde consternation sur le réseau social X. Selon ses services, il devait se rendre sur les lieux de l’accident.

Le roi Felipe VI a également fait part de son émotion face à cette tragédie.

L’accident intervient à un moment politiquement sensible, en pleine campagne pour les élections législatives prévues le 29 novembre. Face à l’ampleur du drame, le PSOE et le Parti populaire (PP), principale formation d’opposition dirigée par Alberto Núñez Feijóo, ont annoncé la suspension de leurs activités de campagne.

Le parti d’extrême droite Vox a, en revanche, décidé de maintenir son rassemblement à Santander, dans le nord du pays. Son dirigeant, Santiago Abascal, a mis en cause la gestion du gouvernement et critiqué son traitement des précédentes catastrophes ferroviaires, notamment celle d’Adamuz.

Il a également accusé l’exécutif de vouloir instrumentaliser le deuil pour limiter les contestations.

Des questions encore en suspens

Alors que les secours poursuivent leurs opérations, les autorités doivent désormais établir avec précision l’enchaînement des événements ayant conduit à la collision. La panne du système LZB, les instructions données par le centre de contrôle et les conditions dans lesquelles le train AVE a repris sa marche constituent des éléments essentiels de l’enquête.

Au-delà du bilan humain, cette catastrophe relance le débat sur la sécurité ferroviaire, la fiabilité des dispositifs de signalisation et la gestion des situations d’urgence sur le réseau espagnol. Les conclusions des investigations seront déterminantes pour comprendre les causes du drame et établir les éventuelles responsabilités.