Égypte : le nouveau gouvernement place l’économie au centre du pouvoir

Modifié : 11h31 par Radio Orient

Plus qu’un ajustement gouvernemental, Le Caire opère une reconfiguration stratégique de son centre décisionnel. En plaçant l’économie au sommet de ses priorités, en fusionnant diplomatie et financement et en réactivant le ministère de l’Information, le pouvoir égyptien cherche à reprendre la main dans une phase marquée par la pression de la dette et les incertitudes régionales.

Égypte : le nouveau gouvernement place l’économie au centre du pouvoir

Le maintien de Mostafa Madbouli à la tête du gouvernement traduit un choix de continuité. Mais derrière cette stabilité apparente, l’architecture du pouvoir évolue profondément.

La création d’un poste unique de vice-Premier ministre chargé des affaires économiques constitue le signal le plus fort du remaniement. L’économie devient officiellement le centre névralgique de l’action gouvernementale. La désignation d’Hussein Issa à la coordination du « groupe économique » vise à centraliser la décision, harmoniser les politiques et encadrer la performance ministérielle.

Dans un contexte où le service de la dette pèse lourdement sur les finances publiques, il ne s’agit plus de gérer des portefeuilles dispersés, mais d’instaurer un pilotage unifié. L’objectif est clair : éviter tout dérapage budgétaire et restaurer la cohérence stratégique.

La diplomatie économique comme nouveau levier

La fusion du ministère de la Coopération internationale avec celui des Affaires étrangères marque un tournant politique majeur. Désormais, alliances diplomatiques et négociations financières relèvent d’une même autorité.

La politique extérieure s’inscrit ainsi dans une logique pragmatique : attirer des financements, sécuriser des investissements et gérer les engagements financiers. Cette évolution consacre l’émergence d’une diplomatie économique assumée, où les relations internationales se mesurent autant en partenariats stratégiques qu’en conditions de financement.

Le profil des nouveaux ministres confirme cette orientation. Des responsables issus d’institutions financières internationales, des marchés de capitaux et du secteur privé prennent place au sein de l’exécutif. Le message adressé est double : priorité à la compétence technique sur le plan interne, et crédibilité réformatrice vis-à-vis des partenaires extérieurs.

Retour du ministère de l’Information 

Autre décision significative : la réactivation du ministère de l’Information après des années de gestion fragmentée par différentes instances.

Dans un environnement régional instable et sous tensions internes croissantes, la communication devient un instrument stratégique. La nomination de Diaa Rashwan traduit la volonté d’unifier le discours officiel et de mieux contrôler l’image du pays, tant sur la scène nationale qu’internationale.

Parallèlement, la séparation des portefeuilles précédemment fusionnés — notamment les Transports et l’Industrie — répond à une logique de simplification administrative, visant à accélérer la prise de décision et renforcer la responsabilité institutionnelle.

Entre gestion de crise et préparation d’un tournant

Le remaniement s’inscrit dans une équation prudente : préserver la stabilité politique tout en ajustant les leviers économiques.

L’État semble passer d’une phase marquée par l’expansion des grands projets à une stratégie axée sur la discipline budgétaire, la réduction de la dette et l’élargissement du rôle du secteur privé. L’intérêt accru pour les technologies stratégiques et les ressources minières s’inscrit dans cette logique de repositionnement économique.

Reste toutefois une interrogation centrale : cette nouvelle architecture permettra-t-elle un véritable redressement financier, ou s’agit-il d’une gestion méthodique d’une phase critique avant des choix plus structurants ?

La réorganisation institutionnelle est engagée. Mais son efficacité dépendra moins des structures que des résultats qu’elle produira.