Pourquoi les appels au boycott n’arrêtent jamais les compétitions FIFA

Modifié : 28 janvier 2026 à 23h32 par Radio Orient

Les appels au boycott des grandes compétitions de football ne relèvent plus de simples élans militants ou de campagnes émotionnelles éphémères.

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Depuis une dizaine d’années, ils se sont imposés comme de véritables instruments de pression politique, juridique et économique, visant la FIFA et les pays hôtes.

De la Coupe du monde 2022 à la Coupe du monde des clubs 2025, jusqu’au Mondial 2026, le scénario se répète. Les motivations évoluent, les acteurs changent, mais une constante demeure : le football se retrouve au cœur de la tempête.

Du boycott moral au boycott structurel

La première vague de boycott d’ampleur internationale s’est cristallisée autour de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Des campagnes organisées, notamment en Europe, ont fleuri sous des slogans tels que #BoycottQatar, invoquant les droits de l’homme, les conditions de travail des migrants et les libertés publiques.

Malgré une forte visibilité médiatique, la compétition s’est achevée sur des records historiques d’audience. Ce contraste a mis en lumière un décalage frappant entre le discours moral et les pratiques réelles des supporters. Le boycott n’a toutefois pas disparu ; il s’est transformé.

Avec la Coupe du monde des clubs 2025, la contestation a changé de terrain. Elle ne s’est plus exprimée dans la rue ou sur les réseaux sociaux, mais dans les instances dirigeantes du football. Présidents de ligues, dirigeants de clubs et représentants des joueurs ont pris le relais.

Le motif n’était plus éthique, mais sportif et sanitaire : un calendrier saturé, une compétition élargie à 32 équipes, disputée sur quatre semaines estivales, et des joueurs susceptibles d’enchaîner jusqu’à 70 matchs par saison. La question posée était celle de la santé des athlètes et de la soutenabilité du modèle.

Un bras de fer entre ligues, joueurs et FIFA

Les ligues européennes ont affiché une opposition frontale. Javier Tebas, président de la Liga, a dénoncé une menace directe pour l’équilibre du football européen, tandis que Richard Masters, patron de la Premier League, a accusé la FIFA d’agir de manière unilatérale, sans concertation.

Le syndicat mondial des joueurs, la FIFPro, est allé plus loin en saisissant les juridictions de Bruxelles. De son côté, la Ligue des clubs européens a déposé une plainte auprès des institutions européennes, accusant la FIFA de violer le droit de la concurrence et certains principes fondamentaux.

La réponse de la FIFA a été inflexible. Gianni Infantino a balayé les critiques, qualifiant les plaintes de sans fondement et réaffirmant le droit exclusif de l’instance à organiser ses compétitions.

L’argument central de la FIFA reste financier. Les dotations annoncées sont colossales : jusqu’à un milliard de dollars redistribués, 125 millions pour le vainqueur et des centaines de millions en mécanismes de solidarité. Une annulation représenterait, selon les estimations, une perte comprise entre 50 et 125 millions de dollars par club participant, et jusqu’à 4 milliards d’euros pour la FIFA en droits télévisés et partenariats.

Mondial 2026 : le boycott politique refait surface

À l’approche de la Coupe du monde 2026, le boycott a de nouveau changé de visage. Les appels lancés en janvier 2026 par d’anciens dirigeants de la FIFA, des responsables politiques européens, des entraîneurs africains et des éditorialistes britanniques se fondaient cette fois sur des considérations géopolitiques. Les politiques migratoires américaines, les restrictions de visas, les tensions internationales et certaines décisions diplomatiques ont été jugées incompatibles avec les valeurs universelles du sport.

Face à ces critiques, les États-Unis ont opté pour une stratégie de désamorçage. Des mesures exceptionnelles ont été annoncées : mise en place du FIFA Pass pour accélérer les procédures de visa, élargissement du système ESTA à plusieurs dizaines de pays, et déploiement d’un dispositif logistique et sécuritaire inédit dans l’histoire du football mondial.

Au terme de ces affrontements, une réalité s’impose : les chiffres continuent de dicter l’issue du match. La FIFA table sur des recettes avoisinant les 11 milliards de dollars pour le Mondial 2026, dont près de 4 milliards issus des droits de diffusion et jusqu’à 6 milliards provenant des sponsors. Pour les États-Unis, les retombées économiques sont estimées à plus de 30 milliards de dollars, pour un coût public évalué à moins de 7 milliards.

Les campagnes de boycott ont évolué, passant des droits humains à la protection des joueurs, puis aux enjeux géopolitiques. Pourtant, aucune n’est parvenue à enrayer la machine du football mondial. La question demeure ouverte : assistera-t-on un jour à l’annulation d’une grande compétition sous la pression du boycott ? Ou l’économie du football continuera-t-elle à imposer sa loi, faisant des milliards le véritable arbitre, bien avant le coup d’envoi ?