Égypte : l’affaire de la « jeune femme du bus » Mariam Shawky relance le débat sur le harcèlement public
Modifié : 20h50 par Radio Orient
Début février 2026, un cri lancé à bord d’un bus public dans le quartier de Katameya, au Caire, s’est transformé en affaire d’opinion publique, dominant les réseaux sociaux.
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Mariam Shawky, 27 ans, affirme avoir été suivie à plusieurs reprises par un jeune homme sur son trajet quotidien. L’incident aurait ensuite dégénéré en tentative d’approche verbale, puis en jets de pierres et de morceaux de métal après qu’elle ait refusé de lui parler.
La vidéo capturant ses cris à l’intérieur du bus, dans un climat de confusion et de silence de la part de certains passagers, a propulsé l’affaire d’un différend isolé à un débat national.
Un procès-verbal officiel a été dressé et le parquet a rapidement ouvert une enquête. Le suspect, Osama Mohamed, a été arrêté avant d’être remis en liberté sous caution de 1 000 livres égyptiennes, tandis que les investigations se poursuivent.
Le tournant majeur est survenu lorsque la qualification des faits a été modifiée, passant de « tentative de vol » à « harcèlement verbal et physique », ouvrant la voie aux doutes et à une bataille de récits sur la réalité des événements.
Polarisation : victime ou version ambiguë ?
Un premier camp estime que l’incident reflète un phénomène récurrent de harcèlement dans les transports publics en Égypte et considère le silence des passagers comme le symptôme d’une crise sociétale plus profonde. Cette position s’appuie sur l’existence d’une vidéo, d’un dépôt de plainte et d’une action judiciaire engagée.
Un second camp émet des doutes sur l’évolution du récit, évoquant une éventuelle connaissance préalable entre les deux parties et s’appuyant sur le témoignage d’un « témoin à décharge » affirmant n’avoir constaté aucun contact physique direct.
La controverse s’est intensifiée lorsque la défense du suspect a demandé que la plaignante soit soumise à une expertise psychologique, tandis que le parquet a saisi son téléphone portable pour expertise technique.
L’affaire dépasse désormais le cadre d’un « harcèlement présumé » pour poser une question plus large : qui détient la vérité et qui a le pouvoir de la définir ?
La crédibilité remise en cause : un schéma récurrent
La diffusion de photos personnelles de Mariam, sorties de leur contexte, ainsi que les accusations selon lesquelles elle chercherait à « faire le buzz », rappellent des affaires antérieures où la parole des victimes avait été remise en question.
Parmi elles, l’affaire Ahmed Bassam Zaki, qui s’est soldée par une condamnation à huit ans de prison, ou encore l’affaire du Fairmont Nile City, où le débat s’était déplacé de l’infraction elle-même vers la crédibilité des témoins.
Un schéma se répète : plus l’affaire gagne en visibilité médiatique, plus les tentatives de discréditer la plaignante se multiplient, parallèlement à une pression sociale opposée exigeant sa protection et son soutien.
Le droit égyptien : des textes plus stricts et des enquêtes en cours
L’article 306 bis du Code pénal égyptien prévoit une peine d’emprisonnement d’au moins deux ans et une amende pouvant atteindre 20 000 livres égyptiennes, avec des circonstances aggravantes en cas de violence ou de menace.
En 2021, les sanctions ont été durcies, portant dans certains cas la peine minimale à cinq ans, tout en garantissant la confidentialité des données des victimes.
Entre le texte et les comportements : un test au-delà des faits
Au cours de la dernière décennie, l’Égypte a prononcé des peines sévères dans plusieurs affaires de harcèlement très médiatisées, notamment l’agression collective de la place Tahrir en 2014 et l’affaire du « harceleur de la fillette de Maadi » en 2021, conclue par une condamnation à dix ans de prison.
L’équation actuelle paraît plus complexe : un cadre juridique renforcé et une réaction judiciaire plus rapide, mais une société toujours divisée entre condamnation de l’auteur présumé et mise en cause de la victime.
L’affaire de la « jeune femme du bus » n’est ni la première, ni probablement la dernière. Mais elle pose une question directe à la société : le durcissement des lois suffit-il ? Ou le véritable changement commence-t-il à l’intérieur d’un bus, au moment où les passagers décident que le silence n’est plus une option ?
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