La pauvreté continue de se creuser dans les quartiers sensibles

7 mai 2015 à 15h16 par La rédaction

RADIO ORIENT

La pauvreté continue de se creuser dans les quartiers sensibles, où plus de 40% des jeunes étaient au chômage en 2013 et où les inégalités de revenus s'accentuent avec le reste du territoire, selon un rapport publié mercredi.

 

Revenus, difficulté d'accès à l'emploi, renoncement aux soins... le rapport 2014 de l'Observatoire des zones urbaines sensibles (Onzus) dresse un constat morose de ces quartiers pour lesquels Manuel Valls avait parlé d'"apartheid" après les attentats de janvier.

 

Au niveau de l'emploi, le fossé est toujours important entre les Zus et le reste de la France, avec un taux de chômage atteignant 23% contre 9% ailleurs. Le constat est particulièrement préoccupant pour les jeunes actifs, avec un taux de chômage de 42% chez les 15-24 ans, et pour les femmes, dont le taux d'inactivité atteint 47% (contre 33% ailleurs).

 

"En Zus, le diplôme ne protège pas suffisamment des effets de la crise économique", déplore le rapport, qui note que les seuls à avoir à peu près résisté au décrochage d'activité sont les hommes non-immigrés, de plus de 29 ans et les détenteurs d'un diplôme au-dessus de bac+2.

 

Mais "pour les catégories les plus fragiles (femmes, jeunes et immigrés), qui ont plus de mal à entrer sur le marché du travail, l'écart entre Zus et unités urbaines environnantes s'est accru entre 2007 et 2012, même pour les plus diplômés", note l'étude.

 

"Ce rapport confirme l'urgence qu'il y a d'agir plus vite et plus fort dans ces quartiers, en matière d'emploi, d'éducation, d'accès aux soins", a affirmé la secrétaire d'Etat à la politique de la Ville Myriam El Khomri, pour qui il est "inacceptable que le chômage y soit 2,5 fois plus important qu'ailleurs" et "indigne qu'un jeune sur deux y vive sous le seuil de pauvreté".

 

Au niveau des revenus en effet, "les habitants des Zus se caractérisent plus généralement par une plus grande pauvreté": les quartiers sensibles comptaient trois fois plus de personnes sous le seuil de pauvreté que le reste du territoire en 2012 (derniers chiffres disponibles).

 

- "Effet Zus" -

 

Et le revenu fiscal moyen représentait la moitié (54%) seulement de celui du reste de leur bassin urbain en 2011. On notait donc une surreprésentation des dispositifs sous condition de ressources: RSA, aides au logement, couverture maladie universelle...

 

Malgré cette dernière, "la probabilité d'avoir renoncé à se soigner pour raisons financières est plus élevée en Zus qu'ailleurs", note le rapport. C'est particulièrement vrai pour les soins dentaires, puisque 27% y renoncent pour raisons pécuniaires (contre 18% ailleurs).

 

Dans l'ensemble, un peu plus de la moitié des habitants des Zus se déclarent en "bonne" ou "très bonne santé" (59% contre 66% ailleurs).

 

Le fossé se creuse aussi à l'école, puisque "les orientations scolaires au cours du lycée diffèrent de manière significative selon que les élèves viennent d'un collège en Zus ou non": 27% des collégiens de Zus se dirigeront deux ans plus tard vers une 1ère générale, contre 40% ailleurs. Et c'est sur la filière scientifique, la plus sélective, que les écarts sont les plus importants (8,2 points).

 

Enfin le sentiment d'insécurité reste "près de deux fois plus forts en Zus qu'en dehors" (25% contre 14%), affirme le rapport, qui explique cette différence en partie par un "effet Zus". Mais ce sentiment est aussi augmenté si la présence policière est jugée insuffisante.

 

Même si les Zones urbaines sensibles ont été remplacées depuis le 1er janvier par les "quartiers prioritaires", le constat risque de rester valable, note Annie Fouquet, la présidente par intérim du Conseil d'orientation de l'Onzus.

 

"Des premières données disponibles sur les nouveaux quartiers prioritaires semblent indiquer qu'ils seraient, sur différents points, encore plus en difficultés que les zones urbaines sensibles", affirme-t-elle.

 

La nouvelle géographie de la Ville a également remplacé l'Onzus par un "Observatoire national de la politique de la Ville" depuis 2015.

 

AFP