Taubira, icône de la gauche opposée à la déchéance de nationalité, démissionne

27 janvier 2016 à 13h39 par La rédaction

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La déchéance de nationalité aura eu raison de Christiane Taubira: opposée à cette réforme, la garde des Sceaux, devenue une icône de la gauche depuis 2012, a remis mercredi sa démission, quelques heures seulement avant que le Premier ministre présente aux députés la dernière mouture du texte. Elle a été remplacée par Jean-Jacques Urvoas, proche de Manuel Valls et président de la commission des Lois à l'Assemblée nationale. François Hollande et Christiane Taubira "ont convenu de la nécessité de mettre fin à ses fonctions au moment où le débat sur la révision constitutionnelle s'ouvre à l'Assemblée nationale, aujourd'hui (mercredi) en Commission des Lois", a annoncé l'Elysée dans un communiqué envoyé juste avant le Conseil des ministres. Sa démission avait été actée dès samedi, a-t-on précisé dans l'entourage du chef de l'Etat. "Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l'éthique et au droit", a tweeté Mme Taubira peu après sa démission, actée selon l'Elysée avant le départ de M. Hollande en Inde le week-end dernier. Devenue une figure de la gauche depuis la réforme du mariage homosexuel, Mme Taubira était une des cibles favorites de la droite et l'extrême droite, objet aussi parfois d'attaques racistes. Marine Le Pen, présidente du Front national, a salué "un soulagement" et "une bonne nouvelle pour la France". Pour Guillaume Larrivé (Les Républicains), elle a été "la pire ministre de la Justice de la Ve République".  A gauche, Benoît Hamon, ancien ministre PS et proche de Mme Taubira, a exprimé son "respect pour les convictions" de l'ex-ministre, qui faisait figure de caution de gauche de l'exécutif, notamment depuis le départ du gouvernement de M. Hamon et d'Arnaud Montebourg en août 2014. Cécile Duflot a elle "salué chaleureusement la décision de courage et de conviction" de Mme Taubira. Le patron des députés PS Bruno Le Roux a exprimé son "respect" à Christiane Taubira, et assuré Jean-Jacques Urvoas du "même soutien confiant". Jean-Jacques Urvoas "portera, aux côtés du Premier ministre, la révision constitutionnelle et préparera le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et la réforme de la procédure pénale", indique l'Elysée. Mme Taubira, censée porter cette réforme décidée après les attentats du 13 novembre, n'avait pas caché son opposition à l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français. En décembre, elle avait même annoncé son abandon sur un média algérien, avant d'être désavouée par l'Elysée et Matignon. Elle "aura mené avec conviction, détermination et talent la réforme de la Justice et joué un rôle majeur dans l'adoption du mariage pour tous", a salué François Hollande. L'ex-députée de Guyane s'est dite "fière" de son action Place Vendôme depuis 2012. Elle a en effet fait adopter, notamment, la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. "La Justice a gagné en solidité et en vitalité. Comme celles et ceux qui s'y dévouent chaque jour, je la rêve invaincue", écrit-elle. - Discrimination entre Français - Manuel Valls doit défendre mercredi matin la réforme de la déchéance de nationalité devant la commission des lois de l'Assemblée. Le texte présenté fin décembre en Conseil des ministres prévoit la constitutionnalisation de l'état d'urgence, décrété le 13 novembre et dont l'exécutif envisage par ailleurs la prolongation pour trois mois, et l'inscription dans la constitution de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français et condamnés pour crimes terroristes. Mais selon des sources concordantes, le gouvernement va supprimer toute référence aux binationaux, afin de répondre aux critiques d'une grande partie de la gauche sur une discrimination entre Français. Malgré cette précaution de langage, la réforme devrait bien prévoir une extension de la déchéance aux binationaux nés français. Le Premier ministre est attendu vers 11H30 devant la commission des Lois de l'Assemblée pour présenter ce texte. Il présentera aussi deux projets de loi d'application, c'est à dire les modalités de mise en oeuvre. Le parcours parlementaire de la mesure, qui aura monopolisé le débat politique de ce début 2016 quand bien même tous s'accordent sur son caractère symbolique, ne fait lui que commencer. Le 5 février, la révision constitutionnelle arrivera en débat, pour trois jours, chez les députés, pour un vote solennel prévu le 10. Quant au Sénat, il devrait en débattre un mois plus tard.Suivra ensuite, si la révision emporte la majorité des deux chambres sur la même version, un vote de tous les parlementaires en Congrès à Versailles.AFP