Algérie-Niger : le Sénat approuve le principe d’un déploiement militaire pour protéger les installations énergétiques

Modifié : 19h31 par Radio Orient avec l'AFP

Le Conseil de la nation, la chambre haute du Parlement algérien, a approuvé dimanche une proposition autorisant l’envoi de troupes au Niger afin de sécuriser des installations énergétiques, selon un sénateur cité par l’AFP.

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Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse du Parlement. S’il est également approuvé par cette dernière, ce déploiement constituerait une étape importante dans la politique de défense de l’Algérie, qui n’a pas officiellement envoyé de troupes à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973.

Selon le sénateur, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, 148 des 174 membres du Conseil de la nation ont voté en faveur de la proposition lors d’une séance à huis clos.

Cette décision intervient alors qu’Alger et Niamey renforcent progressivement leurs relations militaires et stratégiques. Les deux pays partagent près de 1 000 kilomètres de frontière et souhaitent intensifier leur coopération contre les groupes jihadistes, les réseaux criminels transfrontaliers et les trafics.

D’après plusieurs médias, les forces algériennes pourraient notamment être chargées de protéger des infrastructures pétrolières ainsi que les investissements de Sonatrach, la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures, dans le nord du Niger.

Au cours des derniers mois, l’Algérie a multiplié les initiatives en faveur de son voisin, notamment par la fourniture de quatre hélicoptères militaires et le déploiement d’avions de combat après une tentative de mutinerie militaire en août, selon les informations rapportées.

La coopération entre les deux États s’étend également aux secteurs de l’énergie, des hydrocarbures et des mines. Ils poursuivent notamment le projet de gazoduc transsaharien, qui doit acheminer le gaz du Nigeria vers l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie.

Début octobre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait réaffirmé le soutien de son pays au Niger face aux menaces susceptibles de compromettre sa stabilité. Il avait également insisté sur les intérêts économiques algériens dans ce pays, évoquant les accords conclus dans les domaines pétrolier et minier.

Le vote du Sénat intervient quelques jours après une visite à Alger du ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi. Celui-ci a rencontré le président Tebboune ainsi que le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général Saïd Chengriha. À cette occasion, les deux pays ont signé un protocole de coopération militaire dont le contenu n’a pas été rendu public.

Pour Abdellah Akir, chercheur en sciences politiques et en relations internationales, cette initiative représente une évolution importante de la doctrine militaire algérienne, traditionnellement fondée sur le principe de non-intervention au-delà des frontières nationales.

Selon lui, ce déploiement répondrait notamment à la volonté de protéger les intérêts stratégiques de l’Algérie et de sécuriser le futur gazoduc transsaharien. Il pourrait également constituer un signal adressé à des acteurs régionaux concurrents, notamment le Maroc et les Émirats arabes unis, avec lesquels Alger n’entretient plus de relations diplomatiques.

De son côté, Geoff Porter, spécialiste des risques sécuritaires et politiques en Afrique du Nord, estime que cette décision traduit un changement dans la manière dont l’Algérie entend défendre ses intérêts à l’étranger. Il considère qu’Alger privilégie désormais davantage une présence concrète sur le terrain, en complément des instruments diplomatiques et juridiques traditionnellement utilisés.

Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le déploiement de militaires algériens à l’étranger est possible, à condition d’obtenir l’approbation des deux tiers des membres de chacune des deux chambres du Parlement.

Les relations entre l’Algérie et le Niger avaient connu des tensions l’année précédente après la destruction par l’armée algérienne d’un drone en provenance du Mali, provoquant une crise diplomatique régionale. Depuis cet épisode, les deux pays ont engagé un processus de normalisation et intensifié leur coopération politique, économique et sécuritaire.