Libye : l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi compromet-elle la tenue des élections ?
Modifié : 4 février 2026 à 19h59 par Radio Orient
Le 3 février 2026, Zintan dormait encore lorsque les coups de feu ont brisé le silence. Des caméras hors service, des hommes armés non identifiés, et une information qui traverse la Libye comme une onde de choc : Saïf al-Islam Kadhafi a été tué.
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Ce n’est pas seulement un assassinat. C’est peut-être la disparition du dernier grand symbole de l’ancien régime. Qui l’a éliminé ? Et pourquoi maintenant ? Pour comprendre la portée de cet événement, il faut revenir sur le parcours d’un homme longtemps présenté comme l’avenir possible de la Libye.
Saïf al-Islam Kadhafi, entre réforme et héritage
Né en 1972 à Tripoli, Saïf al-Islam grandit au cœur du pouvoir. Contrairement à certains de ses frères, il se distingue moins par la force que par le discours. Formé à l’étranger, familier des codes occidentaux, il devient très tôt le visage « civil » du régime libyen.
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Il parle de Constitution, d’État de droit, de droits de l’homme — des notions presque abstraites dans un pays verrouillé par des décennies d’autoritarisme. En Europe, son discours séduit. Il incarne l’espoir d’une transition graduelle, d’une Libye qui changerait sans rupture brutale.
Mais cette image soulève rapidement une ambiguïté centrale : Saïf al-Islam était-il un réformateur sincère tentant de transformer le système de l’intérieur, ou l’héritier soigneusement préparé pour en assurer la continuité sous une forme plus acceptable ?
Le visage présentable du régime… jusqu’à la rupture
À la tête de la Fondation Kadhafi pour le développement, Saïf al-Islam joue un rôle clé dans la stratégie de réhabilitation du régime. Des prisonniers politiques sont libérés, des canaux s’ouvrent avec l’Europe, et Tripoli adopte un nouveau langage : société civile, lutte contre la torture, réforme progressive.
Dans le même temps, il demeure pleinement intégré au cœur du pouvoir. Il reconnaîtra plus tard avoir financé des campagnes politiques européennes, notamment en France, dans le cadre de relations d’influence assumées. Saïf al-Islam est alors l’homme du régime dans les capitales occidentales : discours maîtrisé, image modernisée, mais lignes rouges intactes.
L’année 2011 fait voler en éclats cette construction. Avec le déclenchement de la révolution libyenne, Saïf al-Islam apparaît à la télévision dans un discours resté célèbre, menaçant les Libyens de chaos et de bains de sang. En quelques minutes, le « réformateur » disparaît, remplacé par le défenseur d’un système prêt à tout pour survivre.
La Cour pénale internationale émet un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité. Le projet de succession s’effondre, et Saïf al-Islam bascule du côté des vaincus.
Capturé, libéré, puis tué : le retour manqué de Saïf al-Islam
Capturé dans le désert, transféré à Zintan, Saïf al-Islam est condamné à mort par contumace en 2015. Deux ans plus tard, il est libéré dans le cadre d’une amnistie générale. Il disparaît un temps du paysage médiatique, avant de réapparaître progressivement dans le jeu politique libyen.
En 2021, il crée la surprise en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle. Pour certains, il incarne une stabilité perdue. Pour d’autres, il symbolise une tentative de retour déguisé de l’ancien régime. Sa présence suffit à raviver toutes les fractures d’un pays qui n’a jamais soldé son passé.
Puis vient le point de non-retour. Le 3 février 2026, Saïf al-Islam Kadhafi est abattu à Zintan. Quatre hommes armés non identifiés, des caméras hors service, aucune trace claire d’affrontement et, à ce jour, aucune avancée décisive de l’enquête.
Assassinat politique pour empêcher toute résurgence ? Règlement de comptes tribal ? Message régional dans un contexte explosif ?
La brigade 444 nie toute implication. Les factions de Tripoli également. Le flou demeure total.
Une disparition qui laisse la Libye sans centre de gravité
Avec la mort de Saïf al-Islam, le camp favorable à un retour politique de l’ancien régime perd sa figure centrale. Le courant « vert » s’affaiblit, tandis que les tribus qui le soutenaient se retrouvent sans leadership structurant.
Le résultat est immédiat : élections encore reportées, fractures politiques plus profondes, équilibres sécuritaires toujours plus fragiles. La Libye reste sans centre de gravité, sans projet fédérateur capable de rassembler au-delà des clivages.
Saïf al-Islam a disparu, mais la question qu’il incarnait demeure : la Libye avait-elle besoin de lui, ou avait-elle surtout besoin de rompre définitivement avec son passé ?
Dans un pays qui n’a jamais refermé ses chapitres les plus douloureux, cet assassinat ne clôt pas l’histoire.
Il ouvre un nouveau chapitre -plus sombre, plus incertain.
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