Iran : qui peut succéder à Khamenei et contrôler les Gardiens ?

Modifié : 19h58 par Radio Orient

  La mort d’Ali Khamenei, du chef des Gardiens de la Révolution et du ministre iranien de la Défense marque un tournant majeur pour la République islamique, ouvrant une séquence décisive pour la succession au sommet de l’État.

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Au-delà du choc sécuritaire, l’enjeu porte désormais sur l’équilibre entre légitimité religieuse et pouvoir militaire, dans un système où ces deux piliers structurent l’architecture du régime.

Un mécanisme constitutionnel encadré

Selon la Constitution iranienne, l’Assemblée des experts -composée de 88 membres élus - est chargée de désigner le Guide suprême, conformément aux articles 107 et 111. L’instance se réunit à huis clos et statue à la majorité.

En cas de vacance du pouvoir, une direction collégiale provisoire, formée du président de la République, du chef du pouvoir judiciaire et d’un juriste du Conseil des gardiens, assure l’intérim jusqu’à la nomination d’un nouveau Guide.

Dans les faits, les observateurs soulignent le poids déterminant des Gardiens de la Révolution, force politico-militaire incontournable, dans l’orientation des équilibres internes.

Trois profils en première ligne

Plusieurs noms circulent, dont trois apparaissent en tête des spéculations.

Mojtaba Khamenei, fils du défunt Guide, est considéré comme l’un des favoris. Âgé de 56 ans, il aurait consolidé au fil des années des liens étroits avec les Gardiens de la Révolution et les milices Bassidj. Son influence s’était déjà manifestée lors de la contestation de 2009. Il a obtenu le titre d’ayatollah en 2022, renforçant sa stature religieuse. Sa proximité avec l’appareil sécuritaire constitue son principal atout, mais l’hypothèse d’une succession perçue comme dynastique suscite des réserves.

Alireza Arafi, 67 ans, vice-président de l’Assemblée des experts et membre du Conseil des gardiens, dispose d’une solide légitimité religieuse et institutionnelle, notamment au sein du séminaire de Qom. Certains analystes estiment toutefois que son profil pourrait susciter des interrogations quant à sa capacité à gérer une période de fortes tensions sécuritaires.

Hashem Hosseini Boushehri, premier vice-président de l’Assemblée des experts et président d’une importante association religieuse, apparaît comme un candidat de compromis, bénéficiant d’un ancrage religieux reconnu mais sans soutien sécuritaire affiché comparable à celui de ses rivaux.

Parmi les autres personnalités citées figurent l’ancien président Hassan Rohani, le religieux Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, ou encore Sadegh Larijani, ancien chef du pouvoir judiciaire.

Les Gardiens en recomposition

La nomination d’Ahmad Vahidi à la tête des Gardiens de la Révolution est interprétée par certains analystes comme un recentrage sur les priorités sécuritaires et le renseignement.

La disparition de responsables militaires de premier plan pourrait accélérer une recomposition interne entre partisans d’un renforcement du contrôle intérieur et tenants d’une stratégie régionale plus offensive.

Entre continuité et incertitude

Trois scénarios sont évoqués par des analystes : l’émergence rapide d’un Guide proche des Gardiens, la mise en place d’une direction collégiale transitoire prolongée, ou une phase d’incertitude plus large.

Pour de nombreux observateurs, la succession ne se jouera pas uniquement sur le terrain religieux ou constitutionnel, mais dans la capacité d’un candidat à conjuguer autorité spirituelle, soutien sécuritaire et gestion des équilibres régionaux.