La chronique d'Arnaud Benedetti

17 octobre 2021 à 14h13

La chronique d'Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire

17 octobre 2021

LB

La chronique d'Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire

17 octobre 2021

Mots-clés: Revue Politique et parlementaire

La chronique d'Arnaud Benedetti, Rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire. 

Le pass sanitaire sera prorogé. On peut et on doit s’étonner de cette mesure, au moment où le taux de vaccination est satisfaisant et où l’épidémie paraît refluer.

Mesure préventive, diront sans doute les entrepreneurs de santé qui ont manifestement gagné la bataille culturelle contre les partisans de la liberté, lesquelles pourtant avaient prévenu du risque de la reconduction du dispositif, alors que dans le même temps les autorités juraient presque la main sur le cœur qu’il n’en serait rien et que cette suspicion relevait in fine d’une obsession quasi complotiste…
 
Le plus étrangement préoccupant dans cette affaire n’est pas tant le maintien du dispositif prévu jusqu’à l’été que l’acceptation résignée, voire indifférente provoquée par cette annonce. Tout se passe comme si s’était installé une semi-pénombre des consciences distillée insidieusement par le virus ; l’accoutumance à l’exception se norme à proportion que recule notre perception des évidences démocratiques. L’intériorisation de l’exception n’est pas seulement en marche, mais elle opère comme un processus naturel sans que n’intervienne le frissonnement d’un débat. Effet cliquet que cette acceptation majoritaire qui pourrait préparer à terme bien d’autres de nos renoncements collectifs si nous n’y prenions garde.
 
Au nom de l’urgence climatique, après celle de l’urgence sanitaire, les gouvernements à venir n’auront aucun mal alors à justifier de futures coercitions, cette fois-ci sous prétexte de lutter pour la survie de l’humanité. La question de la liberté qui fut au cœur des agendas politiques depuis le XVIIIe siècle s’estompe ; le mouvement est là, poussé par la peur de l’avenir. Les prolégomènes de la campagne présidentielle ne laissent entrevoir peu de discussions autour de cet enjeu, comme si le modèle de société du futur était déjà là avant même que nous en ayons délibéré. Pourtant c’est à cette interrogation aussi que devrait pousser les politiques, la remettre sur la table, sans excès, ni démagogie mais avec la lucidité de ceux qui essayent de voir loin.
 
Les demandes de protection dans un monde incertain doivent évidemment s’entendre, et elles seront légitimement, à n’en pas douter, au centre des débats accompagnant l’élection du chef de l’Etat : protection des biens et des personnes, protection économique et sociale, protection de la planète, etc. Aussi nécessaires soient-elles, leur bonne appréciation est indissociable de les penser dans le maintien d’un régime de liberté, tout simplement parce « la liberté est la règle, la restriction de police l’exception » pour reprendre la célèbre formule prononcée par le Commissaire du gouvernement Corneille à l’occasion des conclusions du non moins fameux arrêt Baldy rendu par le Conseil d’Etat en 1917. En conséquence, faisons en sorte de ne pas banaliser l’exception…
 

Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef
Professeur associé à l’Université Paris Sorbonne

Revue Politique et Parlementaire

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