Paris isolé ? Berlin et Rome redessinent-ils l’équilibre européen?
Modifié : 13h49 par Radio Orient
Alors que la France plaide pour une souveraineté industrielle renforcée, Berlin et Rome s’allient pour imposer leur vision stratégique de l’Europe. Entre protection et ouverture, l’équilibre du continent se redessine, et Paris pourrait se retrouver marginalisé dans la nouvelle course au leadership industriel européen.
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L’Europe parle aujourd’hui de souveraineté. Mais elle ne s’entend pas sur sa définition.
Le slogan « Made in Europe » s’impose dans les discours officiels. Pourtant, derrière l’affichage d’unité, une ligne de fracture se dessine entre Paris, Berlin et Rome. La question n’est pas technique. Elle est politique, stratégique, presque existentielle : quelle Europe industrielle pour demain ?
Dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée- États-Unis plus protectionnistes, Chine plus expansionniste - l’Union européenne hésite entre protection renforcée et ouverture maîtrisée.
Un autre phénomène vient redessiner les équilibres : le rapprochement assumé entre l’Allemagne et l’Italie, au moment même où les relations franco-allemandes se refroidissent.
Macron pousse pour une souveraineté industrielle encadrée par la loi
À Anvers, le 10 février 2026, Emmanuel Macron a affiché une ligne claire : priorité aux ressources européennes.
Chimie, semi-conducteurs, technologies propres- pour Paris, ces secteurs stratégiques doivent bénéficier d’une préférence européenne assumée. Le message est direct : emplois européens d’abord. Le modèle social est une ligne rouge.
La France plaide pour une véritable doctrine « Buy European ». Concrètement :
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fixation de seuils obligatoires de contenu local dans certains secteurs,
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conditions plus strictes pour les investissements étrangers (transferts de technologie, embauches locales, partenariats industriels),
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recours accru aux marchés publics comme levier stratégique.
Paris brandit également l’outil financier. Elle appelle à la création de nouvelles obligations européennes communes afin de financer la défense, l’intelligence artificielle et l’informatique quantique.
Pour Emmanuel Macron, le raisonnement est simple : sans instruments financiers communs, pas de compétitivité. Sans protection intelligente, l’industrie européenne risque d’être submergée par les produits à bas coût.
Pour la France, la souveraineté ne relève pas du slogan. Elle se mesure en pourcentage de composants, en capacité d’investissement et en choix budgétaires.
Berlin et Rome affichent leur convergence
Face à cette approche, Berlin adopte une ligne plus prudente. Le chancelier allemand Friedrich Merz ne rejette pas l’idée de préférence européenne, mais refuse qu’elle devienne un dogme.
Selon Berlin, elle doit rester ciblée, limitée aux secteurs véritablement critiques et utilisée en dernier recours. L’économie allemande, largement exportatrice, dépend profondément des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Des règles trop contraignantes signifieraient davantage de bureaucratie, des coûts plus élevés et le risque de représailles commerciales. L’Allemagne propose une alternative : « Made with Europe ».
Cette position trouve un écho clair à Rome. Giorgia Meloni et Friedrich Merz multiplient les positions communes à Bruxelles, qu’il s’agisse de l’industrie automobile ou des accords commerciaux. La Première ministre italienne aurait même déclaré que « 2026 sera l’année de l’Italie et de l’Allemagne », affirmant vouloir consolider une amitié « stratégique pour l’Europe dans son ensemble ».
Sur l’accord UE-Mercosur, malgré des réticences initiales, Rome a finalement soutenu le texte, au grand soulagement de Berlin, tandis que Paris tentait en vain de le bloquer. Sur l’interdiction des véhicules thermiques en 2035, l’Allemagne et l’Italie ont également œuvré pour un assouplissement, contre l’avis français.
« Ce que j’entends, c’est que l’axe franco-allemand ne fonctionne pas, Meloni et Merz font leur truc ensemble », a confié un diplomate européen à l’AFP sous couvert d’anonymat.
Une recomposition stratégique plus large
La convergence ne se limite pas à l’industrie. Berlin envisagerait de se rapprocher du programme aéronautique GCAP piloté par l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon, au détriment du programme franco-allemand Scaf, enlisé dans des tensions industrielles.
Pour certains analystes cités par l’agence, il s’agit d’une « convergence parallèle » qui va au-delà du couple franco-allemand traditionnel.
Dans ce contexte, le refroidissement entre Paris et Berlin devient un facteur structurant. Les divergences sur Mercosur auraient laissé des traces à Bruxelles. Emmanuel Macron, de son côté, a rappelé que le couple franco-allemand demeure « indispensable pour faire avancer l’Europe », tout en reconnaissant qu’il n’est « jamais suffisant à lui seul ».
Von der Leyen en quête d’un compromis
Entre Paris et le tandem Rome-Berlin, Ursula von der Leyen avance sur une ligne de crête.
La Commission européenne prépare un « Industrial Acceleration Act » visant à soutenir les secteurs stratégiques. Au programme : possible définition de seuils de contenu européen, encadrement renforcé des investissements majeurs, mais aussi simplification administrative et création d’un statut d’entreprise européenne unifié.
L’objectif est d’éviter une fracture ouverte au sein du bloc.
Car derrière le débat technique se cache une interrogation centrale :
Quel niveau de contenu européen est acceptable ?
Qui finance la transition industrielle ?
Qui assume le risque budgétaire et politique ?
Une bataille pour l’âme du projet européen
La confrontation ne porte pas seulement sur une étiquette « Made in Europe ». Elle engage l’avenir industriel du continent et désormais l’équilibre politique interne de l’Union.
La question n’est plus seulement celle d’un désaccord doctrinal entre protection et ouverture. Elle est aussi celle du leadership européen.
Choisir la protection assumée ou privilégier les réseaux d’interdépendance ? Construire un bouclier ou renforcer les alliances ?
Entre Paris et le tandem Berlin-Rome se dessine la nouvelle équation européenne.
L’Union doit décider si elle veut rester un acteur stratégique de premier plan - ou risquer de devenir un terrain de jeu pour les puissances industrielles concurrentes.
L’Europe écrira-t-elle ses propres règles… ou verra-t-elle d’autres capitales les écrire pour elle ?
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