TikTok aux États-Unis : comment Washington a repris le contrôle de l’application chinoise
Modifié : 24 janvier 2026 à 0h31 par Radio Orient
Ce qui s’est joué autour de TikTok aux États-Unis ne saurait être réduit à un simple accord technique ou juridique. Il s’agit d’un tournant stratégique dans une confrontation plus large pour le contrôle de l’espace numérique mondial.
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L’annonce par TikTok et sa maison mère ByteDance de la création d’une entité américaine chargée des activités de l’application aux États-Unis a mis fin — du moins provisoirement — à une crise qui s’étirait depuis plusieurs années. Mais elle a surtout mis en lumière, de manière explicite, la perception américaine des grandes plateformes numériques : des actifs stratégiques, au même titre que l’énergie, les télécommunications ou l’armement.
Quand l’algorithme devient un enjeu de sécurité nationale
La nouvelle structure repose sur un actionnariat soigneusement calibré. Oracle, Silver Lake Management et le fonds souverain émirati MGX, basé à Abou Dhabi, en constituent les piliers.
Oracle se voit confier le rôle central de gardien des données et de l’infrastructure cloud. Silver Lake apporte une assise financière américaine, tandis que MGX agit comme un acteur souverain non chinois, atténuant la sensibilité géopolitique de l’accord et lui conférant une dimension internationale jugée politiquement acceptable par Washington.
Cette réorganisation s’inscrit dans le cadre d’une loi adoptée par le Congrès en 2024, imposant soit la cession de TikTok, soit le transfert de son contrôle opérationnel à des entités non chinoises.
Dans la nouvelle gouvernance, le PDG de TikTok, Shou Zi Chew, conserve un siège au conseil d’administration, tandis qu’Adam Presser prend la direction opérationnelle du projet américain. Un compromis subtil entre continuité managériale et supervision politique renforcée.
L’option d’une cession n’est pas nouvelle. Dès 2020, lors de son premier mandat, Donald Trump avait menacé d’interdire TikTok aux États-Unis s’il n’était pas vendu à une entreprise américaine. Cette tentative s’était alors heurtée aux tribunaux.
Mais l’idée n’a jamais été abandonnée. Elle est revenue sous une forme plus aboutie : une loi contraignante, une majorité d’actionnaires américains et une participation chinoise ramenée à moins de 20 %.
De l’interdiction à l’endiguement : le choix stratégique de Washington
Plutôt qu’un bannissement total, les États-Unis ont opté pour une stratégie d’endiguement.
Les chiffres expliquent ce choix. TikTok compte environ 170 millions d’utilisateurs actifs mensuels aux États-Unis, sur près de 2 milliards dans le monde. S’il reste derrière Facebook en nombre total d’utilisateurs, il surpasse ses concurrents en matière de taux d’engagement et de temps passé quotidien, notamment auprès des jeunes générations.
La question centrale n’est plus celle de la propriété juridique, mais celle du contrôle opérationnel.
La majorité des plateformes mondiales les plus influentes — Facebook, Instagram, WhatsApp, YouTube — sont détenues par des entreprises américaines, tandis que la Chine en interdit l’accès sur son territoire. Ce qui s’est produit avec TikTok traduit la volonté américaine d’imposer une règle symétrique : aucune plateforme influente ne doit opérer hors du contrôle national.
Des millions d’utilisateurs au cœur d’un bras de fer politique
L’enjeu est également économique. En 2025, les dépenses publicitaires mondiales sur les réseaux sociaux ont atteint environ 270 milliards de dollars, dont 80 à 100 milliards pour le seul marché américain.
Revenus publicitaires :
- Meta : ~137 milliards de dollars (monde)
- YouTube : ~36 milliards
- Instagram : ~51 milliards
- TikTok : ~18 à 20 milliards dans le monde, dont 7 à 9 milliards aux États-Unis
Ces montants expliquent pourquoi l’option d’une interdiction pure et simple était économiquement et politiquement risquée.
L’algorithme, un pouvoir plus redoutable que l’arme
L’algorithme de TikTok ne se limite pas à l’optimisation publicitaire. Il structure l’accès à l’information, façonne l’opinion publique et influence les comportements culturels et politiques.
Celui qui contrôle l’algorithme détient un pouvoir qui dépasse largement le champ économique pour s’étendre au cœur du débat démocratique.
TikTok devrait continuer d’opérer aux États-Unis comme une plateforme américaine dans ses fonctions, chinoise dans son origine.
Mais la crise est loin d’être close. Les prochaines batailles porteront sur l’intelligence artificielle, l’entraînement des algorithmes et les frontières du partage des données.
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