Coupe du monde 2030 : le Maroc peut-il transformer les investissements en emplois durables ?

Modifié : 20h30 par Radio Orient

Le Maroc mise sur le Mondial 2030 pour accélérer la création d’emplois et ramener le chômage à 7 % d’ici 2031. Entre les grands chantiers, la montée en puissance du tourisme et la formation des jeunes, le Royaume espère convertir les investissements liés à la compétition en débouchés durables.

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Mais le chômage des jeunes, les fragilités du secteur agricole et les difficultés de l’économie à créer suffisamment de postes restent des obstacles majeurs.

Le Maroc entend faire de la Coupe du monde 2030 un accélérateur de sa politique de l’emploi. Le programme gouvernemental pour la période 2026-2031 prévoit la création d’un million d’emplois et mise notamment sur les investissements liés à l’organisation du Mondial, dont les retombées pourraient générer jusqu’à 360 000 postes. L’ambition est de ramener le taux de chômage à 7 % d’ici 2031, dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 27 %.

Au-delà de l’événement sportif, l’enjeu est économique et social : transformer les investissements dans les infrastructures en activités pérennes, capables d’absorber une partie des nouveaux entrants sur le marché du travail. Car si les chantiers peuvent soutenir l’emploi à court terme, leur effet risque de s’essouffler une fois la compétition terminée, en l’absence de relais durables dans les secteurs productifs.

Le gouvernement compte notamment sur le bâtiment, les transports, le tourisme et les services pour stimuler les recrutements. Mais la réussite de cette stratégie dépendra autant du volume des investissements que de leur capacité à favoriser l’émergence d’entreprises, à renforcer les compétences et à créer des emplois stables.

 Mondial 2030 : des milliards investis, mais quels emplois à la clé ?

Coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, la Coupe du monde 2030 mobilise un vaste programme d’investissements dans les stades, les réseaux ferroviaires, les routes, les aéroports et les infrastructures touristiques. Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI) citées dans le rapport, les investissements consacrés aux infrastructures sur la période 2024-2030 pourraient atteindre environ 20 milliards de dollars.

Parmi les projets emblématiques figure la construction d’un nouveau stade dans la périphérie de Casablanca, dont la capacité pourrait atteindre 115 000 spectateurs. Le pays prévoit également de moderniser ses équipements de transport et ses services afin de répondre à l’afflux attendu de visiteurs.

Ces travaux devraient soutenir l’activité dans le bâtiment, les travaux publics, l’ingénierie, la logistique et plusieurs services associés. Toutefois, les emplois générés pendant la phase de construction ne se maintiendront pas nécessairement au même niveau après la livraison des infrastructures.

La question centrale est donc celle de l’héritage économique du Mondial. Pour que les dépenses engagées produisent des effets au-delà de 2030, le Maroc devra favoriser l’utilisation durable de ses nouveaux équipements, développer son offre touristique et renforcer les activités susceptibles de recruter sur le long terme.

Le gouvernement prévoit par ailleurs la création de 40 000 emplois dans le secteur sportif. Cet objectif traduit la volonté d’élargir les retombées de la compétition au-delà des chantiers, notamment dans les services, l’organisation d’événements et les activités liées aux infrastructures sportives.

  Le chômage des jeunes, principal test de la stratégie gouvernementale

La perspective du Mondial intervient dans un contexte marqué par les difficultés persistantes d’insertion professionnelle. Selon les données citées dans le programme gouvernemental, le taux de chômage s’est établi à 9,5 % au deuxième trimestre, tandis qu’il atteignait 27,2 % chez les 15-24 ans et environ 14,5 % chez les 25-34 ans.

Le nombre de jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est estimé à 2,9 millions. Cette situation souligne les difficultés du marché du travail à intégrer une partie importante de la jeunesse, mais aussi le décalage entre les formations disponibles et les besoins des entreprises.

Pour y répondre, le gouvernement prévoit de former 100 000 jeunes par an à partir de 2027, en fonction des besoins du tissu économique. Il entend également proposer chaque année à un nombre équivalent de jeunes une première expérience professionnelle.

Le dispositif prévoit aussi l’accompagnement de 60 000 entreprises et la réservation de 30 % de la valeur des marchés publics aux petites et moyennes entreprises (PME). L’objectif est de soutenir le développement de ces structures, considérées comme un levier potentiel de création d’emplois.

L’efficacité de ces mesures dépendra toutefois de leur capacité à déboucher sur des recrutements effectifs. La formation et l’accès à une première expérience professionnelle peuvent faciliter l’insertion, mais ils ne suffiront pas si le nombre de postes créés reste inférieur à celui des demandeurs d’emploi.

 La sécheresse met en évidence les fragilités du marché du travail

Les difficultés de l’emploi au Maroc ne s’expliquent pas uniquement par un manque d’investissements. Elles tiennent également à la structure de l’économie et à sa vulnérabilité aux chocs climatiques.

Après plusieurs années de sécheresse, l’agriculture demeure particulièrement exposée aux fluctuations des précipitations. Le secteur représente environ 14 % du produit intérieur brut (PIB), selon les données citées dans le rapport, et constitue une source importante de revenus et d’emplois dans les zones rurales.

La dégradation de l’activité agricole peut ainsi affecter directement l’emploi, mais aussi peser sur la demande intérieure et les revenus des ménages. Cette vulnérabilité souligne la nécessité de diversifier les sources de croissance et de développer des activités moins dépendantes des conditions climatiques.

Le taux de chômage aurait atteint 13 % l’année dernière, son niveau le plus élevé depuis deux décennies, selon les chiffres mentionnés dans le rapport. Le FMI prévoit un recul à 12,2 % cette année, puis à 11,3 % en 2027. Ces projections restent éloignées de l’objectif de 7 % fixé par le gouvernement pour 2031.

L’écart entre ces prévisions et l’ambition gouvernementale illustre l’ampleur du défi. Une croissance économique soutenue ne garantit pas, à elle seule, une baisse rapide du chômage : encore faut-il qu’elle se traduise par des créations nettes d’emplois, accessibles aux jeunes et aux catégories les plus éloignées du marché du travail.

  Une croissance de 5 % suffira-t-elle à inverser la tendance ?

Pour soutenir sa politique de l’emploi, le gouvernement vise une croissance économique moyenne de 5 % par an entre 2027 et 2031. Il prévoit également de maintenir l’inflation autour de 2 %, de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB et de réduire la dette publique à environ 62 % à l’horizon 2031.

Le programme mise aussi sur le tourisme, avec un objectif de 26 millions de visiteurs d’ici 2030. Le gouvernement souhaite en parallèle porter la part du secteur privé dans l’investissement total d’un tiers à deux tiers et augmenter celle des énergies renouvelables à plus de 52 % du mix énergétique.

Ces objectifs doivent contribuer à renforcer l’attractivité du pays, à soutenir l’investissement et à diversifier les moteurs de croissance. Le tourisme pourrait notamment profiter des infrastructures développées pour le Mondial, tandis que les investissements énergétiques pourraient favoriser l’émergence de nouvelles activités.

Plusieurs facteurs pourraient néanmoins compliquer cette trajectoire. La hausse des prix des hydrocarbures importés, les aléas climatiques et la capacité inégale des différents secteurs à créer des emplois risquent de limiter les effets de la croissance sur le marché du travail.

Le défi consiste donc à concilier investissements, maîtrise des équilibres budgétaires et création d’emplois. La capacité des entreprises à recruter, à se développer et à proposer des postes correspondant aux qualifications des jeunes sera déterminante pour atteindre les objectifs annoncés.

  Le véritable héritage du Mondial se mesurera après 2030

Pour le Maroc, la Coupe du monde représente une occasion d’accélérer la modernisation de ses infrastructures et de renforcer son attractivité économique. Mais l’ampleur des investissements ne suffira pas à garantir une transformation durable du marché du travail.

Le succès de cette stratégie se mesurera à la capacité du pays à maintenir l’activité après la compétition, à développer des secteurs créateurs d’emplois et à réduire les difficultés d’insertion des jeunes. Il dépendra également de la place accordée aux PME, de l’adaptation des formations aux besoins des entreprises et de la diversification d’une économie encore vulnérable aux chocs climatiques.

L’objectif de ramener le chômage à 7 % d’ici 2031 suppose ainsi davantage qu’un effet d’entraînement ponctuel lié au Mondial. Il implique une progression durable de l’emploi productif et une meilleure adéquation entre la croissance économique et les besoins de la population active.

Le Maroc parviendra-t-il à faire du Mondial 2030 un levier de transformation économique durable, ou les emplois créés par les grands chantiers resteront-ils en partie temporaires ? La réponse dépendra moins du nombre d’infrastructures livrées que de la capacité du pays à faire de cet investissement exceptionnel un moteur de croissance après la compétition.